rtf Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée

Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée   taille:649.74 K | Voir:31 | page:78

>       Alfred Adler (1930)           Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée   Chapitres I à XIV   Traduction du Dr. H Schaffer   Ouvrage épuisé.         Un document produit en version numérique par Gemma Paquet, bénévole, professeure ...  
>       Alfred Adler (1930)           Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée   Chapitres I à XIV   Traduction du Dr. H Schaffer   Ouvrage épuisé.         Un document produit en version numérique par Gemma Paquet, bénévole, professeure à la retraite du Cégep de Chicoutimi Courriel: mgpaquet@videotron.ca   dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" fondée dirigée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html   Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de lUniversité du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm        Cetteédition électronique a été réalisée par Gemma Paquet, bénévole, professeure àla retraite du Cégep de Chicoutimi à partir de :  AlfredAdler (1930) Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée(1930) Chapitres I àXIV Uneédition électronique réalisée à partir du livre d’Alfred Adler Pratique et théoriede la psychologie individuelle comparée (1930). Préface et traduction du Dr. H.Schaffer. Paris : Éditions Payot, 1961, Bibliothèque scientifique, 379pages.  Chapitre I à XIV (pp. 1 à 197). Le texte de la 4e éditionallemande de 1930 a été utilisé pour cette traduction. OUVRAGE ÉPUISÉ.En produisant une édition numérique de cet ouvrage, nous voulonsprotéger cet héritage intellectuel et contribuer à le diffuser à toute lafrancophonie.  Polices de caractères utilisée : Pour le texte: Times, 12 points.Pour les citations : Times 10points.Pour les notes de bas de page :Times, 10 points.  Édition électronique réalisée avec letraitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh. Mise en page sur papier formatLETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’) Édition complétée le 24 avril 2003 àChicoutimi, Québec.    Table des matières   Préface dutraducteur, le Dr H. Schaffer Introduction ChapitreI. -   La psychologie individuelle comparée, sesprincipes et ses résultatsChapitreII. -  Hermaphrodisme et protestation virile, problèmecentral de la névroseChapitreIII. -  Contribution à la pratique de la psychologieindividuelle comparéeChapitreIV. -   Traitement des névroses par la psychologieindividuelle comparée Étiologie a)  Lesentiment dinfériorité et sa compensationb)  L’arrangement de la névrosec)  Le traitement psychique des névroses Annexe ChapitreV. -  Contribution à létude des hallucinationsChapitreVI. -   Psychologie de lenfant et étude des névrosesChapitreVII. -   Psychothérapie de la névralgie du trijumeau.ChapitreVIII. -   Leproblème de la distanceChapitreIX.-   Attitude masculine chez les névroséesChapitreX. -  Contribution à létude de la résistance pendantle traitementChapitreXI.-  SyphilophobieChapitreXII. -  Insomnie nerveuseChapitreXIII. -  Contribution de la psychologie individuellecomparée à létude des insomniesChapitreXIV. -   HomosexualitéChapitreXV. -   La névrose obsessionnelle.ChapitreXVI. -   L’idée obsessionnelle, moyen devalorisation de la personnalitéChapitreXVII. -   Anorexie mentaleChapitreXVIII.-  Des rêves et de leur interprétationChapitreXIX. -  Le rôle de linconscient dansla névroseChapitreXX. -   Le substratum organique despsycho-névroses, contribution à létude de létiologie des névroses etpsychosesChapitreXXI. -  Mensonge vital etresponsabilité dans la psychose et la névroseChapitreXXII. -   Mélancolie et paranoïa mélancolie et paranoïa I. -  Mélancolie.II. -  ParanoïaAppendice :Extraits des rêves d’un mélancolique ChapitreXXIII. -  Remarques de la psychologie individuellecomparée sur le « conseiller Eysenhardt », dAlfred berger. IntroductionLatransformation d’EysenhardtLamystérieuse expérience du conseiller Eysenhardt. ChapitreXXIV. -  DostoïevskyChapitreXXV. -   La névrose de guerreChapitreXXVI. -   Myélodysplasie ou infériorité des organes ?ChapitreXXVII..-  Léducation psychologique adlérienneChapitreXXVIII. -  Psychologie individuelle comparée et prostitution. I.  Prémiceset position de lobservateurII.  Lepublic et la prostitutionIII.  Lesgroupes impliqués dans la prostitutionIV.  Prostitutionet société ChapitreXXIX. -   Enfants démoralisésChapitreXXX. -  Système vital infantile etcomportement névrotique Conclusion    Dr Alfred Adler Pratique et théoriede la psychologie individuelle comparée  Problème de la distance. - résistance pendant le traitement. - Rôlede linconscient. - interprétation des Rêves. – attitude Masculine chez les névrosées.Syphilophobie. - Homosexualité. - névrose obsessionnelle. - insomnie nerveuse.- anorexie mentale. - névrose de guerre. - infériorité des Organes. -hallucination . -  mélancolie et paranoïa. -  substratum organiquedes psychonévroses. - mensonge vital et responsabilité dans la psychose et la névrose.-psychopédagogie adlérienne. - enfance démoralisée. - prostitution. Paris: Éditions PayotPréface et traduction du Dr H. SchafferBibliothèque scientifique   Dr alfred adler Pratique et théoriede la psychologie individuelle comparée Principes. - Le problème de la distance. - La Résistance pendant letraitement. - Le rôle de linconscient. - Linterprétation des rêves. -Attitude masculine chez les névrosées. Syphilophobie. Homosexualité. - La névroseObsessionnelle .Linsomnie nerveuse. - Lanorexie mentale. - La névrose deguerre. - Linfériorité des organes. - Hallucination. - Mélancolie et Paranoïa.- Substratum organique des psychonévroses. - Mensonge vital et Responsabilitédans la psychose et la névrose. - La psychopédagogie adlérienne.- Lenfance démoralisée.- La prostitution. - Analyses littéraires. Préface et traduction du Dr H. Schaffer Payot, paris, 1961Bibliothèque scientifique  Retour à la table des matières      PRATIQUE ET THÉORIE DE LA PSYCHOLOGIEINDIVIDUELLE COMPARÉE « Une introduction à lapsychothérapie, destinée aux médecins, psychothérapeutes, psychologues et pédagogues...Cet ouvrage est dune grande richesse. Il napporte pas seulement des donnéespratiques de la plus haute valeur, il démontre en, même temps létendue desproblèmes soulevés dans le cadre de la psychologie des profondeurs. » Dr H. SCHAFFER.    Retour à la table des matières            Pratiqueet théorie de la psychologie individuelle comparéePréface du traducteur Par le Dr. H. Schaffer              Retour à la table des matières Louvrage Pratique et théorie de la psychologie individuellecomparée est une introduction à la psychothérapie, destinée aux médecins,psychothéra­peutes, psychologues et pédagogues. Dans une étude sur la valence des organes et leur devenir intitulée :La compensation psychique de létat dinfériorité des organes [1], point de départ de la doctrine adlérienne,lauteur examine, par rapport à une norme fictive, le degré defficience desorganes et le retentissement de leur insuffisance dans la superstructurepsychique. Cette même méthode dune référence à une norme fictive peut être égale­mentutilisée dans lobservation des phénomènes psychiques. Si lorganisme se présentecomme une unité où tous les appareils et organes agissent dans une parfaitecoopération, dans le sens du maintien de la vie, les facultés psychi­ques delindividu coopèrent de même, en faveur dune recherche du succès, en fonctiondune idée fictive de la personnalité, dont le symptôme névrotique représentela modalité psycho-pathologique. La plus insignifiante manifesta­tion de la viepsychique est donc déterminée par cette intentionnalité. Tel est le thème dulivre Le Tempérament Nerveux [2] publié avant la première guerremondiale. Cest après la première guerre mondiale que parut la Pratique etthéorie de la psychologie individuelle comparée. La quatrième édition(1930) a servi de texte pour la présente traduction. Elle présente une sommedarticles, exposés et conférences, apportant à certaines questionsfondamentales de la psycho­thérapie, psychiatrie, pédagogie et psychosociologieles vues de lenseigne­ment adlérien. Il va sans dire que la publication denombreuses études dans des revues médicales et périodiques spécialisés, debrochures aussi, se situe entre les dates de publication de ces ouvrages. Le volume devrait satisfaire à la demande de praticiens psychothérapeuteset leur apporter quelques réponses fondamentales aux innombrables questions quepose lexercice de cette profession, médicale et artistique à la fois, souventdifficile. Ayant exposé dans son introduction les données fondamentales dela psychologie individuelle comparée, lauteur exprime dans les premiers cha­pitresses vues sur le traitement psychothérapique des névroses (I à IV). Il insistesur la nécessité dune transformation de toute la personnalité du malade, grâceà une action non seulement analytique mais aussi éducative, ayant pour butlintégration sociale du sujet. Comme pour lapplication de toute technique, celle de la psychothérapieplace le thérapeute devant de nombreuses difficultés. Le « problème dela distance » (VIII) qui sépare les névrosés des véritables tâches delexistence, la « résistance pendant le traitement » (X), que tout thérapeutea rencontrée auprès de ses malades, parfois à ses dépens, le « rôle delinconscient » (XIX) sont analysés avec subtilité. « Linterprétation des rêves » nous montre la valeurprospective, ce qui ne veut pas dire prémonitoire, du rêve, et sa raison dêtre,inconsciente et incom­prise, en faveur du maintien de la ligne directricesubjective du sujet, en face dun problème donné (XVIII). Notre civilisation est en grande partie lœuvre de forcesmasculines. Rien détonnant donc si, dans ses aspects morbides, le psychisme dela femme sest efforcé - confondant la forme et le fond, lapparence etlessentiel - dadopter une attitude masculine dans sa recherche du succès, soncomportement et ses modes dexpression, voire son style de vie, oubliant toutela véritable valeur de la grâce et de la mentalité proprement féminines (IX). Dautres chapitres sont consacrés à lanalyse de différents tableauxnosologiques : Dans la «syphilophobie » (XI), expression de la peur de lhommevis-à-vis de la femme, se manifeste de façon caricaturale le drame de lincompréhensiondes sexes. Le lecteur appréciera les remarques se rapportant à différentesoeuvres artistiques engendrées par cette disposition psychique, et avant toutles brèves analyses concernant les productions picturales de Félicien Rops etlittéraires de Baudelaire. La « névrose obsessionnelle » (XV et XVI), « linsomnienerveuse » (XII), « lanorexie mentale » (XVII), voici autantdaspects de la névrose qui éloi­gnent lêtre humain dun comportementsocialement satisfaisant. Dans le chapitre consacré à la «névrose de guerre » (XXV),lauteur passe en revue lopinion de différents auteurs et confronte les différentesméthodes de traitement. Cette maladie concrétise de façon particulièrementplastique la controverse entre : dune part le devoir civique (et en casde guerre ses dangers), et dautre part lintérêt personnel et ses conséquences,la relative sécurité subjective et individuelle. La « myélodysplasie ou infériorité des organes » (XXVI)est une étude médico-psychologique, analysant les rapports entre létat dinférioritédun segment métamérique, ici la partie inférieure de la moelle épinière, etses effets dans la superstructure psychique de lindividu, lénurésie enparticulier  La psychiatrie se trouve enrichie par les études sur : « lhallucination »(V) - que lauteur considère comme étant une expression morbide, spécifique detoute la personnalité du malade -, « mélancolie et paranoïa » (XXII)et sur le « substratum organique des psychonévroses » (XX), étudesconsacrées aux rapports entre la constitution particulière, déficiente dumalade et sa supers­tructure psychique fragile et vulnérable. Retenons quelauteur admet lexistence de toxines dans les formes graves de mélancolie,toxines dont il explique lapparition par un mécanisme... psychosomatiqueserait-on tenté de dire aujourdhui. Ses vues sur les accès dépilepsieessentielle, où lorgane cérébral en état dinfériorité est incité à des déchargesneuroniques excessives sous leffet de la tension émotionnelle, méritent égalementdêtre citées. Dans le thème psycho-philosophique : « mensonge vital etresponsabilité dans la psychose et la névrose » (XXI), Adler cite parmiles stratagèmes dont use la nature humaine pour sassurer le sentiment de savaleur, ce mensonge vital dont leffet tranquillisant et rassurant sembleindispensable à la quiétude de lâme. Dans ce même chapitre il montre à quelpoint il est utile dévoquer la question du « partenaire », du « ponte »,pour mieux saisir le tableau morbide du cas. « La réponse à cette questionnous montre le névrosé, non plus dans son isolement artificiel, mais dans unsystème social donné. Dans ces conditions ressortent au mieux les tendancesagressives de la névrose et de la psychose ; la morbidité spécifiqueapparaît dans ses rapports, dans une techni­que de vie, le symptôme indiquantalors le chemin que suit le malade afin datteindre le but de la supériorité,en parfaite concordance avec sa personna­lité. » La présence de « lego auxiliaire » dans le psychodrame,de date plus récente, représente une application pratique de cette idée. Dans la « psychologie de lenfant et étude des névroses »(VI), Adler con­fronte le besoin daide, normal et compréhensible, dun jeune être,et celui, despotique et non motivé, de ladulte psychiquement immaturé etsocialement inadapté. Afin de remédier à pareil développement défectueux de lâme enfantine,léducation doit sinspirer des données de la psychologie des profondeurs.Seule cette éducation psychologique peut, sadressant aux défauts caractérielsde lenfant difficile, assurer la préparation satisfaisante du jeune être poursa vie civique dadulte. Le rôle de lécole dans cette tâche prophylactique estévident, celui de linstituteur de la plus grande importance. Le domaine delactivité médicale, psychothérapique et de lactivité éducative, psychopéda­gogiquedemandent une délimitation précise [3]. Le thème psychopédagogique évoque dailleurs dautres problèmes.Parmi eux, citons un des plus douloureux et des plus aigus : « lenfancedémorali­sée » (XXIX). On est surpris de la ressemblance, de lidentitépourrait-on dire, des problèmes que soulèvent, à quarante ans dintervalle, lesdeux périodes daprès guerre. Un autre problème psychosocial, non moins important, estcelui de « la prostitution » (XXVIII), étudiée dans son triple aspectpsychologique, du « consommateur », du souteneur, et de la prostituée. Deux analyses littéraires, celle de lœuvre de Dostoïevski(XXIV) et létu­de psychologique du personnage du « conseillerEysenhardt » (XXIII), témoignent de ladmiration dAdler pour lécrivainet le poète, « guides de lhumanité », qui dans leur profonde compréhensionde lâme humaine sont les précurseurs de la psychologie des profondeursscientifique. Cet ouvrage est dune grande richesse. Il napporte pas seulement authérapeute des données pratiques de la plus haute valeur, il démontre en mêmetemps létendue des problèmes soulevés dans le cadre de la psychologie desprofondeurs, touchant à des disciplines très diverses. Quelque quarante ans après sa publication nous pouvons mieux jugerdu chemin parcouru et de leffet produit dans les domaines aussi nombreux quevariés de la médecine, psychothérapie, psychiatrie, pédagogie, criminologie,sociologie et philosophie [4]. Adler nous a permis de comprendre la raison du comportement déraison­nabledun être humain. Cette prise de conscience est le pas décisif de sonredressement. Dr H. SCHAFFER.        Alfred AdlerPratique et théoriede la psychologie individuelle comparée (1930)    Retour à la table des matières           Pratiqueet théorie de la psychologie individuelle comparéeIntroduction                   Retour à la table des matières La psychologie individuelle comparée essaye dapprofondir létude dela connaissance psychologique de lêtre humain, uniquement en sefforçant decomprendre la position de lindividu en face de certains problèmes sociaux., La« ligne dynamique » par laquelle se représente et se réaliselactivité sociale dune personnalité nous renseigne sur le degré dinsertiondun sujet dans la société, dans la vie, dans lunivers et sur ses exigences.Cette « ligne dynami­que » nous renseigne également sur le caractère,lélan, la volonté psychique et somatique de lêtre humain. On peut remonterjusquaux origines de lindividu, à une époque où se forme la personnalité, etdécouvrir la position de lêtre humain pendant les premières années de sonexistence, les premières diffi­cultés que lui oppose le monde extérieur, ainsique la forme et la puissance de sa volonté et ses tentatives pour surmonter cesobstacles. Pendant les premières années de son existence, lenfant crée pourlui, parfois malencon­treusement, parfois inconsciemment, un schéma réactionnel,un but et un idéal, un « style de vie » auquel il reste fidèle dunefaçon consciente ou inconsciente. Il prend comme modèles toutes les possibilitésde succès et tous les exemples dautres sujets ayant pu surmonter leursdifficultés dans le cadre fourni par le milieu culturel qui lentoure. Cest sur cette profonde « ligne dynamique » delindividu, dont lêtre hu­main est en partie conscient, mais dont limportancefondamentale lui échappe toujours, que séchafaude toute la structurepsychique. Dans la direction de ce dynamisme sorientent toute la volonté, lecercle des idées, les intérêts, le processus dassociation, ses espoirs et sescraintes. Lopinion sur le monde provient de ce dynamisme et sert à sa défense,ainsi que toutes les incitations et tout le dispositif de freinage. Chaque événementsera tourné et retourné jusquà ce quil se conforme au noyau spécifique de lapersonnalité, précisé­ment à cette ligne dynamique infantile. Notre psychologie individuelle comparée a prouvé que la lignedynamique des tendances humaines provient avant tout dun mélange, réunissantle sentiment social et la tendance à une supériorité personnelle. Ces deux fac­teursfondamentaux se présentent en tant que formation sociale : le premier estinné, favorisant la vie sociale, le second est acquis, sefforçant constammentde séduire et dexploiter la société en vue dun prestige personnel. Il na pas été trop difficile de faire comprendre au psychologue, aupédago­gue, au neurologue, cette notion dune politique de prestige delindividu. Nous ne sommes pas étonnés, dautre part, de constater quuneattitude scientifique tenant compte de cette recherche du prestige, sefforcede se soustraire à linfluence de la psychologie individuelle comparée et que,sans combattre nos conceptions, elle adopte nos découvertes comme étantsiennes, par des détours et des subterfuges. En fait, cette attitudescientifique se borne avec grandi­loquence et présomption à suivre péniblementnos propres constatations de lexistence dune griserie de la puissancepersonnelle, sans pouvoir dépasser cette constatation.  Ce qui semble plus difficile à comprendre est la contributiongénérale du sentiment social, car ici nous nous heurtons à la conscience delindividu. Ce dernier supporte plus facilement la preuve que, semblable auxautres êtres humains, il recherche la renommée et la supériorité, mais ilaccepte difficile­ment cette vérité inattaquable quil est pris, lui aussi,dans le lien dune connexion interhumaine, notion à laquelle il se refusehabituellement à croire. Son organicité appelle la coopération ; lelangage, la morale, lesthétique, la raison, disons des valeurs universelles,la présupposent. Lamour, le travail, les sentiments humanitaires sont lespostulats évidents de la vie humaine sociale. En face de cette évidenceinattaquable se dresse la tendance a une puissance personnelle que parfoislhomme sefforce dacquérir par la ruse. Et cette lutte incessante même prouvelimportance du sentiment social. Notre connaissance des motifs dune action,la compréhension générale des manifestations psychi­ques chez le sujet sain ounévrosé -manifestations qui peuvent toujours signifier autre chose que ce quela surface laisse paraître - sont insuffisantes, tant que leur façonnage et quelaxe dorientation dynamique du style de vie demeurent cachés. Ce que lesgrands penseurs ont dénommé volonté divine, sort, idée, base économique, se présenteaux yeux de la psychologie indivi­duelle comparée comme la réalisation duneloi de la recherche de puissance : la logique immanente de la vie humainecollective. Le présent ouvrage contient des articles apportant des complémentset des approfondissements à la théorie et à la pratique de notre psychologie etse propose, par une suite de travaux plus ou moins récents, dindiquer lechemin sur lequel avance notre étude scientifique. Dans ce sens, il faut leconsidérer comme un complément à louvrage : Le tempérament nerveux [5].           Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre I La psychologie individuelle comparéeSes principes et ses résultats              Retour à la table des matières Lorsque lon passe en revue les différentes conceptions et doctrinespsy­chologiques, on est frappé par la place minime quoccupe dans leurs recher­chesla question de la prise de conscience. On a limpression que la con­naissancehumaine et lexpérience pratique restent délibérément exclues de ces activités,comme si toute valeur était niée à la conception artistique créatrice ainsi quàla faculté de divination et dintuition. Alors que les représentants de lapsychologie expérimentale sefforcent de classer ou de produire des phénomènes,ou den déduire les modes de réaction, sadonnant plutôt à des étudesphysiologiques de la vie psychique, dautres auteurs tentent dincor­porer lesmanifestations et les modes dexpression psychologiques à des catégories et àdes systèmes de la pensée, démodés et peu originaux. À cette occasion ilsretrouvent les rapports et les relations des dynamismes psychiques quilsavaient auparavant formulés, dans leurs conceptions concernant lâme humaine. On sefforce dautre part, en partant de minimes manifestationsphysiologi­ques mesurables, de décrire les états dâme et détudier la pensée,en les identifiant à ces processus physiologiques. Ces auteurs considèrentcomme un avantage de leurs conceptions psychologiques que la pensée subjectiveet les facultés didentification du chercheur restent exclues de leur travail,oubliant toutefois que, en réalité, leur pensée seule arrive à maîtriser, voireà imposer avec vigueur, ces rapports psycho-physiologiques. Les méthodes employées dans ces courants ou tendances psychologiquesrappellent, en ce qui concerne leur importance en tant que école préparatoirede lesprit humain, les principes - aujourdhui périmés en psychologie - desanciennes sciences naturelles avec leur système rigide. Ces principes périméssont, à lheure actuelle, remplacés par des conceptions qui considèrent la vieet ses variations, au point de vue physiologique aussi bien que philosophiqueou psychologique, comme étant liées sans cesse les unes aux autres. Il en estainsi pour cette école psychologique que jai dénommée psychologie individuellecomparée. Elle cherche, en admettant lunité de lindividualité, à se faire uneimage de la personnalité prise isolément, en partant de manifestations vitaleset de modes dexpression qui lui sont propres. Les différents traits serontcomparés, ramenés à une « ligne dynamique » commune et combinés de façonà fixer le portrait spécifique du sujet [6]. Il faut dire que cette manière de considérer la vie psychique nestni inha­bituelle, ni particulièrement téméraire. Elle se manifeste trèsnettement dans mes observations concernant la psychologie infantile, même sidautres lignes directrices sy trouvent mêlées. Cest surtout la nature et lœuvrede lartiste, du peintre, du sculpteur, du compositeur, du poète, quisefforcent, par de petits traits, de représenter les créatures de façon telleque lobservateur puisse saisir les lignes dynamiques de leur personnalité,leur style de vie, et puisse ainsi reconstituer ce que lartiste avaitintentionnellement dissimulé. La vie en société, vie dépourvue de préjugés scientifiquesnous contraint à chercher dans quel sens diriger nos activités. Cetteconstatation nous force à dire que, en excluant toute opinion scientifique préconçue,personne, et en aucune circonstance, ne peut au cours dun événement se faireune opinion, sans avoir à tenir compte de cette ligne directrice qui semblerelier toutes les manifes­tations psychiques dun sujet en vue dun but fictif. Lorsque je me dépêche pour rentrer chez moi, je présente à quimobserve, lattitude, la mimique et le comportement généralement décrits chezquicon­que est en train de rentrer chez lui ; cela en dehors de toutecausalité et de tout fonctionnement des réflexes. Mes réflexes pourraient secomporter autrement, les causes pourraient varier, mais ce quon peut saisir dupoint de vue psycho­logique et, uniquement, ce qui nous intéresse au point devue pratique, reste la ligne directrice qui guide quelquun. En plus, connaissant le but dune personne, je sais à peu près cequi doit se passer. Dans ces conditions, il mest possible dobserverSuccessivement les différents mécanismes daction et de les classer dans unrapport, tout en corrigeant constamment ma connaissance psychologiqueapproximative, en ladaptant aux données de mes observations. Si je me bornetoutefois à étudier des manifestations issues de causes, donc les réflexes etles temps de réaction, ou encore le pouvoir de mémorisation dun sujet,jignore ce qui se passe dans la profondeur de son âme. Il sy ajoute que le sujet lui-même ne saurait que faire de sapersonnalité, tant que celle-ci nest pas dirigée vers un but donné. Neconnaissant pas ce but, déterminé par sa ligne dynamique, lensemble de ses réflexeset de ses motivations causales ne peut nous fournir des précisions sur la suitede ses dynamismes psychiques. Cette ignorance se manifeste dune façon trèsnette lorsquon fait les expériences dassociation. Je ne peux davancecomprendre quun homme, ayant subi une grande déception, associe au mot « arbre »le mot « corde ». Mais si je connais son intention, le suicide, alorsje peux mattendre, avec une quasi-certitude, au déroulement de ses idées dansce sens et ceci avec tant de conviction que je mefforcerai de mettre hors desa portée tous les objets, couteau, poison, arme à feu, susceptibles de luifaciliter le passage à lacte. Cest dans ses conséquences que se manifestelindividualité et son schéma daperception. En y regardant de plus près, on constate un ensemble de lois qui présidentau développement de tout le devenir psychique. Il nous est impossible depenser, sentir, vouloir, agir sans quun but fixé donne à cet ensemble unedirection voulue, car toutes les causalités sont insuffisantes pour surmonterle chaos de lavenir et pour annuler son manque dorganisation, dont nousserions les victimes. Toute activité persisterait alors dans un état de tâtonnementim­précis, léconomie de la vie psychique sépuiserait, dépourvue de toute unité,de toute physionomie, de toute note personnelle, semblable en cela à des êtresinférieurs, des amibes par exemple. Les lois dune causalité précise régissentuniquement la matière morte ; la vie, elle, est un devenir. Il est hors de doute que cette conception dune finalité dans la viepsychiq­ue rapproche la psychologie de la réalité. En ce qui concerne laconnexion de certains phénomènes isolés avec lensemble, la significationfinaliste ne peut être mise en doute. Il est facile de le prouver. Il suffit détudierles premières tentatives dans lacquisition du mécanisme de la marche chez unpetit enfant. Le sens profond de ce qui se passe dans pareil cas échapperacertainement au non-prévenu, mais nous savons que, avant que soit réalisé lepremier pas, le but du mouvement est déjà fixé et cela se reflète dans tous lesmouvements partiels. On peut, de façon semblable, prouver que tous les dynamismespsychiques se trouvent groupés dans une direction donnée, orientés vers un but.Or tous ces buts provisoires et visibles finissent par tomber sous ladomination du but final fictif, imaginé et ressenti dune façon précise. Pournous exprimer autre­ment, la vie psychique de lindividu est semblable audevenir dun personnage dune bonne création dramatique, déterminé par ledernier acte de la pièce. Cette conception, quil est possible, grâce à la psychologieindividuelle comparée, de vérifier sur chaque personnalité, nous amène à uneconclusion importante. Toute manifestation psychique ne peut être comprise,afin de saisir le psychisme dun sujet, quen tant que préparation en vue dunbut donné. Ce but final est inhérent à toute personnalité de façon conscienteou inconsciente, mais il reste toujours incompris dans sa signification. Lorsquon tient compte de la multiplicité des processus psychiquesisolés, séparés de lensemble, on voit à quel point ces conceptions favorisentnotre compréhension psychologique. Représentons-nous un sujet qui a une mau­vaisemémoire. Admettons quil soit conscient de ce fait et que son examen nous révèleune médiocre mémorisation pour les syllabes. Suivant un usage propre à unepsychologie abusive nous devrions porter le jugement suivant : le sujetsouffre dune déficience de ses facultés mnésiques, déficience innée ouacquise. Disons, en passant, quau cours de pareil examen, on arrive à uneconclusion déjà incluse, en dautres termes, dans les prémices. Dans notre cas,par exemple, si quelquun a une mauvaise mémoire ou sil ne retient que peu demots, nous pensons quil a une faculté mnésique déficiente. La psychologie individuelle comparée procède de façon tout à faitdiffé­rente. À partir du moment où, avec certitude, on peut affirmer que descauses organiques ne jouent pas, se pose la question : Quel est le sens decette déficience mnésique ? Quelle est la raison de cette manifestationmorbide ? Cette raison, nous pouvons la définir lorsque nous avons uneconnaissance profonde de tout lindividu, nous permettant la compréhensiondune manifes­tation fragmentaire à partir de la compréhension de lensemble.Nous verrions alors  - et ceci est exact pour la grande majorité des cas –ce sujet sefforcer de se prouver et de prouver aux autres que, pour des motifsplus ou moins plausibles, motifs ne devant pas être exprimés ni devenirconscients, mais se laissant défendre par la déficience mnésique dune manièreparticulièrement efficace, il doit se tenir à lécart de certaine action ou decertaine décision (choix professionnel, études, examen, mariage). Car si on dévoilaitle caractère tendancieux de cette déficience de la mémoire et si on révélait sasignification en tant quarme, dans cette lutte pour un prestige personnel, ilnous serait possible de définir son sens. À chaque examen de ces facultés mnésiques,nous devons nous attendre à trouver justement ce défaut, corres­pondant austyle de vie incompris du sujet. Cette déficience a donc une fonction dont lesens ne devient clair que lorsque nous saisissons le système de référence detoute sa vie. Les uns sy prennent en soulignant intentionnellement chez eux-mêmesles imperfections psychologiques courantes et en les faisant passer pour delourdes tares, les autres arrivent au même résultat en se prétendant engagéspersonnellement dans des situations anormales ou des événements dangereux oufunestes. Grâce à cette tension psychique, leur foi dans leurs possibilités estébranlée à tel point quils disposent à peine de la moitié de leurs forces, deleur attention et de leur volonté. Jai décrit sous le terme de « complexedinfé­riorité » le tableau de cette déficience. Des observations semblables concernent également des étatsaffectifs. Tel est le cas dune femme souffrant dune névrose dangoisse, dontles paroxys­mes se répétaient à des intervalles irréguliers. Tant que nous netrouvons pas dindices précis concernant sa personnalité, il est facile de parlerdune dégé­nérescence héréditaire, dune atteinte du système vasomoteur, ou dusystème neurovégétatif. On peut également espérer pouvoir mieux comprendre cecas en mettant à jour dans lanamnèse quelque événement effrayant, trauma, quiaurait été la cause de ces troubles. Mais cest en étudiant son individualitéet en examinant ses lignes dynamiques, que nous avons découvert chez elle untrait caractériel démesuré dautorité, doublé en tant que moyen de contraintedanxiété, à partir du moment où ses proches semblaient vouloir échapper à sadomination et ne plus être en accord avec ses exigences. Ainsi son angoissesurvenait, par exemple, lorsque le mari manifestait lintention de quitter lamaison sans son autorisation. Notre façon de voir exige une manière de procéder strictement adaptéeà chaque individu, elle nest donc pas accessible à des généralisations. Maispour lusage, je voudrais ajouter lexplication suivante : à partir delinstant où jai compris le but dun dynamisme psychique ou dun style de vie,je dois mattendre à ce que tous les mouvements particuliers concordent avec cedynamisme et ce style de vie. Ce procédé est applicable dans la grande majorité des cas, comptetenu de minimes réserves. Sa valeur persiste également lorsquon la formuledune façon inverse : les mouvements particuliers correctement comprisdoivent, dans leur ensemble, représenter limage dun style de vie spécifiqueavec son but final. Ceci nous permet de soutenir quen dehors de toute prédisposition,milieu et circonstance extérieure, les forces psychiques se trouvent sous lacontrainte dune idée directrice et que tous les mouvements dexpression, lessentiments, les pensées, la volonté, laction, les rêves et les phénomènespsycho-pathologiques sont empreints de ce plan de vie unitaire. De cette « intentionalité », définie par lindividu lui-même,résulte lunité de la personnalité. Il apparaît donc dans lorgane psychiqueune téléologie quil faut comprendre comme un artifice et comme uneconstruction per­sonnelle, compensation définitive du sentiment dinférioritéhumain. Une courte remarque doit étayer cette hypothèse hérétique tout enladoucissant : lévaluation subjective spécifique est plus importante quela prédisposition, lévénement et le milieu. Cette évaluation psychique setrouve dans une rela­tion particulière et spécifique, parfois assez étonnante,avec la réalité. Dans la psychologie des masses, cette constatationfondamentale est difficile à vérifier, étant donné que la « superstructureidéologique des fondements économiques » (Marx et Engels) sollicite danscette manière de voir une normalisation des différences individuelles. En réalité,à partir dopinions donnant lieu à un état dâme dans le sens du sentimentdinfériorité, se façonne, grâce à une technique inconsciente de nos mécanismesde la pensée, un but fictif en tant que compensation définitive, et un style devie sébauche [7]. Jai parlé beaucoup de la « compréhension » de lêtrehumain, jen ai parlé autant que bien des théoriciens de la « psychologiecompréhensive » ou de la « psychologie de la personnalité » quisarrêtent toujours à lendroit précis où ils devraient montrer ce quils ontcompris. Il est risqué de vouloir exposer les résultats de la psychologieindividuelle comparée dune façon brève, car il faudra toujours exprimer lesdynamismes par des paroles ou des images. En sefforçant de passer outre àcertaines divergences, afin de gagner des formules générales, on commettra aumoment de la description lerreur, formellement interdite dans notre pratique,daborder la vie psychique de lindividu avec un schéma rigide, comme le faitlécole freudienne. Ceci dit, je me propose dexposer les résultats les plus importantsde nos recherches sur la vie psychique. Il faut souligner à cette occasion quele dyna­misme de la vie psychique se présente dune façon semblable chezlindividu sain et chez le malade. Ce qui distingue le névrosé du sujet bienportant, cest sa plus grande «. tendance à la sécurité », tendance quilui sert à assurer son plan de vie. Quant à lintentionalité et au plan de viequi la définissent, on ne peut distinguer de différence essentielle sauf une,de valeur toutefois, à savoir que le « but concret » du névrosé setourne toujours du côté inutile de la vie. Je peux donc parler dun but général des êtres humains. Uneobservation minutieuse montre quil est possible de comprendre au mieux lesdifférents dynamismes psychiques lorsque nous partons de cette idée que leursprémices essentielles consistent à toujours se diriger vers un but de supériorité.Cette idée a déjà été exprimée, en partie, par des penseurs ; etlindividu connaît bien souvent lui-même, du moins partiellement, cetteparticularité, mais un grand nombre de ces données psychologiques restentencore dans lobscurité et ne percent nettement que da-us lextase ou laliénation.Quun sujet désire être artiste, le premier dans sa profession, ou un tyrandomestique, quil entre­prenne des dialogues avec son Dieu et quil déprécieles autres êtres humains, quil considère sa peine comme la plus profonde àlaquelle tous les autres doivent se soumettre, il poursuit un idéal irréalisablepour lequel il détruit danciennes divinités, danciennes normes ou frontières établies [8]. À chaque étape de son chemin le guide son désir dune supériorité,dune recherche de ressemblance divine, sa foi dans son pouvoir psychiqueparticulier. Dans lamour, le sujet cherche à exercer un pouvoir sur sonpartenaire, dans le libre choix professionnel perce le but despérances exagérées,doublées toutefois dappréhensions, et même dans le suicide, il acquiert, avidede vengeance, la victoire sur tous les obstacles. Pour la conquête dun objetou dune personne, il peut avancer sur un chemin droit, agissant de façonorgueil­leuse, autoritaire, désobéissante, cruelle ou courageuse ; ou bienencore il préfère prendre des chemins détournés, ses expériences le guidant, encher­chant à gagner sa cause par lobéissance, la servilité, la douceur et lamodestie. Les traits caractériels nont pas une évolution propre, maissadaptent toujours au style de vie individuel, dont ils représentent lesmodalités de laction et de la lutte. Ce but de la supériorité qui, dans chaque cas personnel, se présentesous un aspect tout à fait original, nappartient pas à ce monde. Considéré enlui-même, nous devons lintégrer au chapitre des « fictions » ou des « imagina­tions ».Vaihinger en dit avec raison que son efficacité réside dans le fait que, dépourvuen lui-même de sens, il est de la plus grande importance pour les agissementsdu sujet. Ceci est, pour nous, à un tel point vrai quil nous est permis dedire : cette fiction dun but de la supériorité, en flagrante contradic­tionavec la réalité, semble se présenter comme les prémices essentielles de notrevie, nous enseignant à différencier, déterminant notre attitude et notreassurance, guidant nos actions et nos gestes, incitant notre esprit à seperfectionner. Mais, à côté de laspect positif de cette fiction, il en est unautre, négatif. Cette fiction amène dans notre vie une tendance hostile etagressive, nous prive de la spontanéité et du naturel de nos impressions etsefforce cons­tamment de nous éloigner de la réalité, en la déformant. Celuiqui considère ce but de la supériorité comme une réalité, le prenant à lalettre, se verra bientôt contraint de fuir la vie réelle faite de compromis,pour rechercher une vie en marge de la réalité sociale ; dans le meilleurcas, trouvant asile dans le domai­ne de lart, mais le plus souvent échouantdans le piétisme morbide, dans la névrose ou dans la délinquance. Je ne veux pas métendre ici sur des particularités, certainsindices de pareille tension vers un but immuable se retrouvant chez tous les êtreshu­mains. Parfois ces indices se traduisent par des attitudes, dautres foispar des exigences et des espérances. Les souvenirs, les fantasmes, les rêves enportent la trace. Pour les découvrir, il faut bien se garder de questionner lesujet sur ces points ; ses attitudes corporelles et spirituelles nousparlent clairement de cette recherche de la puissance et marquent lidéal de saperfection et de ses qualités. Dans les cas se rapprochant de la névrose, on retrouvera toujours unbesoin accentué de se mesurer avec lentourage ou encore avec des person­nagesdu passé, aujourdhui décédés, ou des héros de lhistoire ou de la légende. Il nest pas facile de confirmer lexactitude de cette observation,car si chacun porte en soi un idéal de supériorité, idéal particulièrementaccentué chez le sujet nerveux, il est nécessaire alors de trouver chez lui destraits caractériels visant à dévaluer et à rabaisser les autres. Lintolérance,le besoin davoir toujours raison, lenvie, le plaisir de nuire, la fatuité, lasurestimation de soi-même, la méfiance, lavarice, en un mot toutes lesattitudes dénonçant les traits dune attitude de lutte se feront jour ; etcela à un degré beaucoup plus important que ne le demanderait linstinct deconservation et que ne lexige le sentiment social. Dautres fois, suivant le degré de confiance en soi-même et le zèle àattein­dre un but donné, on trouvera des traits dambition, de courage,desprit de compétition, des attitudes de sauveur, de mécène ou dorganisateur.Un examen psychologique exige une objectivité absolue afin de ne pas troublerla vie par un jugement moral. Il faut ajouter à cela que le niveau divergentdes traits caractériels déclenche chez nous la bienveillance ou le dédain et ilfaut savoir enfin, dès le premier abord, que les traits hostiles sont parfoissi bien camouflés chez le névrosé que le sujet, avec quelque raison, est étonnéet in­disposé lorsquon attire son attention sur ses défauts. Voici un exemplefourni par deux frères : laîné se rend désagréable en sefforçant par sonobsti­nation et son esprit dopposition dassurer sa domination dans lafamille. Le cadet, lui, sy prend de façon plus intelligente, se conduit en véritablemodèle dobéis­sance et arrive ainsi à être considéré par la famille comme uneidole, dont on doit satisfaire tous les désirs. Mais, poussé par son ambition,ce cadet ayant eu dinnombrables déceptions, en vint à renoncer désormais à obéir.Des manifestations morbides obsessionnelles sinstallèrent, grâce auxquellestout ordre émanant des parents fut contrarié. On dut toutefois se rendre compteque lenfant faisait des efforts pour persister dans son obéissance. Cétaitdonc une obéissance, annihilée toutefois par des idées obsessionnelles,impossibles à éviter. On voit le détour que dut faire sa ligne dynamique pourpersister dans la même direction que son aîné. Toute la recherche personnelle du pouvoir et de la supériorité setranspo­sant ainsi très tôt chez lenfant dans le contenu de son ambition, lapensée ne peut en accepter que ce que permet léternel et réel sentimentsocial. À partir de ce dernier se développent la tendresse, laffection pournos semblables, lamitié, lamour. La volonté de puissance sépanouit de façonmoins visible, cherchant à simposer en cachette et par des détours, enempruntant un semblant de sentiment social. À cette occasion, il me faut reconnaître une vieille conceptionfondamen­tale de la psychologie : lorigine de toute attitude marquantedun être humain se laisse deviner jusque dans lenfance. Cest par léducationde lenfant que se prépare son attitude future, éducation qui porte lempreintede lentourage. Des modifications fondamentales ne seront réalisables plus tardque grâce à un haut degré dautocritique ou à une intervention psychothérapique,interven­tion nécessaire dans les cas de manifestations névrotiques, et àpartir du moment où le malade reconnaît les fautes de son style de vie avectoutes les conséquences qui en découlent. Je voudrais étudier le comportement intentionnel du nerveux à laidedun autre exemple, tel que je lai rencontré bien souvent dans la pratique. Unhomme, particulièrement doué, ayant pu gagner, grâce à son amabilité et à sadistinction, les faveurs dune jeune fille de grande valeur, eut lintention delépouser. Mais en même temps il la persécuta par ses idées sur léducation,lui imposant de très grands sacrifices. La jeune fille supporta ces exigencesjusquau moment où, afin déviter dautres épreuves, elle rompit les relations.À partir de cette époque lhomme seffondra dans des crises nerveuses. Linter­prétationpsychologique du cas montre que leffort vers la supériorité de ce maladelavait, dès le début, incité à exclure toute idée dunion (et ses exigencesautoritaires vis-à-vis de sa fiancée le prouvent). Sans bien le savoir, il alui-même provoqué la rupture parce quil ne se sentait pas capable daffrontercette lutte ouverte que la notion du mariage représentait pour lui. Dès sa plustendre enfance, en effet, il doutait de lui-même, vivant, comme fils unique,assez isolé du monde extérieur, avec sa mère, devenue prématu­rément veuve. Depuis cette époque, caractérisée par des luttes familialespermanentes, il avait acquis limpression - impression dont il nétait jamaisdevenu conscient - quil nétait pas suffisamment viril et que la femme ledominerait toujours. Cette attitude psychique est comparable à un sentiment dinférioritéper­manent et on peut comprendre à quel point pareille attitude est déterminéepar le sort dun être humain, lobligeant à défendre son prestige autrement quepar la réalisation des exigences réelles sur le côté utile de la vie. Il est facile de comprendre que le malade obtint ainsi ce que ses prépara­tifssecrets pour lexclusion du mariage, avaient visé et ce que sa peur dupartenaire avait suscité en lui, à savoir des luttes incessantes et desrelations hostiles avec la femme. Il avait observé en face de sa fiancée les mêmes attitudes quecelles adoptées vis-à-vis de sa mère, quil sefforçait de subjuguer. Cetteattitude, déterminée par la nostalgie de la victoire, a été mal comprise par lécolefreu­dienne, qui le considère comme une relation incestueuse permanente vis-à-visde la mère. En réalité, le malade était mû par un sentiment dinférioritéaccentué datant de son enfance, résultant de ses conflits avec sa mère etlincitant à reprendre dans sa vie ultérieure la lutte avec la femme, en seservant de puissants dispositifs de sécurité. Quelle que soit lidée quon puisse se faire de lamour, il ne peutsagir dans notre cas dun sentiment social qualifié, mais seulement duneapparence, dune caricature, dun moyen, en vue dun but personnel. Ce but,cest le triomphe sur la personnalité féminine. Il explique les éternelles épreuveset exigences vis-à-vis de sa fiancée comme dailleurs aussi la rupture derelation quon pouvait, à coup sûr, prévoir. On ne peut considérer cetterupture comme un événement fortuit, mais comme le résultat dune mise en scène,savamment préparée par un arrangement réalisé grâce aux moyens dont se servaitdéjà le sujet dans ses relations avec sa mère. Une défaite dans le mariage étaitdonc exclue, puisque lunion ne pouvait se conclure. On voit dans cecomportement lhypertrophie de lattitude subjective, personnelle, aux dépensde celle objec­tive, réaliste, attitude dépourvue de préjugés. Lexplication se retrouve dans la constatation dune ambitionsurtendue qui se présente sous un double aspect - lun de ces aspects tend àremplacer lautre à partir du moment où le découragement fait suite aux échecsressentis. Le premier aspect est celui dune ambition se plaçant en quelquesorte, derrière le sujet et le poussant en avant ; le second qui se dressemenaçant devant lui et le refoule : « si tu traverses le Halys, tu détruirasun grand royaume. » Cest sous ce deuxième aspect de lambition que se présentent lesnerveux alors que le premier aspect ne se retrouve que rarement et danscertaines conditions particulièrement favorables ou encore en apparence. Ilsdisent : « Oui, autrefois, jétais ambitieux. » En réalité, ilsle sont toujours, mais ils se sont eux-mêmes barré la route par le mauvaisarrangement de leur mal, par leur mauvaise humeur et par leur manque dintérêtpour les autres. Leur réponse à la question : « Où étiez-vous lorsqueDieu partagea le monde ? » est infailliblement : « Jétaismalade. » Cest ainsi que ces sujets en arrivent à soccuper deux-mêmesau lieu de sintéresser au monde extérieur. Jung et Freud ont, par erreur, décritplus tard ces processus névrotiques, qui sont dune importance capitale, commedes types constitutionnels, le premier sous le terme dintroversion, le secondsous le terme de narcissisme. Daprès cet exposé, lattitude de notre malade nous apparaîtclairement. Nous reconnaissons dans son comportement autoritaire en face de safiancée, lapparence de lamour. Son effondrement nerveux par contre est moinscom­préhensible et nécessite quelques explications. Nous touchons ici auterrain proprement dit de la psychologie des névroses. Une fois de plus, commedéjà pendant son enfance, le malade sest heurté au problème de la femme. Danstous les cas semblables le névrosé se montre incité à prendre des mesures de sécuritérenforcées et à accentuer la distance qui le sépare de ce quil considère commeun danger. Notre malade utilise leffondrement nerveux pour mainte­nir en luiun pénible souvenir, soulevant un problème de culpabilité quil met sur lecompte dune femme, afin de procéder, dans lavenir, avec plus de prudence dansses rapports avec la société féminine, ou encore afin de rompre dune façon définitiveavec lamour et le mariage. Cet homme a aujourdhui trente ans. Admettons quil supporte cettepeine pendant dix ou vingt ans et que, durant une autre période de vingt ans,il regrette son idéal perdu. Il aura ainsi, peut-être pour toujours, évitétoute rela­tion amoureuse et, à son sens, aura pu se préserver de tout nouvel échec. Leffondrement nerveux utilise également, en les renforçant, lesmoyens employés lors de ses expériences antérieures, alors quenfant ilrefusait la nourriture, le sommeil, le travail et quil jouait le rôle delambitieux. Par la faute de sa fiancée, sa valeur baisse alors que lui-même ladépasse par la noblesse de son caractère. Il arrive ainsi à atteindre ce butquil poursuivait toujours, sa propre supériorité. Car il est le plus noble, sapartenaire étant mauvaise « comme toutes les filles ». Elles nepeuvent pas se mesurer avec lhomme. Réalisant lobligation qui le préoccupaitdéjà en tant que garçon, il a su montrer quil était plus distingué que le sexeféminin, sans être obligé de mettre à lépreuve ses possibilités. Nous comprenons pourquoi sa réaction nerveuse ne sera jamais trèsagres­sive. Il faut quil traverse cette terre comme un reproche vivant àladresse de la femme [9]. Sil avait conscience de ses projets, en quelque sorte secrets, toutdans sa conduite exprimerait le ressentiment et la mauvaise intention et, de cefait, il ne pourrait pas atteindre le but poursuivi, son élévation à un niveausupérieur par rapport à la femme. Car il se verrait, comme nous le comprenons,en train de fausser les valeurs et de mener tout vers un but déterminédavance. Ce qui se passe nest ni « destinée », ni « conduiteavantageuse ». Son but, son style de vie, son mensonge vital exigentpourtant cet avantage. Il est donc néces­saire que le plan de vie du maladereste inconscient, afin de pouvoir croire à une destinée dont il ne porte pasla responsabilité. Il ignore que le chemin quil suit est tracé depuislongtemps, malicieusement élaboré et quil en est responsable. Je renonce ici à une description détaillée de cette distance que lenévrosé place entre lui et la décision, dans notre cas le mariage. Sa manièrede procéder appartient à létude dun « arrangement nerveux ».Mentionnons seulement que cette distance se manifeste nettement dans son « attitudehésitante », dans ses principes, dans sa conception du monde et dans sonmensonge vital. Le moyen le plus efficace pour réaliser cette distance esttoujours la névrose ou la psychose. Les perversions et les impuissances detoutes sortes se prêtent également très bien à ce but. Lhomme trouve laconciliation avec la vie dans létablissement dune série de regrets portantsur certaines conditions de son passé : « seulement si ceci ou celaavait été autrement. » On comprendra aussi limportance du problème pédagogique, importanceparticulièrement soulignée par notre école. Nos investigations suivent ici la même voie ascendante que poursuitaussi le procédé thérapeutique, étudiant dabord le but de la supériorité quinous permet déclaircir la position de lutte de lêtre humain [10], et en particulier du névrosé, essayant par la suite de saisir lesorigines de ces mécanismes psychi­ques spécifiques. Nous avons déjà mentionnéun élément de ce dynamisme psychique, la faculté artistique, inéluctable delappareil psychique qui réalise ladaptation et lexpansion de la réalité grâceà lartifice de la fiction et de la donation dun but. Jai déjà démontrécomment la recherche dune ressem­blance à Dieu transforme la position delindividu vis-à-vis de son entourage en une attitude de lutte et comment cecombat pousse lindividu vers le dynamisme dune agression directe ou vers lemouvement de la prudence afin de le rapprocher de son but. Si on remonte lamarche évolutive de cette agression jusquà la première enfance on trouveratoujours le facteur de base : pendant toute la durée de son développement cesujet a été grevé dun sentiment dinfériorité en ce qui concerne ses rapportsavec ses parents, ses frères et sœurs et le monde environnant. Du faitde la déficience de ses organes, de son insécurité et de sa dépendance, de sonbesoin dappui auprès de sujets plus forts et du fait de sa soumission àdautres, bien souvent douloureusement ressentie, le sujet éprouve ce sentimentdinsuffisance qui se traduit dans tous les actes de sa vie. Ce sentiment dinférioritéconditionne la permanente inquiétude de lenfant, son besoin morbide dactivité,son besoin de jouer un rôle, de se mesurer avec dautres, son désir de préparerson avenir et ses préparations physiques et psychiques. Toutes les possibilitésde léducation de lenfant dépendent de ce sentiment dinsuffisance. Lavenirdevient ainsi le pays promis qui lui apportera ses compensations. Même dans sonsentiment dinfériorité se reflète cette attitude de lutte : il ne considèrecomme compensation réussie que ce qui annule définitivement sa position présentedéficiente et ce qui le rendra supé­rieur à tous les autres. Cest ainsi quelenfant arrive à se fixer des buts fictifs dune supériorité où se trouveronttransformées sa pauvreté en richesse, sa soumission en domination, sasouffrance en joie et jouissance, son ignorance en omniscience, son incapacitéen art. Ce but sera fixé dautant plus haut et poursuivi dune façon dautantplus rigide que lenfant aura ressenti nettement son insécurité, quil aurasouffert dune faiblesse physique ou légèrement psychique et quil aura étésoumis dans la vie à des vexations. Si on désire deviner ce but, il fautobserver lenfant dans ses jeux, dans ses occupations spontanées ou explorerson imagination quant au choix dune profession. Les changements apparents deces manifes­tations ne suffisent pas pour cacher dans la recherche de chaquenouveau but le désir dun nouveau triomphe. Un autre aspect de ces productionsquon retrouve souvent chez des enfants peu agressifs, chez des jeunes fillesou chez des sujets particulièrement fragiles, réside dans labus de leurfaiblesse, qui oblige ainsi les autres à se soumettre à eux. Ils sefforcerontplus tard den faire autant jusquau jour où leur style de vie et leur mensongevital seront démas­qués dune façon irréfutable. Un autre aspect de ce dynamisme compensateur peut réduire le rôlesexuel à un rôle inférieur, incitant lindividu à se fixer des buts à tendancemâle particulièrement prononcée. Dans notre civilisation, orientée dune façonmas­culine, la jeune fille, comme dailleurs parfois aussi le garçon, se croiraobligée de souligner par des efforts et toutes sortes de stratagèmes ces traitsmasculins. On ne peut pas nier que certains de ces traits sont de nature positi­ve.Notre devoir consiste à les maintenir mais aussi à découvrir les nombreu­seslignes dynamiques erronées et pathogènes, afin de les supprimer. Cette activitédépasse de loin les limites de la cure thérapeutique et touche au problème dela vie sociale, de léducation des enfants et des masses. Car le but depareille conception est : renforcer le sens de la réalité, desresponsabilités et remplacer la haine latente par un sentiment de bienveillancemutuelle, senti­ment qui sera développé par lépanouissement du sens social etpar la réduction consciente de la volonté de puissance. Dans « LAdolescent » de Dostoïevski, les fantasmes de larecherche de puissance des enfants sont décrits dune façon magistrale. Jairetrouvé chez un de mes malades un cas particulièrement typique de cettetendance. Dans ses idées et ses rêves se retrouvait toujours le même désir :que dautres meurent pour que son espace vital augmente, que dautres souffrentpour quil se trouve dans de meilleures conditions. Cette attitude rappelle laconception erronée et cruelle de beaucoup dêtre humains qui ramènent les mauxde ce monde au fait que notre terre est trop peuplée. Ces tendances ontcertainement contribué à rendre plus justifié le déclenchenient de la guerremondiale. Le sentiment de lévidence qui sous-tend ces fictions provientdautres domaines, et dans le cas présent, probablement, de données de lactivitécapitaliste, où en effet un sujet se trouvera dautant plus à laise quelautre souffrira davantage : « Je voudrais devenir fossoyeur »me disait un garçon âgé de quatre ans, « je voudrais être celui quienterre les autres. »           Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre II Hermaphrodisme et protestation virileProblème central de la névrose              Retour à la table des matières Un énorme pas en avant fut réalisé en psychopathologie à partir dumoment où dans létiologie des maladies nerveuses se fit jour la conceptionuniversellement admise, que les manifestations morbides nerveuses sont provoquéespar des troubles psychiques, troubles qui doivent être traités par uneintervention sur le psychisme. Cette attitude fut recommandée par deschercheurs comme Charcot, Janet, Dejerine, Breuer, Freud, etc. Les expé­riencesfrançaises concernant lhypnose et la suggestion étayaient encore cette hypothèseen confirmant la labilité du symptôme nerveux ainsi que la possi­bilité delinfluencer par la voie psychique. Les résultats restaient toutefois incertains,ce qui obligeait même des auteurs en renom, contrairement à leurs hypothèses théoriques,de traiter la neurasthénie, lhystérie, la névrose obses­sionnelle ou la névrosedangoisse par les bons vieux procédés électriques et hydrothérapiques. Tout lerésultat de lélargissement des connaissances dans ce domaine se chiffrait parune accumulation de termes techniques, sefforçant de mettre à jour le sens etla nature du syndrome névrotique. Pour les uns la solution du mystère setrouvait dans une « faiblesse irritative », dans une diminution de la« tension psychique » pour les autres dans une « sugges­tibilité »,« hypersensibilité », « tare héréditaire », « dégénérescence »,« réac­tivité morbide », « labilité de léquilibrepsychique » notions qui devaient exprimer le mécanisme du trouble nerveux. Pour le malade même, et au service de son trouble, ne persistaientquune maigre thérapie suggestive, et des tentatives, le plus souventinfructueuses, dagir par la « bonne parole », de libérer les « étatsaffectifs bloqués » et lessai de préserver le sujet de ses rechutes, quitoutefois ne tardaient, pour ainsi dire, jamais. Cette thérapeutique avaitpourtant lavantage dun « traitement moral » à condition que lemalade se trouvât entre les mains dun praticien expéri­menté et pourvudintuition. Dans le publie se répandait le préjugé - nourri par lesconclusions, parfois hâtives, résultant des névroses post-traumatiques à lasuite daccidents de la route - que le névrosé « simagine » êtremalade et quil amplifie ses symptômes, alors quen fortifiant son énergie, ilserait capable de surmonter ses troubles. Josef Breuer eut lidée de demander au malade, par la conversation,le sens et lorigine de son symptôme névrotique, de la paralysie hystérique parexemple. Cet auteur, en collaboration avec Freud, adopta ce procédé sans idéepréconçue et son observation confirma alors la curieuse constatation de lacunesamnésiques, refusant au malade et au médecin une vue sur lorigine et lévolutionde la maladie. Les tentatives, partant dune connaissance appro­fondie dupsychisme, de traits caractériels morbides, des fantasmes et des rêves dumalade, et permettant de tirer des conclusions quant au matériel oublié, furentcouronnées de succès et permirent de créer la méthode psycha­nalytique et sa théorie.Grâce à cette méthode Freud a pu remonter aux racines de la maladie névrotique,placées dans la première enfance, et découvrir une série de mécanismespsychiques permanents, comme celui du refoule­ment ou du déplacement. Au moment du traitement furent régulièrement mis à jour destendances et désirs anciens du malade, semblables dans les différentes formeset aspects névrotiques, et cela par différents auteurs, travaillant indépendammentles uns des autres, mais se servant tous de la méthode psychanalytique. Freud mêmesest efforcé de trouver les origines de la névrose dans la modification delinstinct sexuel et dans une constitution particulière de la vieinstinctuelle, théorie très controversée, mais qui nest pas liée à la méthodepsycho­thérapique dune façon indissoluble. En ce qui concerne la psychologie individuelle comparée, je voudraissouligner parmi ses vues les notions suivantes : la nécessité de ramenerla totalité des symptômes nerveux à une « commune mesure ». On arriveà se convaincre de la justesse de cette manière de faire, en comparant letableau psychique actuel du malade à une situation psychologique de la premièreenfance ; ce qui veut dire que les fondements psychologiques, le schéma delatteinte morbide et des symptômes sont empruntés à la première enfance, maisque sur ces fondements a proliféré pendant des années une superstructurecomplexe, la névrose spécifique précisément, inaccessible à tout traitementtant quon nen modifie pas les bases. Dans cette superstructure nous retrou­vonsles tendances évolutives, les traits de caractère, et les événements vécus,parmi lesquels il faut souligner : des états affectifs déchecs répétés,concer­nant un des domaines principaux de lactivité humaine - cause immédiatede léclosion de la maladie. À partir de ce moment tous les efforts du maladevisent la compensation de son échec, en poursuivant avidement des réussitessans valeur réelle, et surtout, en se préservant contre dautres échecs ou épreuves.La névrose lui permet cette attitude et lui est dans ce sens dun grandsecours. Lanxiété névrotique, des douleurs, des paralysies et le doute dunerveux lempêchent dintervenir activement dans la vie, la contrainte névrotiquelui procurant - dans lidée et limpulsion obsessionnelles - lappa­rence duneactivité sur le côté inutile de la vie et lui fournissant dautre part le prétextepour sa passivité, en base de sa légitimation morbide. Dans ma pratique je me suis vu obligé, pendant mes séances danalysepsychique, de remonter jusquaux situations de la première enfance, et en les étudiant,de progresser à leurs origines qui sont avant tout les déficiences organiquesdans leur retentissement psychique et des situations familiales socialement défectueuses.Mais au delà de ces facteurs jen ai découvert dautres ayant contribué à leurformation : la constitution organique. Jai pu me rendre compte que les étatsdinfériorité de certains organes, de systèmes endocriniens, plaçaient lenfantau début de son développement dans une position où le sentiment habitueldinsuffisance et de faiblesse, se trouvait considérablement renforcé etamplifié dans le sens dun véritable sentiment dinfériorité profondémentressenti [11]. Du faitdu dysfonctionnement de lorga­ne déficient le sujet présente alors des étatsde faiblesse, fragilité, maladresse, laideur (souvent accentués par des signesde dégénérescence ou des dyspla­sies) et un grand nombre de défautsdenfants : clignement des yeux, strabis­me, gaucherie, surdimutité, bégaiement,défauts de prononciation, vomisse­ments, énurésie ou encoproésie, lexposant àdes situations humiliantes, voire à lironie ou à des punitions, et qui luirendent impossible la vie en société. Le tableau psychique de ces enfantsmontre bientôt des traits accentués de dépendance, avec besoin exagéré desoutien et daffection, et dégénère très vite en crises danxiété, crainte derester seul, timidité, peur de tout ce qui est nouveau ou étranger,hypersensibilité, pruderie, peur dêtre puni et peur des conséquences de touteactivité - traits caractériels qui confèrent au garçon une allure apparemment féminine. Très vite on se rend compte que chez ces enfants le sentiment de setrou­ver à larrière-plan est particulièrement prononcé. En même temps se mani­festeune hypersensibilité qui gêne constamment le bon équilibre psychi­que. Pareilsenfants veulent tout posséder, tout manger, tout entendre, tout voir, toutsavoir. lis veulent dépasser tout le monde et ils désirent tout réaliser pareux-mêmes. Leur imagination joue avec toutes sortes didées de grandeur :pour sauver les autres ils se voient en héros, simaginent être de descendanceroyale, se voient menacés, assiégés, sestiment les victimes de leur entourage.Les bases dune ambition insatiable sont ainsi posées, ambition dont on peutavec certitude prédire la défaite. À ce moment séveillent et se renforcent destraits caractériels réprouvables. Lavarice et la jalousie prennent des propor­tionsextraordinaires, étant donné que lenfant nest pas capable dattendrepatiemment laccomplissement de ses désirs. Il poursuit avidement toutepossibilité de succès, devient inéducable, emporté, brutal envers les faibles,menteur vis-à-vis des adultes et espionne tout le monde avec une méfiancesordide. Il est facile de voir à quel point un bon éducateur peut remédier àcette attitude égocentrique, et quels dégâts peut dautre part provoquer unmauvais éducateur. Dans les cas favorables se développe un besoin de savoir,insatiable, ou encore le phénomène forcé dun enfant prodige, dans les cas défavorablesapparaissent des tendances criminelles ou le tableau dun homme prématurémentusé, qui sefforce par la névrose de masquer sa retraite devant les exigencesde la vie. Il résulte de nos observations des enfants, présentant les traitscaractériels de la subordination, dépendance, servilité, en un mot de lapassivité, que très vite et brusquement -surtout chez les enfants à dispo­sitionnévrotique - ils cèdent le pas aux traits de révolte secrète et de désobéis­sance,indice de leur profond ressentiment. Une étude approfondie met a jour un mélangede traits actifs et passifs, mais toujours marqués par la tendance à passer dela servilité féminine à lopposition masculine. On arrive ainsi à comprendreque ces traits dopposition apparaissent en quelque sorte comme réaction vis-à-visdes tendances à lobéissance ou à la subordination imposée, et quils doiventprocurer à lenfant une satisfaction plus rapide de ses besoins instinctuels,de sa valorisation, en lui procurant des privilèges et lattention de sonentourage. Une fois ce stade de son développement atteint, lenfant se sentpartout menacé doppression et se révolte dans toutes les situations de la viejournalière, pendant les repas, le soir au moment du coucher, dans laccom­plissementde ses fonctions dexcrétion et vis-à-vis de lhygiène corporelle. Lesexigences du sentiment social se trouvent étouffées. Le besoin de domi­nationse développe généralement sous une apparence prétentieuse daffairement stérile. Un autre type, peut-être le plus dangereux, parmi les enfants névrosésmontre ces tendances contradictoires de soumission et de protestation active,dans un rapport étroit, celui des moyens et des fins. Ils semblent avoir devinéles mécanismes de la dialectique vitale et ils sefforcent par une soumissiontotale (masochisme) dassouvir leurs désirs disproportionnés. Ils supportentmal la critique, les échecs, la contrainte et lattente, surtout labsence desuccès immédiat et ils reculent alors avec frayeur, comme dailleurs tous les névroses,devant laction, la décision, une situation nouvelle ou inhabituelle. Ils présen­tentle tableau dune déficience apparemment fatale par le truchement dun alibi détatpathologique pour sarrêter devant les exigences de la société et sisoler. Cette apparente ambivalence, équivalent dans le fond dun arrêt oudun signal de fuite déguisé - qui se retrouve chez les enfants normaux dansune certaine mesure, et qui forme le caractère de ladulte - ne permet pas,chez le névrosé, la réalisation dun but utile et paralyse les décisions par laconstruc­tion de sentiments dangoisse et de doute. Dautres types, surmontantlangois­se et le doute, cherchent leur salut dans lobsession et poursuiventsans cesse des succès, devinant partout des attaques, des situations menaçantesou préjudiciables, des injustices et sefforcent de jouer un rôle de sauveur oude héros (Don Quichotte) sans pourtant arriver à un sentiment de satisfaction(Don Juan, Messaline). Leur activité est dépourvue déquilibre, car la naturedouble de leur psychisme, lapparente ambivalence du névrosé « doublevie », « dissociation », « discordance »), estsolidement ancrée en eux, grâce a des composantes féminines et masculines, quisemblent chercher leur synthèse, mais qui toutefois la manquent systématiquementafin de sauver leur person­nalité du heurt menaçant avec la réalité. Cest icique la psychologie individuelle comparée doit intervenir afin détudier,analyser et expliquer ces tendances et dassurer en élargissant le champ de laconscience la suprématie de lintelligence sur ces pulsionsdivergentes,jusqualors incomprises, mais non inconscientes. Très tôt simpose à lesprit de lenfant une évaluation des valeursprofondé­ment ancrée dans lâme du peuple, sentiment qui a depuis toujours éveillélintérêt des poètes et des penseurs et qui impose, de façon forcée, mais en concordanceavec notre vie sociale, une symbolisation des formes et appa­rences de la viesociale dans leurs aspects, « masculin » ou « féminin ».Ainsi se présente à lenfant, dans ces détails parfois divergents mais toujourscomme masculins, la force, la grandeur, la richesse, le savoir, la victoire, labrutalité, lactivité, alors que leurs contraires sont considérés comme traitsféminins. Le besoin dappui normal de lenfant, la soumission exagérée du névrosé,le sentiment de faiblesse et le sentiment dinfériorité protégé par une hyper­sensibilité,la prise de conscience de son insuffisance naturelle et le sentiment duneposition secondaire et préjudiciable trouvent un dénominateur commun dans lesentiment de la féminité, alors que les tendances actives, aussi bien chez lafillette que chez le garçon, leur recherche du succès, la grande tension deleurs instincts et de leur besoin sont considérés comme étant lexpression dela protestation virile. Ainsi naît chez lenfant, en base dune fausse valori­sation,pourtant abondamment nourrie par notre vie sociale, un herma­phrodismepsychique, sappuyant dune façon dialectique sur une ambivalence intérieure,et qui développe à partir de là un dynamisme poursuivant dans le renforcementde la protestation virile la solution dune dysharmonie, issue de ces tendancesincomprises. La prise de contact inévitable avec le problème sexuel accentueavant tout la protestation virile et nourrit ce complexe dysharmonique avec desfantas­mes sexuels et des tendances sexuelles, élabore parfois une précocitésexuelle et peut dans certains cas, par crainte dune soumission « féminine »,menerà toutes sortes de perversions. Cet hermaphrodisme psychique de lenfant setrouve encore amplifié, et de ce fait la tension psychique accrue, si le rôlesexuel de lenfant lui reste caché ou sil nen prend pas conscience. Cest alors que lincertitude naturelle, le doute se fixent sur lesdeux pâles de cet aspect hermaphrodique sajoutent les traits caractérielsrespectifs. La difficulté de maîtriser cette scission psychique laccentueencore et ce nest que grâce à lartéfact du symptôme nerveux que par laretraite psychique, par lisolement, lindividu arrive à un relatif équilibre.Les énergies et les efforts du malade, du médecin et du pédagogue échouent biensouvent en face de ce problème. Dans ces conditions, seule la psychologieindividuelle comparée peut amener une lumière pour éclairer ces processus delinconscient et pour procéder à une correction de ces développements défectueux.Beaucoup de ces notions, dont nous venons de parler, ont été plus tard exposéessous le terme de « complexe de castration ».            Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre III Contribution à la pratiqueDe la psychologie individuelle comparée            Retour à la table des matières Nous arrivons aux conclusions suivantes : I. Chaque névrose peut être considérée comme une tentativeculturelle non réalisée pour se libérer dun sentiment dinfériorité et acquérirun sentiment de supériorité. Il. Lévolution de la névrose ne mène pas sur le chemin duneactivité sociale, ne vise pas la solution des problèmes vitaux, mais aboutit àlisole­ment du malade dans le cercle restreint de la famille. III. Le vaste domaine de la société humaine se trouve ainsi délaisségrâce à larrangement dune hypersensibilité et de lintolérance. Il nepersiste quun cercle tout à fait réduit, permettant au malade dexercer sesstratagèmes de domination dans leurs différentes modalités. De cette façon se réaliseen même temps la sécurité de la retraite en face des exigences de la sociétéavec les décisions quelle nous impose. IV. Détourné de la réalité, le névrose mène sa vie danslimagination et la fantaisie, en se servant dune série de ruses qui luipermettent déviter les problèmes réels de la vie et de diriger ses aspirationsvers une situation idéale, le déchargeant de tout rendement social et de touteresponsabilité. V. Cette décharge et le privilège de la maladie, de la souffrance,lui four­nissent un remplacement du but originel, mais risqué dune supérioritéréelle. VI. Il faut donc comprendre la névrose et lâme névrosée comme unetentative pour se soustraire à toute contrainte que nous impose la société, grâceà une contre-contrainte. Cette dernière est élaborée de façon à pouvoir de façonefficace sopposer à la particularité du milieu et de ses exigences. Le tableaude la névrose nous fournit des renseignements concluants quant à ces deuxfacteurs. VII. La contre-contrainte a un caractère de révolte contre la société.Elle puise son matériel dans des expériences affectives appropriées, ou àpartir dexpériences vécues, mais aussi de banalités, aptes à détourner de sesproblèmes fondamentaux le regard et lattention du sujet. Ainsi se réalisentsuivant les besoins de la situation des états dangoisse ou obsessionnels, des étatsdinsomnie, des tendances syncopales, des perversions, des hallucina­tions, desétats affectifs pathologiques, des complexes psychasthéniques ethypocondriaques et des tableaux psychotiques, servant de prétextes au maladepour se soustraire aux obligations de la vie sociale. VIII. La logique même se soumet à la dictature de lacontre-contrainte. Dans la psychose ce processus va jusquà lannulation de lalogique, rempla­çant par une logique privée le bon sens et le sens commun. IX. La logique, le sens esthétique, lamour, les sentimentshumanitaires, la collaboration et le langage proviennent des exigences de lavie humaine collective. Lattitude du névrosé, avide de puissance, recherchantlisolement, se dirige automatiquement contre ces valeurs. X. La guérison de la névrose et de la psychose exige latransformation du sujet grâce à une action pédagogique, la correction de ses erreurset son retour définitif au sein de la société humaine. XI. Toute la volonté et toutes les tendances du névrosé sontsoumises à la dictature de sa politique de prestige, toujours prête à avancerdes prétextes afin de ne pas résoudre des problèmes vitaux, se dirigeantautomatiquement contre le développement du sentiment social. Ce quil dit et ceque traduisent ses idées na pas de signification pratique. Son activité rigidese traduit uni­quement par son attitude. XII. Une fois établie la nécessité dune compréhension totale de lêtrehumain et une fois saisie son individualité spécifique, - la structure de notreraison dune part, la prise de conscience dun besoin à saisir la personnalitédans une vue densemble nous y amènent - la comparaison nous permet de nousfaire, suivant notre méthode, une image des lignes dynamiques grâce auxquelleslindividu tend à arriver à des situations, à des succès. En face de ces personnalités, nous servent en quelque sorte de repère :  1º Notre propre attitude dans des situations analogues à celles quiactuelle­ment préoccupent le malade, ce qui exige de la part du thérapeute unegrande faculté didentification. 2º Les attitudes et les anomalies dattitude du malade, provenant dépoquesantérieures. Ces attitudes sont déterminées par la position de lenfant dans lafratrie, par ses jugements erronés à grande tendance généralisatrice, par sonsentiment dinfériorité très profond et très rigide et par sa recherche dupouvoir personnel. 3º Dautres types à forte tendance névrotique. À cette occasion on décou­vreque tel type (mettons le neurasthénique) arrivera à ses buts par lasthéniealors que dautres y arriveront grâce à langoisse (hystérie) la contrainteobsessionnelle ou par la psychose. Tous les traits caractériels, tous les étatsaffectifs, tous les principes et symptômes nerveux, indiquent tous le même but,malgré leur apparente discordance, si on les isole ou si on les arrache de leurconnexion préserver lindividu des exigences de la société. 4º Les exigences de la société, auxquelles le névrosé se soustraitdune façon plus ou moins prononcée, sont par exemple la collaboration,lamour, la subordination sociale, les sentiments humanitaires, les devoirsenvers la société. Cet examen psychologique nous montre que le névrosé, plusque le sujet approximativement normal, a axé sa vie psychique sur une tendance àdominer ses semblables. Sa recherche de pareille supériorité fait que la con­trainteétrangère, les exigences dautres et les devoirs envers la société sontcontinuellement refusés du fait de la « maladie ». La connaissance deces données fondamentales de la vie psychique névrosée facilite la compréhensiondes connexions psychiques à un tel point, quelle doit être considérée comme laplus utile hypothèse de travail pour explorer et pour guérir des manifes­tationsnerveuses pathologiques, jusquà ce quune compréhension totale de lindividupermette de saisir les facteurs réels du cas dans toute leur étendue.    Ce qui indispose le plus le sujet sain dans notre argumentation etdans ses conséquences est la question de savoir si le but fictif dune supériorité,ressentie dans le domaine affectif, peut être plus fort quun raisonnementrationnel. Mais nous constatons bien souvent cette transposition à la faveurdun idéal de la vie de lêtre sain aussi bien que de la vie même de peuplesentiers. La guerre, des exagérations politiques, des crimes, des suicides, desexercices ascétiques en témoignent. La tendance à exagérer, une attitudecritique, nous surprennent souvent et une grande partie de nos souffrances etde nos douleurs morales sont produites par nous-mêmes ; nous lessupportons sous la contrainte dune idée. Le fait que le chat attrape des souris et que, sans jamais avoir vucomment se pratique cette chasse, dès les premiers jours de son développementil sy exerce est au moins aussi étonnant que notre constatation daprèslaquelle le névrosé, en fonction de sa structure spécifique, de sa position etde lopinion quil a de lui-même, se soustrait à toute contrainte ressentiecomme insup­portable et que, ouvertement ou en secret, conscient ouinconscient, il cherche des prétextes pour sen libérer, prétextes que biensouvent il sait lui-même éveiller à la vie. Son existence se déroule dans une éternelleexclusion des rapports vitaux, dans la mesure où ils sont ressentis comme gênantspour sa recherche du pouvoir, et comme mettant à jour son sentiment dinfériorité,bien souvent incompris par lui-même, non formulé, mais ressenti comme tel. La cause de lintolérance du névrosé vis-à-vis de la société setrouve - ce qui ressort de lanalyse psychique de la première enfance - dansune attitude hostile vis-à-vis de lentourage, permanente et maintenue pendantdes années. Cette lutte est imposée à lenfant de façon continuelle et généralesans être entièrement justifiée, du fait dune position corporelle ou psychiqueà partir de laquelle lenfant reçoit en permanence lamplification de sessentiments dinfériorité. Le but de la position de lutte est la conquête dupouvoir et de la valorisation. Cest un idéal de la supériorité, bâti avec les élémentsdune incapacité infantile et dune surestimation, dont la réalisation offredes compensations et des surcompensations de nature très spéciale et où, à lalongue, perce la recherche dun triomphe sur la contrainte de la société et surla volonté de lentourage. Une fois cette lutte accentuée, elle donne naissancedelle-même à cette intolérance vis-à-vis de la contrainte, contrainte de léducation,de la réalité, de la société, de la puissance dautrui, de sa propre faiblesseainsi que tous les autres facteurs naturels de notre vie tels que le travail,la propreté, labsorption daliments, les fonctions dexcrétion, le sommeil, letraitement des maladies, lamour, la tendresse, lamitié, la solitude comme lavie en communauté. On obtient ainsi limage dun être humain qui ne veut pascollaborer, qui gâte le jeu, un être qui ne se sent pas à laise sur cetteterre, qui na pas pris racine et qui est resté un étranger. Là où lintolérancese dirige contre léveil du sentiment amoureux ou de camaraderie, elle crée un étatde véritable phobie de lamour et du mariage dont le degré et les aspects se présententdifféremment suivant les cas. À cette occasion il faut encore mentionner desaspects de la contrainte que l’être humain ressent à peine et qui sont régulièrementempêchés par le tableau morbide de la névrose ou de la psychose. Il en est ainside la contrainte de reconnaître la valeur dautrui, de dire la vérité, de sesoumettre, découter parler les autres, détudier, de se soumettre à desexamens, dêtre ponctuel, de se confier à une personne, a une voiture, auchemin de fer, de confier sa maison, son affaire, ses enfants, son mari, soi-mêmeà dautres personnes, daccepter les exigences dun métier ou du foyer, de semarier, de donner raison à autrui, dêtre reconnaissant, davoir des enfants,de jouer son rôle sexuel ou de se sentir lié sur le plan amoureux, de se leverle matin, de dormir la nuit, de reconnaître légalité des sexes et légalitéentre tous. Garder la mesure, rester fidèle, se trouver seul, sont des frais égalementressentis comme insupportables ; vis-à-vis de cette contraintelhypersensibilité peut être consciente ou inconsciente, mais elle ne serajamais ressentie dans toute son importance par le malade et encore moins entièrementcomprise. Deux conclusions simposent : 1º La notion de la contrainte, chez le névrosé, est énormémentamplifiée et elle englobe des rapports, à la rigueur compréhensibles, mais quele sujet normal nincorporera pas dans le registre de la contrainte gênante. 2º Lintolérance vis-à-vis de la contrainte nest pas un but en soi,mais montre, bien au delà cette fermentation, une position de lutte doùressort la tendance du névrosé à maîtriser les autres, à violer les conséquenceslogiques de la vie sociale humaine : « non me rebus, sed mihi ressubigere conor. » Horace, dans sa lettre à Mécène, doù nous extrayonsce passage, insiste sur le fait que finalement ce besoin avide de valorisationse manifeste par des maux de tête et de linsomnie. Le cas suivant illustre cette idée. Un malade âgé de 35 ans seplaint de souffrir depuis des années dinsomnies, de ruminations mentales. Ilest marié, père de deux enfants et vit en bonne intelligence avec sa femme. Ilse plaint en outre de masturbation et dun « fétichisme de la gomme ».De temps en temps, lorsquil est particulièrement énervé, il est contraint deprononcer le mot : « gomme ». Voici le résultat dun examen, dune analyse psychologiqueapprofondie. Très déprimé pendant son enfance, pendant laquelle il était énurétiqueet, à cause de sa maladresse, considéré comme enfant stupide, il a élaboré uneligne de conduite ambitieuse, tellement surtendue, quelle aboutissait à une véritablemégalomanie. La contrainte de son entourage, effectivement très pesante, luifaisait ressentir le monde extérieur comme excessivement hostile et lui imposaune vue excessivement pessimiste de lexistence. Toutes les exigences du mondeextérieur furent ressenties dans cet état affectif comme une contrainteinsupportable et il y répondit avec la révolte de son énurésie et de sa mala­dresse,jusquau jour où il eut la chance de rencontrer un instituteur qui, pour lapremière fois de sa vie, lui dessina limage dun être humain bienveillant etqui lencouragea. À partir de ce moment il atténua son opposition et sa colèrevis-à-vis des exigences des autres ; sa position hostile envers la sociétépouvait ainsi renoncer à lénurésie et il devint un élève brillant et « doué » [12], visant dans la vie des succès très élevés. Lintolérance vis-à-vis de la contrainte des autres fut liquidée parune idée philosophique touchant au transcendental. Il développa une idée,fortement chargée daffectivité comme sil était, lui le seul être vivant,alors que tous les autres humains nétaient quapparence. On y retrouvedailleurs une parenté avec les idées de Schopenhauer, Fichte et Kant. En réalitélintention première de cette idée était de se préserver, par une dépréciationdes êtres humains, de lironie et du doute de ce monde. Semblable à unprestidigitateur, tel que le rêvent les enfants qui doutent deux-mêmes, il enlèveson pouvoir à la réalité. Sur cette voie, la gomme lui devint symbole etinsigne de son pouvoir, étant donné que la gomme permet à lenfant deffacer levisible. Cet état de chose lincitant à une généralisation exagérée, le motgomme devenait léquivalent dune solution victorieuse pour lécole ou lamaison paternelle, plus tard lors­que son épouse ou ses enfants lui causaientdes difficultés ou le menaçaient de quelque contrainte. Par cette création artistique il sapprocha ainsi de limage dun hérosisolé, réalisant sa recherche de la puissance et se détournant de la société.Une carrière satisfaisante le faisait renoncer à un éloignement trop accentuéde la réalité et des exigences inéluctables du sentiment social. Il ne se détournaentièrement ni de cette logique sociale qui nous lie tous, ni de la vie érotique,attitude qui le préserva de léclosion dune paranoïa. Son tableau morbide selimita aux symptômes dune névrose obsessionnelle. Sa vie érotique toutefois ne se soumettait pas aux lois du sentimentsocial, mais poursuivait les lignes dynamiques de la recherche dominatrice. Étantdonné que la notion et le sentiment de la puissance se trouvaient chez lui unisau mot « gomme », il chercha et trouva ce mot clef qui le détourna dela véritable sexualité. Ce qui était caoutchouc, la ceinture élastique queportait sa femme, devenait objet érotique pour lui. Dans sa recherche de lapuissance ce nétait pas sa femme, mais un objet (matériel) qui lattiraitsexuellement. Sa tendance à déprécier la femme lincitait à poursuivre cettevoie du fétichisme, simulacre quon retrouve toujours dans cette forme de déviationsexuelle. Si sa confiance dans sa propre virilité avait été plus réduite encorenous aurions pu découvrir des traits de pédophilie, homosexualité, gérontophilie,nécrophilie [13]. Sa masturbation montrait le même caractère de contrainte. Elle obéissaitégalement à sa tendance à se soustraire, à fuir le sortilège de lamour. Ilpeut se passer de la femme. Linsomnie est déterminée par sa rumination mentale. Elle luttecontre le sommeil normal. Son ambition insatiable lincite à chercher pendantla nuit la solution de ses problèmes. Comme il a peu atteint dans sa vie !En même temps linsomnie vise aussi un autre but. Elle a amenuisé son énergieet son efficacité. Elle légitime en quelque sorte sa maladie. Ce quil a pu réaliserjusquà présent est peu de chose à côté de ce quil aurait pu atteindre silnavait pas cette maladie, cette insomnie. Mais étant empêché de dormir ilfournit un alibi à son insuffisance. Cest ainsi quil sauve lapparence de sagrande valeur personnelle. Toute la faute de son insuffisance alléguée incombedonc à cette maladie mystérieuse et fatale, linsomnie, alors que sa personnenest pas en cause. Accident pénible, cette insomnie persistante est due àlincompétence du médecin. Il ny est pour rien. Si jusquà présent il na paspu fournir la preuve de sa grandeur, cest la faute des médecins. Comme on le voit, il a tout intérêt à maintenir son état morbide. Lacure ne sera pas facile, car il recherche une position privilégiée, préservantsa vanité de toute atteinte. Sa névrose réclame des circonstances atténuantes. Il est instructif détudier chez ce malade la position vis-à-vis duproblème de la vie et de la mort. Il a toujours limpression que sa mère, décédéeil y a douze ans, est encore en vie. Mais cette impression est fortement teintéedincertitude. Pareil sentiment se retrouve dailleurs fréquemment chez dessujets normaux qui viennent de perdre un être qui leur est cher. Chez ce maladelanalyse psychologique dévoile les fondements de cette supposition anormale etillogique. Si tout nest quapparence, sa mère nest pas morte. Si elle vit,lidée fondamentale de sa spécificité disparaît. Il na pu résoudre ce problème,pas plus dailleurs que la philosophie le problème du monde en tant que produitde notre imagination. Quant à la contrainte de la mort, il lui oppose son idéedu doute. Lensemble de son tableau morbide lui sert aujourdhui dalibi, afinde sassurer toutes sortes de privilèges auprès de sa femme, des autres membresde sa famille, de ses employés. Son auto-estimation ne peut pas être lésée, car du fait de samaladie il sest placé très haut et il peut - du fait de ses maux -sesquiver àtout moment en face de toute entreprise difficile. Un autre aspect de sa personnalité mérite dêtre mentionné. Vis-à-visde son chef de bureau il est lemployé le plus zélé, consciencieux et obéissant,lui donnant toute satisfaction ; mais il vise constamment, en secret, à ledépasser, attitude quil conserve dailleurs aussi pendant la cure vis-à-vis dumédecin. La tendance exagérée à dominer les autres a conditionné sa maladie.Sa vie affective, son initiative et son activité, sa logique même ont étésubjuguées par son désir de la toute-puissance. Les sentiments humains, sonamour, ses sentiments damitié et son insertion dans la société se sont trouvésétouffés. La guérison ne pouvait se réaliser que grâce à un renoncement à sapolitique de prestige et grâce au développement de son sentiment social.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre IV Traitement de névrosesPar la psychologie individuelle comparée        Étiologie. a) Lesentiment dinfériorité et sa compensation. Retour à la table des matières Traiter avec précision du domaine étendu de la psychothérapie, dansun temps où les discussions concernant la valeur de ses principes sont encoresi nombreuses, est une entreprise tout à fait hasardeuse. Permettez-moi en consé­quencede me référer à ce qui constitue la base de mes propres vues, cest-à-dire auxmatériaux constituant mes propres expériences, à la disposition du publicdepuis 1907. En 1907, dans mon livre La compensation psychique de létat dinférioritédes organes [14], jai démontré que les anomalies constitutionnelles, hérédi­taires,ne devaient pas simplement être considérées comme lorigine de processus de dégénérescence,mais aussi comme cause dactivités compen­satrices et hyper-compensatrice et dephénomènes de corrélation significatifs, auxquels lactivité psychique, soumiseà une contrainte, contribuait pour une part essentielle. Cet effort psychiquede compensation, dans le but de se rendre maître de tensions psychiques, sélancesouvent sur des voies nouvelles et différentes. À lobservateur, cette activitécompensatrice apparaît comme étant dune nature bien trempée, accomplissantainsi dune manière tout à fait remarquable son dessein qui est de masquerquelque déficience, réelle ou ressentie comme telle. La manière la pluslargement répandue, dont se sert le sentiment dinfériorité de lenfance pour éviterdêtre découvert, apparaît sous la forme dune création, dune superstructurepsychique compensatrice, rétablissant léquilibre par des dispositifs de naturesociale ou par le mode de vie névrotique. Elle consiste en un effort pourregagner, par le moyen de préparatifs et de défenses pleinement éprouvées, uneposition avantageuse, supérieure. Tout écart du normal peut, en conséquence, êtreexpliqué par une ambition plus grande et par un degré plus marqué de précaution.Tous les projets et les combinaisons, y compris les traits et les symptômes ducaractère nerveux, tirent leur sens dessais, de tensions, dexpériences,didentifications, dimitations qui ne sont pas entièrement étrangers même àlindividu sain. Le langage quils parlent, si on sait le comprendre, montre àlévidence que lon est en présence dun individu qui lutte pour que lonreconnaisse sa valeur, qui sefforce actuellement dobtenir à tout prix cettereconnaissance; il est évident aussi quil aspire sans cesse à une dominationquasi divine sur son entourage, pour échapper à son insécurité et à sonsentiment dinfériorité. Une fois dégagée la racine du comportement névrotique, nous découvronsdautre part un assortiment varié détats dirritabilité et dhypersensibilité,qui ne sont pas la cause mais plutôt la conséquence de la névrose. Dans unecourte étude sur linstinct dagression : « Agressiontrieb im Lebenu. in der Neurose » (Heilen und Bilden, Bergmann, 1929),javais essayé de présenter cette « hyperaffectivité » et de montrercomment, dans le but de mener à bien un projet ou déchapper à un danger, ellese convertissait souvent en une apparente « inhibition delagression ». Ce qui est connu dhabitude sous la dénomination de « dispositionà la névrose » (disposition névrotique) est déjà une véritable névrose :les symptômes proprement névrotiques apparaissent avec plus de précision etavec une allure pathologique seulement dans des circonstances où un besoin intérieurde légitimation réclame la formation dartifices dintensification. Ils restentlatents dans les situations favorables, qui ne mettent pas le sujet à lépreuvequant à son sentiment social. Cette manifestation de la maladie et les aménagements quilaccompagnent sont spécialement nécessaires pour les buts suivants :  1. Pour servir dexcuse, si la vie refuse les triomphes auxquels onaspire. 2. Pour que la solution de tous les projets soit remise à une dateultérieure. 3. Pour permettre aux buts déjà atteints dapparaître sous un jourplus lumineux, puisquils ont été atteints en dépit de la souffrance. Ces procédéset dautres montrent clairement la préférence du névrosé pour lapparence deschoses, pas pour leur fond. Ce que lon doit déduire de chaque cas est simple : le névrosé,en vue dassurer le succès de ses actions, vers lesquelles il est guidé par unbut imaginaire, sen tient à des lignes directrices qui lui sont spécifiques etquil suit actuellement à la lettre et de façon immuable. Ainsi, au moyen detraits de caractère définis et propices à lélaboration uniforme des symptômes,grâce aussi à une préparation affective assurée, et au moyen dune perspectivenévrotique embrassant le passé, le présent et le futur, la personnalité névro­tiqueatteint sa forme fixe. Lurgence quil y a, pour cette supériorité, dassurersa sécurité agit avec une telle vigueur, que chaque phénomène psychique, quandon lanalyse du point de vue de la psychologie comparative, laisse apparaître, àcôté des manifestations en surface, une même caractéristique: se libérer dunsentiment de faiblesse afin datteindre les sommets, sélever dun « enbas » vers un « en haut » au moyen de stratagèmes, souvent peucompréhensibles pour nous, devenir supérieur aux autres [15]. Afin dobtenir un ordre pédant et des mesures de sécurité dans sesprévisions, ses pensées et sa mainmise sur le monde, le névrosé a recours àtoute sorte de règles et de recettes, dont la plus importante correspond au schémaprimitif antithétique. En conséquence il nattache dimportance quaux valeurs affectivesqui correspondent à la supériorité et à linfériorité et sefforce - autant quejai pu le constater - de retrouver entre elles le contraste allégué qui opposele « mas­culin » et le « féminin » - contraste si réel pourlui. Ainsi, « par lintermédiaire fallacieux de jugements conscients ouinconscients, comme au moyen dune sorte daccumulateur psychique, se trouve réaliséeune possibilité de produire des troubles affectifs adaptés à la ligne de viepersonnelle du malade. Aux traits de sa « psyché » ressentis comme féminins(une attitude passive, la docilité, la mollesse, la lâcheté, le souvenir de ladéfaite, lignorance, lincapacité, la tendresse), il sefforce de donner uneorientation exagérément masculine, en développant un sentiment de haine, de défiance,de cruauté, dégoïsme. Il recherche le triomphe dans ses relations avec lesautres êtres humains. Il peut, cependant, dune manière diamétralement opposée,exagérer sa faiblesse et de cette façon imposer aux autres la charge de lesecourir. Cette façon de procéder accroît dans une énorme mesure les précautionset la prévision du malade et lamène à préparer à lavance des moyens pour échapperaux décisions imminentes. Lorsque le malade croit quil lui incombe de donner des preuves deses « capacités masculines », par exemple dans ses luttes de toutenature, dans sa profession, en amour, et dans tous les cas où il redoute dêtre« féminisé » par la défaite (et cela sadresse aussi au sexemasculin), il sefforcera dapprocher, même de très loin, le problème dunemanière détournée. Nous découvrons alors toujours, dans pareils cas, une lignede vie déviée du chemin direct, qui, par crainte des erreurs et de la défaite,cherche son salut par des voies indirectes. Il en résulte, de ce fait, égalementune falsification de son rôle sexuel, donnant lapparence dun « hermaphrodismepsychique », que le névrosé lui-même simagine posséder. Sous cet angle,la névrose pourrait aisément se voir attribuer une cause sexuelle. En réalité,on retrouve à linté­rieur du domaine sexuel la même lutte qui agite notre viepsychique tout entière. Le sentiment dinfériorité originel conduit à deschemins détournés, (dans la vie sexuelle : la masturbation, lhomosexualité,le fétichisme, lalgolagnie, la surestimation de la sexualité, etc.) pourgarder son orientation vers son but de supériorité en écartant toute épreuve denature sexuelle. La formule schématique : « je veux être un hommecomplet », sert au névrose de but à la fois concret et abstrait. Cest unaboutissement compensateur dun sentiment dinfériorité fondamental - inférioritéqui est ressentie comme étant de nature féminine. Ce schéma qui apparaît ainsi,et à partir duquel lindividu ordonne ses aperceptions et ses actions, estfondamentalement antithétique et il a été, par une falsification infantileconsciente, interprété comme contenant en lui des éléments hostiles. En conséquencenous pouvons établir à coup sur comme les prémices inconscientes de lapoursuite dun but névrotique, les deux traits suivants :  1. Les relations interhumaines se présentent, dans toutes lescirconstances, sous la forme dun combat. 2. Le sexe féminin est inférieur et ses réactions servent de mesure àla force masculine. Telles sont les deux suppositions inconscientes que révèlent à undegré égal les malades des deux sexes. Ces deux suppositions sont à la base delaltération et de lempoisonnement de toutes les relations humaines avec leursmanifestations et troubles affectifs et de lavènement dun état permanent de mécontentementà la place dune franche détente. Le mécontentement nest en général calméquaprès lintensification des symptômes et après une démons­tration évidentede lexistence dune maladie. Le symptôme est dune certaine manière unsubstitut de la soif de supériorité et de létat affectif qui lui est associé.Dans la vie émotionnelle du malade cet état conduit plus sûrement le malade àune victoire illusoire sur son environnement que ne le ferait, dans le casdune bataille loyale, un trait défini de caractère, ou une résistance. Pourmoi la compréhension du langage du symptôme est la condition essentielle dusuccès dans la cure psychothérapique. Puisque le dessein de la névrose est daider un individu à sassurerde la réalisation de son but final de supériorité, puisque le sentiment dinfériorité,apparemment, exclut la possibilité dune agression directe, des voies détournéesseules, avec lapparence dune faible activité à caractère parfois masochiste,et toujours sous des aspects dune torture de soi, seront préférées. Le plussouvent nous avons affaire à un mélange de mouvements psychiques et de symptômespathologiques qui se manifestent soit de manière synchrone, pendant la même périodede maladie, soit à la suite les uns des autres. Lorsquon les sépare ducontexte de la maladie, ils donnent parfois limpres­sion dêtrecontradictoires ou de révéler une scission de la personnalité. Or le contextemontre que le malade peut suivre deux lignes contradictoires pour atteindre sonidéal de supériorité illusoire, de même quil pourra, avec le même objet enperspective, raisonner correctement ou non, juger et sentir en fonction de sonbut. Nous devons, en toute occasion, nous attendre à ce que le névrosé possèdeles points de vue, les sensations, les souvenirs, les états affectifs, lestraits de caractère et les symptômes que lon doit présupposer en lui, enraison de la ligne de vie et du but quon lui a reconnu. En vue de gagner sur la ligne dobéissance, de soumission, de sugges­tibilitéhystérique, en vue dasservir les autres par sa faiblesse, par sa pusilanimité,par sa passivité, par son besoin de tendresse, le névrosé a en sa possessiontoutes sortes de répertoires, de tableaux dhorreur, destinés à inspirer la crainte,de disponibilités affectives et didentifications, accompa­gnés de sentimentset de traits de caractère adéquats ; semblable à lobsédé qui dispose deses principes, ses lois et ses interdictions qui censément le gênent, mais quien réalité investissent le sentiment quil a de sa personnalité dune puissancequasi divine. Le but que nous retrouvons toujours, est lobtention de quelque « rente »idéale, pour laquelle le patient se bat avec les moyens que ses expériences immédiateslui ont montré être les plus efficaces, et cela avec autant de ténacité que lenévrosé atteint de sinistrose, obsédé par la crainte dun accident, bataillantpour lobtention de son indemnité matérielle, sa rente. Il en est de même pourles cas où des états affectifs actifs, tels que la rage, la colère et lajalousie, se montrent être des moyens daccès à une sécurité primordiale. Cesdernières se manifestent souvent sous forme daccès algiques, dévanouissementset de crises épileptiformes. (Voir « Trotz und Gehorsam », dans Heilenund Bilden.) Tous les symptômes névrotiques ont pour devoir dassurer la sécuritédu sentiment de personnalité du malade et de sa ligne de vie, à laquelle ilsest identifié. Pour laider à prouver quil est capable daffronter la vie,prennent naissance tous les « arrangements » et tous les symptômesnerveux comme des expédients, comme un coefficient de sécurité indu contre lesdangers quil anticipe. Contre ces dangers, il na cessé de se prémunir,lorsque, sous linfluence de son sentiment dinfériorité, il a établi ses planspour lavenir. Des troubles fonctionnels jouent un rôle important dans ce mécanisme,déclenchés par la tension provoquée par lap­proche dun problème vital qui metà lépreuve le sens social du malade.  b)Larrangement de la névrose.   Retour à la table des matières Le sentiment dinfériorité, né à partir des données de la réalité, àdessein cultivé et exagéré dans son développement, incite sans cesse le malade,dès son enfance, à fixer quelque but à ses efforts, un but dépassant toutefoisles limites humaines, le rapprochant de la déification et qui le contraint àsuivre des lignes, tracées avec rigidité. Sous cette contrainte se trouvent éliminéesdautres prises de position nécessaires et réalistes. On a limpression que lenévrosé sest délimité un étroit espace où il se démène, sans vouloir ensortir. Les rapports interhumains ne sont plus saisis et réglés de façon réaliste,mais uniquement dune manière subjective. Le système névrotique, le plan de viedu nerveux, sétend entre ces deux points : son sentiment dinfériorité etson effort pour atteindre la supériorité. Cette structure psychique compensatrice, cette « volonté »du nerveux, utilise toute ses expériences, personnelles et celles des autres,en les défor­mant, il est vrai, et en falsifiant leur signification parfois,mais également, en les employant selon leur contenu authentique, chaque foisque lobjectif névrotique en a besoin. Il en résulte parfois une extraordinairepossibilité de rendement du névrosé dans un domaine réduit, là où sonaperception névrotique ne se trouve pas en contradiction avec la réalité, et oùparfois, chez lartiste par exemple, elle lélève et lennoblit. Une investigation plus approfondie nous permet de découvrir un phénomènetout à fait compréhensible : toutes ces lignes de direction sontabondamment pourvues de signaux davertissement et dencouragement, avec des mémentoset des incitations à agir, au point que lon peut parler dun véritable réseaude sécurité, largement déployé. Nous rencontrons partout la vie psychique névrotiqueen tant que superstructure, bâtie sur une situation infantile menaçante,superstructure qui évolue au fil des années et qui sadapte mieux à la réalitéextérieure que ne pouvait le faire lévolution de lenfant. On ne doit pas sétonneralors, de ce que chaque phénomène psychique névrotique soit pénétré par ce systèmerigide et apparaisse comme une analogie où ressortent toujours les lignesdirectrices du style de vie. De tels phénomènes sont - le caractère névrotique,le symptôme nerveux, la conduite, chaque artifi­ce utilise dans la vie, les évasionset les déviations qui surviennent, dès que des décisions à prendre menacent lestatut quasi divin du névrosé et finalement sa vue du monde, son attitudeenvers les hommes, les femmes et ses propres rêves. Jai présenté mon interprétationde ce dernier phénomène en 1911. Accordant mes vues sur les rêves à celles surles névroses, jai découvert que leur fonction principale consiste à simplifierles efforts, avertissements et encouragements favorables au plan de vie névrotique,en vue de la solution de quelque problème futur. On trouve un expose plus détaillédans le chapitre sur les « Rêves et leur interprétation », montrantcomment, par le truchement détats affectifs, le rêve crée une ambiance quisoutiendra les projets du style de vie contre les exigences du sens commun. Comment apparaît cette similitude frappante dans les phénomènespsychi­ques où tout semble être pénétré et guidé par la même tendance, uneffort pour sélever, un effort vers la masculinité, Vers le sentiment dêtresemblable à un dieu ? Jai signalé ces faits dans mon étude neurologique « UeberZahlenanalysen und Zahlenphobie » (Neurolog. psychiatr. Zeitschrift, 1905).La réponse peut être trouvée aisément dans le travail mentionné plus haut. Lanature suggestive du but du névrosé contraint sa vie psychique tout entière àune attitude uniforme. Une fois la ligne de vie du malade comprise, nous letrouverons toujours à lendroit précis où nous devions nous attendre à lerencontrer, compte tenu de sa mentalité et de son passé. Le besoin puissantdunification de sa personnalité découle dune nécessité interne, créée par latendance à sa propre sauvegarde. Le chemin a été rendu sûr et invariable grâceaux arrangements schématiques et appropriés de traits de caractère, dedispositions affectives et de symptômes. Quil me soit permis, à ce propos,dajouter quelques remarques concernant les « troubles affectifs » etla « sen­sibilité névrotique », afin de prouver lexistence dun « arrangement »inconscient, dont le but est de maintenir la direction de la ligne de vie, enles employant ainsi à la fois comme un moyen pour une fin et comme un artificede la névrose. Un malade par exemple qui souffre dagoraphobie, dans le but derenforcer (par des moyens compliqués) son prestige chez lui, de forcer sonentourage a se mettre à son service et déviter de perdre, tandis quil estdans la rue ou dans un endroit en plein air, la « résonance » siardemment désirée, unit de façon inconsciente et émotionnelle en un « junktim » [16] dune part lidée dêtre seul, de personnes étrangères,demplettes, de fréquentation dun théâtre, dune société, etc. et dautre partlidée dune attaque dapoplexie, dun voyage en mer, dun accouchement dans larue, dune maladie infectieuse contractée à partir des germes de la rue. Lavaleur exagérée du coefficient de sécurité, contrastant avec les possibilitésidéatoires, la tendance à exclure toute situation nassurant pas la supérioritése manifestent clairement. On peut de cette manière discerner lintentionjusquà son objectif final et la ligne de vie peut être déterminée dans sarecherche de situations privilégiées. Il en est de même de la précaution névrotiquedun malade sujet à des crises danxiété et qui désire éviter toute décision,que ce soit à loccasion dun examen, dune question damour, ou duneentreprise quelconque : la crise le forcera, en établissant ainsi unepreuve de sa maladie, à lier sa situation à lidée dune exécution, dunemprisonnement, dune mer sans rivage, à celle dêtre enterré vivant, à lidéede la mort. En vue déchapper à la décision à prendre con­cernant une questiondamour, il se peut que, au service du but poursuivi, lon rencontre la liaisondidées suivante : homme avec meurtrier ou cambrioleur, femme avec sphinx,démon ou vampire. Toute défaite possible est ressentie comme plus menaçante dufait de sa liaison avec lidée de mort ou de grossesse, (que lon rencontreaussi chez les hommes névrosés). Létat affectif transféré oblige le malade à éviterune entreprise projetée. Le père ou la mère reçoivent quelquefois, danslimagination, le rôle damant ou dépoux, jusquà ce que le lien soit assezfort pour permettre une exclusion au problème du mariage. Des sentimentsreligieux et moraux de culpabilité sont (comme cela se voit fréquemment dans lanévrose obsessionnelle) développés et utilisés dans le but datteindre unesensation de puissance (par exemple : si je ne prie pas ce soir, ma mèremourra ; proposition qui doit être énoncée de façon affirmative si lonveut comprendre lillusion de quasi-divinité : « si je prie, elle nemourra pas »). Des futilités se trouvent amplifiées, pour paraître plusconsciencieux que les autres, et pour détourner le regard de lessentiel, grâceà ces préoccupations. Jointes à lidéal exagéré de la personnalité et aux « anxiétés »et « exclu­sions » de type névrotique ayant pour but de protéger cetidéal, nous trouvons aussi des « espérances » exagérées. La certitudequelles seront déçues conduit le malade à renforcer et à établir définitivementdes sentiments de tristesse, de haine, dinsatisfaction, de jalousie, etc. Dansces cas limportance attachée aux principes, aux idéaux, aux rêves, aux châteauxen Espagne, joue un rôle primordial et le névrosé peut, en mettant en rapportces idées avec quelque personne ou quelque situation, priver toute chose de savaleur propre et ainsi faire montre de sa supériorité. La grande importance delamour dans la vie humaine et la recherche, de la part du névrosé, duneinfluence et dune impor­tance surhumaines dans ce domaine, fait naître fréquemmentun « arrange­ment », tel celui dune espérance déçue, permettant aumalade déchapper au problème sexuel. La masturbation, limpuissance, lesperversions, la frigidité et le fétichisme se retrouvent ainsi sur la voie détournéede ces êtres vaniteux, étant nés de la très grande tension engendrée par unproblème donné, à caractère social. Je ferai brièvement mention dun troisième type de construction,destiné à éviter la défaite ou un sentiment marqué dinfériorité, à savoir,lanticipation de sensations, de sentiments et daperceptions qui, dans dessituations mena­çantes, ont la valeur de prospections, davertissements etdencouragements, tels quon les constate dans les rêves, aussi danslhypocondrie et la mélan­colie, en particulier dans les délires des psychoses,dans la neurasthénie et dans les hallucinations [17]. Un bon exemple en est fourni par les rêves des enfants énurétiques,rêves où ces derniers se voient eux-mêmes dans les toilettes, de façon àpouvoir justifier leur altitude énurétique, en général vindi­cative et révoltée,en la soustrayant au sens commun. De même les tableaux morbides causés par letabès, la paralysie, lépilepsie, la paranoïa, les affec­tions du cœur et despoumons, etc. peuvent être employés dans un but de mise en garde ou deprotection. Afin de donner une représentation intelligible, forcément schématique,de lorientation particulière des névrosés et des psychotiques, je propose de résu­merla conception habituelle de la « nervosité » en une formule, puis dela comparer à une autre formule, schématisant les vues exposées ci-dessus etcorrespondant mieux à la réalité. La première formule pourrait être la suivante :   > Individu  + Expérience  + environnement +  exigences de la vie  =  névrose Hérédité, structure du corps (Kretschmer). Composante sexuelle (Freud). Intro-extra version (Jung).] [sexuelle ou incestueuse (Freud).]         Dans cette formule on considère lindividu comme affaibli soit parun sentiment dinfériorité, soit par lhérédité, par la « constitutionsexuelle », lémotivité, ou par son caractère. En outre ses expériences,lenvironnement et les exigences du monde extérieur pèsent sur le patient etlamènent à « chercher refuge dans la maladie ». Cette conception estmanifestement fausse et ne reçoit aucun appui dune hypothèse adjuvante selonlaquelle la frustration des désirs ou de la « libido » dans la réalitése trouve corrigée par la névrose. La formule suivante serait donc meilleure. Le schéma individuel de lévaluation (I + E + E) + X idéal spécifiquede la supériorité où X peut être remplacé par un arrangement des expériences,traits caractériels, états affectifs et symptômes. La question vitale du névrosé nest pas : que dois-je fairepour madapter aux exigences de la société et construire une existenceheureuse, mais : com­ment façonner ma vie pour satisfaire ma recherche dela supériorité et trans­former mon sentiment dinfériorité immuable en unsentiment de ressemblance à Dieu. En dautres termes le seul point défini et fixe que lon conçoit estlidéal de la personnalité. Dans sa recherche dune ressemblance à Dieu, le névrosédéveloppe une évaluation tendancieuse de sa propre personne, de ses expérienceset de son environnement. Mais comme ces mesures ne lui suffi­sent pas pour réalisersa ligne de vie ou se rapprocher de son but, il arrange des situations dont leseffets, antérieurement éprouvés comme favorables, facilitent la réalisation -expériences dun sentiment déchec, de tromperie, de souffrance, étatsaffectifs -lui fournissant la base de son agressivité active. Le fait quilarrive à construire semblables traits caractériels à partir dexpériences réelleset à partir de ses possibilités, et quil édifie le type de traits de caractèreet de dispositions affectives convenant au mieux à son idéal de la personnalité,découle de la description précédente et a été discuté en détail par moi. Lemalade sidentifie de la même façon à ses symptômes, et toutes ses expé­riencesprennent la forme qui se révèle nécessaire et utile pour lélévation de sonsentiment de la personnalité. Dans ce mode de vie esquissé et fixé par un butfinal, défini par le sujet lui-même, on ne trouve pas la moindre trace dune téléologieprédéterminée, autochtone. Le plan de vie du névrosé se trouve inspire etarrangé téléologiquement, uniquement par cette contrainte et recherche de lasupériorité, par le souci déchapper aux décisions dapparence dangereuses, pardes sondages prévoyants le long de quelques rares lignes directrices,strictement déterminées, et par un réseau de sécurité anorma­lement développé.En conséquence la question concernant la conservation ou la perte de lénergiepsychique na plus de valeur. Le malade créera juste ce quil lui faut dénergiepsychique pour être capable de persévérer sur son chemin de la supériorité,pour exprimer sa revendication de masculinité et de quasi-divinité. La perspective sest déformée, sa manière de concevoir la vie sestaltérée. Le but de la supériorité - entretenu par son sentiment dinfériorité -dévie toute sa volonté, ses pensées, sa vie affective et ses actions dans undomaine, loin de la réalité, que nous appelons névrose. Les symptômes, enfonction de son but final, sont les formes dexpression de sa vanité. Au début,et par moment, cette vanité se trouve derrière le sujet et le pousse en avant.Après des défaites inévitables (car comment la vie pourrait-elle satisfairetoujours les exigences du névrosé ?) elle finit par se placer devant luiet le repousse : si tu traverses le Halys, tu détruiras un grand royaume(celui de ton imagination).   c) Letraitement psychique des névroses.   Retour à la table des matières Dévoiler le symptôme névrotique et le style de vie du névrosé est lacon­dition essentielle du traitement. Car le symptôme, en fonction du style devie ne peut persister que si le malade arrive à le soustraire à sa critique et àsa compréhension. Le déroulement inconscient du mécanisme névrotique, enopposition avec les données du monde réel, ne sexplique que par la tendancerigide du sujet datteindre son but [18]. La contradiction avec la réalité, avec les exigences logiques de lasociété, dans ce système, sexplique par le manque dexpérience et par desrapports particuliers avec son entourage, que le sujet avait établis pendant sapremière enfance, au moment où se façonne le style de vie. Vouloir avec dautres personnes rechercher des rapports semblables àceux qui sétaient établis vis-à-vis du père ou de la mère, une telle recherchene peut logiquement être poursuivie que grâce a une erreur. On acquiert aumieux la compréhension de ce style de vie par une identification intuitive avecla personnalité du malade. On peut alors sapercevoir combien on est tenté détablirdes comparaisons entre sa propre conduite et celle du malade, entre ses différentesattitudes ou entre ses actions par rapport à celles dautres sujets. Pour voirclair dans lensemble de ce matériel, de ces symptômes, ces expériences vécues,son mode de vie et son développement je me sers de trois artifices dontlutilité ma été confirmée par lexpérience. Le premier tient compte de la créationdu style de vie, sous le poids de conditions difficiles (états dinférioritédes organes, situation pesante dans la famille, enfant gâté, rivalités,traditions familiales névrotiques) et attira mon attention sur des modes réactionnelsidentiques dans lenfance du sujet. Le deuxième consiste dans la suppositionquune équation peut être établie entre la conduite actuelle, apparemment nonmotivée, du malade et sa conduite dans son enfance. Nous y reviendrons. Letroisième artifice consiste à chercher une commune mesure dans tous les modesdexpression du sujet. Il résulte dautre part de mes observations que nous pouvons nousattendre de la part du malade à une attitude toujours égale à elle-même,attitude qui, à lépoque de son enfance, suivant son style de vie, lui a étéimposée vis-à-vis des personnes de son entourage, principalement vis-à-vis desa famille. Au moment où le malade se présente au médecin, son état affectifsera identique à celui produit en face dautres personnes ayant une certaineimportance. Que lapparition de ces sentiments ou que la résistance ne semanifestent que plus tard, cette particularité sexplique simplement par lefait que le médecin ne la remarquée que tardivement. Bien souvent trop tard,si entre temps le malade, jouissant dune supériorité secrète, a brusquementinterrompu son traitement, ou que, en aggravant ses symptômes, il crée unesituation insupportable entre médecin et malade. Il me semble inutile de rappelerà des médecins psycho­logues que toute offense au malade doit rester exclue.Mais même sans le savoir du médecin, des atteintes à la susceptibilité dumalade peuvent se produire, des remarques banales peuvent être transforméesdune façon tendancieuse, tant que le médecin na pas saisi la manière dêtrede son malade. Voici pourquoi, surtout au début, la plus grande réserve estrecom­mandée et il importe de saisir au plus vite le système névrotique spécifiquede chaque cas. Chez un thérapeute exercé cela est possible au bout de très peude séances. Il est dautre part important denlever au malade tout pointdattaque et toute possibilité de lutte. Je ne peux pas métendre en détail surcette question mais il faut absolument empêcher que le médecin ne deviennelobjet de traitement du malade. Voici pourquoi, même dans les cas les pluscertains, il ne faut pas promettre la guérison mais parler seulement dunepossibilité de guérison. Un des stratagèmes les plus importants de la psychothérapieest de faire bénéficier le malade du rendement, des résultats et du succès dela cure, en se mettant dune façon amicale à la disposition du malade, en tantque collaborateur. On risque de compromettre la marche du traitement etdaggraver les chances de la cure en établissant un rapport entre lesconditions matérielles, les honoraires et les possibilités de succès. On peutadmettre davance que, avide de supériorité, le malade saura exploiter toutengagement du médecin, celui de la durée du traitement par exemple, afin demettre en échec les tentatives du thérapeute. Voici pourquoi les conditions élémentairesde traitement doivent être réglées davance : horaire des séances,bienveil­lance, honoraires ou traitement gratuit, discrétion du médecin ;ce dernier engagement sera scrupuleusement respecte. Il est préférable danstoutes les situations que le malade se rende chez le médecin. En prédisant lespossibi­lités daggravation en cas de syncope, algie, agoraphobie on sassureun meilleur déroulement de la cure : en effet les accès ne se produisentpas, ce qui confirme notre idée du très grand négativisme du sujet névrosé. Ceserait une très grande erreur que de se réjouir dun résultat partiel ou desen louer. Une aggravation ne manquerait pas de se manifester. On dirigera sonintérêt visiblement et uniquement sur les difficultés du sujet, sans mauvaisehumeur et sans impatience, dune façon froidement scientifique. En accord avec ce que nous venons de dire il est de règle égalementde ne jamais se laisser attribuer, sans protester ou sexpliquer, un rôledominant, tel que celui dune autorité indiscutable, dun maître, dun père,dun libérateur. Les tentatives dans ce sens représentent chez le malade le débutdun dyna­misme, persistant depuis lenfance, qui sefforce à la longue àsoumettre des personnes supérieures, à les rabaisser et à les désavouer parleur échec. Il nest pas recommandé de se réserver des prérogatives ou une supériorité,attitude qui gênerait les rapports avec le névrosé. Il est indiqué de se montrerfranc et ouvert, mais il faut éviter de se laisser entraîner dans uneentreprise quel­conque. Il serait encore plus risqué de prendre à son servicele névrosé. On ferait preuve dune méconnaissance totale de la vie psychique dunévrosé en lui demandant des services, en sattendant à des attentions de sapart ou en comptant sur sa discrétion. Le médecin par contre doit promettre ladiscrétion la plus absolue - et il doit tenir sa promesse. Par cette attitudeon permettra létablissement dun rapport dégalité entre médecin et malade eton facilitera, grâce à une conversation amicale, la mise à jour dun style devie névrotique. Dans ses grandes lignes, la marche de cette conversation doit êtreconduite par le malade. Il ma paru suffisant de rechercher et de démasquer laligne de conduite névrosée du malade dans tous ses modes dexpression et danstoutes ses idées, et en même temps déduquer discrètement le malade à en faireautant. La conviction du médecin de la spécificité et de lexclusivité de laligne dynamique névrotique du sujet doit être parfaitement solide, à tel pointque dune façon indiscutable il puisse prédire au malade ses arrangements etses constructions gênantes. Le thérapeute doit constamment rechercher et inter­préterces arrangements, jusquà ce que le malade, ébranlé dans sa structure erronée,y renonce -généralement pour les remplacer par dautres plus subtils encore. Ilnest pas possible de prédire la durée de ce jeu. Finalement le malade renonce àses arrangements, et cela dautant plus facilement que, dans ses rapports avecle médecin, il naura pas à craindre le sentiment déchec pouvant résulter deson renoncement. Semblables à ces arrangements, se trouvant sur la ligne dynamiquedun sentiment de supériorité, se rencontrent également certains défautsmaintenus et exploités pour des raisons identiques, étant donné quilsintensifient le sentiment dinfériorité et quils permettent, incitent mêmelindividu à pour­suivre ses stratagèmes de défense. Ces défauts et cestendances doivent être amenés dans le « champ visuel » du malade. Le schéma perceptif original du malade, qui attribue à toutes sesimpres­sions une valeur subjective, et qui les groupe dune façon tendancieuse(en haut - en bas, vainqueur-vaincu, masculin - féminin, rien-tout, etc.), estconstamment à dévoiler comme étant dune attitude immature, non défen­dable,mais apte à favoriser la tendance du sujet à lutter et à se quereller. Pareilschéma se retrouve également dans les débuts de la civilisation, où il était imposépar la nécessité et la dureté de la vie. Mais il serait erroné dy chercherplus quune ressemblance, voire la répétition dune phylgénèse. Ce qui chezlhomme primitif ou chez lêtre génial, peut nous paraître comme étant la révoltedu géant, le désir de sélever du néant à une ressemblance à Dieu, et dédifierun sanctuaire dominant la petitesse humaine, se présente chez le névrosé,semblable au rêve, comme une tricherie facile à dévoiler, quoique à loriginede beaucoup de misère humaine. La victoire fictive que remporte le névrosé grâceà ses arrangements, nexiste que dans son imagi­nation. Il faut lui opposer lepoint de vue de son semblable, qui sattribue lui aussi une supériorité évidente,ce qui ressort surtout de la vie amoureuse du névrosé, ou de ses perversions. En même temps se poursuit pas à pas la mise à jour du but surtenduet impossible à atteindre de la supériorité. Il faut expliquer au maladecomment il arrive à voiler dune façon tendancieuse ce but et comment ilrecherche un pouvoir dominateur, recherche qui le guide et qui réduit sa libertédaction en le rendant hostile à ses semblables. Il est également possible deprouver que tous les traits caractériels, les états affectifs névrosés et lessymptômes incitent le sujet à emprunter une direction donnée, soit encore à symaintenir. Il est important de connaître le mode de production de létataffectif ou du symptôme, qui doivent leur précision, comme nous venons de létudier,à un « mot dordre », agissant comme donateur de direction à la viepsychique de lindividu. Parfois ce « mot dordre » est évident,dautres fois il faut savoir le déduire à partir des explications, des rêves oudu passé du malade. La même tendance de la ligne dynamique se traduit par lopinion dusujet concernant la vie et le monde, comme aussi sa manière de grouper etdinter­préter ses expériences de la vie. On retrouve à chaque pas desfalsifications et des amplifications tendancieuses, des abus, des craintes exagéréeset des attentes qui, à la lumière de la réalité, se montrent irréalisables.Tous ces traits servent le style de vie inavoué du malade et la recherche du « cinquièmeacte glorieux ». Il sagit alors de découvrir bien des déviations et desinhibitions ; on navancera que péniblement sur ce chemin grâce à unecompréhension progressive et une vue densemble. Étant donné que le médecin soppose à la tendance névrosée dumalade, ses efforts thérapeutiques seront ressentis comme une barrière, empêchantle sujet de poursuivre son idéal de la grandeur par le truchement de sa névrose.Voici pourquoi chaque malade sefforcera de déprécier le médecin, de le priverde son influence, de lui cacher la vérité et il ne se lassera pas de trouverdes moyens pour attaquer son thérapeute. La même hostilité qui empoisonne dansla vie les rapports sociaux du névrosé, se retrouve dans ses relations avec lemédecin, mais sous une forme plus cachée. Il faut la rechercher avec soin, car,dans une cure bien conduite, elle trahit la tendance du malade à atteindre sasupériorité grâce à sa névrose. Avec le progrès du traitement, et en cas damélioration- car si le cas reste stationnaire il persiste généralement un bon rapportamical, mais les accès continuent - les tentatives du malade de com­promettrele progrès thérapeutique sintensifient. Le malade ne respecte plus lheure durendez-vous chez le médecin ou invoque des prétextes pour ne plus venir.Parfois apparaît une animosité manifeste, qui ne peut disparaître sans uneprise de conscience par le malade de ses tendances hostiles. Il en estdailleurs ainsi pour toutes ses manifestations de résistance. Jai toujoursconstaté quune attitude hostile de lentourage du malade vis-à-vis du médecin étaitfavorable à la cure, et jai parfois cherché à léveiller. Bien souvent toutela tradition familiale du milieu où vit le malade se montre névrosée ;lanalyser pendant les conversations avec le malade et employer cette analysedans un but éducatif ma paru de grande utilité. Le processus de transformationde la personnalité ne peut être que lœuvre du malade même. En ce qui concernece processus je me suis fait une règle de conduite thérapeutique de ne rienentreprendre pour le déclencher ou le hâter, convaincu de ce que le malade,premier intéressé, ne saurait apprendre plus par ma conversation quil nesavait déjà, une fois au courant de sa propre ligne dynamique vitale. Si le médecin éprouvait une certaine difficulté à comprendre lastructure dune névrose, la question suivante pourrait apporter des éclaircissements :« Quavez-vous lintention de faire, une fois la guérisonobtenue ? » Le malade nommera alors lobjectif devant lequel ilrecule découragé du fait des appréhensions de sa névrose. Un procédé qui mesemble de grande utilité est celui qui consiste pendant un instant à ne pas écouterce que dit le malade, mais de chercher à comprendre, à partir de ses attitudeset ses mouvements, ses intentions profondes en rapport avec sa situation. Àcette occasion on saisira parfois très nettement la divergence entre la donnéevisuelle et la donnée auditive, ce qui permettra parfois de mieux comprendre lesens du symptôme. Je pense au cas dune jeune fille de 32 ans qui était venueme consulter, accompagnée de son fiancé âgé de 24 ans. Elle craignaitlinfluence démoniaque dun autre prétendant. Elle craignait cette influencequi risquait de faire échouer son mariage. Son angoisse se manifestait par desbattements cardiaques, une certaine inquiétude, de linsomnie et une indécisiondans tous les actes de la vie journalière. Cette jeune fille traduisait par sesgestes et sa mimique son désir dimposer à son fiancé un devoir supplémentaire.Il devra redoubler dattention à son égard. La peur de linfluence néfaste quepourrait exercer le rival est un moyen quutilise cette jeune fille ambitieusepour fixer davantage à sa personne son fiancé, moins âgé quelle et de se préserverainsi de toute déception dans le mariage, empêchant le partenaire de se détournerdelle. On comprend aussi doù provient le « pouvoir démoniaque »dautrui. Il ne faut évidemment pas le considérer comme réel, il doit sonexistence à lélucubration de cette jeune fille ambitieuse, mue par son butsurtendu dun rapport conjugal inattaquable.  Annexe.   Retour à la table des matières Il me semble instructif de citer certains passages de lhistoiredun malade, âgé de 22 ans, qui était venu me consulter pour un état dépressifavec masturbation, inaptitude au travail, timidité et conduite maladroite ensociété. Elle nous permettra dillustrer ce que nous venons de dire concernantle style de vie du névrosé et ses besoins davoir recours à des arrangements(concer­nant ses expériences vécues, ses traits de caractère, ses étatsaffectifs et ses symptômes) arrangements dautant plus nombreux que sera faiblelestimation de sa propre personne, autoestimation arbitraire, ou encore résultatdune suite déchecs dans la vie. À partir de ces données sexpliquent à la fois laccès aigu névrotiqueet le choix de la névrose qui le sous-tend, létat chronique pourrait-ondire : les deux doivent résister à lépreuve, de leur utilité pour le plande vie du malade. Cette compréhension des rapports entre le style de vie et le symptômenévrotique est en outre de grande valeur pour le diagnostic différentiel, cardes cas mixtes sont fréquents et le thérapeute doit parfaitement être aucourant de la neurologie et de la pathologie générale. Afin de mieux me faire comprendre, je voudrais a priori admettreque par son modus vivendi le névrosé poursuit un but de la perfection, de lasupé­riorité, de la ressemblance à Dieu. Comme pour la solution de certainsproblèmes des mathématiques, jaffirme cette supposition comme étant admise, etje mefforcerai dans un bref schéma de prouver lexactitude de ma supposition,en me référant au matériel des faits. Dans nos conversations amicales le sujetfournit bientôt des preuves suffisantes pour étayer notre hypothèse. Il nous décriten détail la noblesse particulière de sa famille, son originalité, sa devise « noblesseoblige » et comment un frère aîné a été critiqué à cause dun mariage avecune jeune fille en dessous de son rang. Cette survalorisation de sa famille secomprend, étant donné que delle découle sa propre valeur élevée. Il sefforceen outre de dominer par une attitude bienveillante ou par une hostilité ouvertetous les autres membres de sa famille. Une attitude gestuelle traduit cette mêmeféminin quil pouvait entièrement dominer. Il savait la lier à sa personnedune façon magistrale par une longue description de ses états dépressifs, pardes revolvers quil dessinait sur ses lettres. Ses attaques hostiles, parfoisdes manifestations de tendresse, arrivaient toujours à la faire plier à sesexigences. Tendresse et hostilité étaient les deux armes lui servant à dominersa mère. Étant donné que dans ce cas le problème sexuel était exclu, sesrapports avec sa mère traduisaient une fois de plus la direction de sa lignedynamique, celle de la domination sur les autres. Afin déviter les autresfemmes, il se liait intimement à sa mère. Nous voyons comment, dans certainscas, peut se réaliser la caricature dun rapport inces­tueux où se reflète laligne dynamique du malade, tricherie dun psychisme nerveux par lequel le médecinne doit pas se laisser tromper. Pendant la cure le thérapeute doit sefforcerde démontrer au malade, à partir de ses attitudes diurnes aussi bien que de sesrêves, comment il sefforce par habitude de suivre la situation idéale de saligne dynamique jusquà ce que, une fois le négativisme surmonté, le sujetarrive à modifier son système et quil trouve le contact avec la sociétéhumaine et ses exigences logiques.           Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre V Contribution à l’étude deshallucinations           Retour à la table des matières Parmi les innombrables arrangements de la névrose, obtenus enfonction du but dune supériorité fictive et basés sur une intensification dela faculté imaginative de lâme, apparaissent parfois des hallucinations,utiles à la construction de la névrose. Létude des mécanismes concernant les excitations de lencéphale etdes voies nerveuses, où sont classés généralement les impressions, perceptions,parfois les souvenirs et impulsions motrices ne dépasse pas les théories des ébranlementsou vibrations ondulatoires de la substance nerveuse, voire ses modificationschimiques. Mais il serait erroné dy chercher plus que des liens plausibles,des vagues rapports, non démontrables, permis uniquement à une psychologie nonscientifique. Lélaboration dune vie psychique à partir de stimuli mécaniques,électriques, chimiques ou autres est impensable ; il vaut mieux avoirrecours à dautres hypothèses et admettre que la fonction psy­chique (disonslorgane psy. chique) fait partie de la nature et de la notion de « vie »,qui ne subordonne pas, mais coordonne, fonction née à partir de débuts modesteset qui, répondant, à lorigine, simplement à des excitations extérieures afinalement trouvé sa forme définitive plus complexe. Quel que soit langle sous lequel nous examinons le fonctionnementde cet organe psychique, nous le trouvons, non seulement réagissant, maisagissant en face dimpressions externes et internes, préparant les voies àlaction et aux gestes de lindividu. La notion de volonté seule ne résume pascette fonction, elle est en même temps intégration planifiée des impressions,leur compréhen­sion consciente ou inconsciente et celle de leur lien avec lemonde, prévision et orientation de la volonté dans une direction, caractéristiquepour chaque individu. Sans cesse en action, il se dirige constamment dans lesens dune amélioration, dun enrichissement, dune élévation, comme si touteprise de conscience de notre situation personnelle conditionnait un sentiment,plus ou moins prononcé, dinquiétude et dinsécurité. Les besoins et lesinstincts, toujours en éveil, empêchent le sommeil de lorgane psychique. Danschacune de ces manifestations perçues par nous, nous pouvons interpréterlinquiétude comme de lhistoire ancienne, la réaction au milieu comme le présentet le but fictif de salut comme lavenir. On ne peut affirmer que dans tous cescas lattention opère avec une impartiale bonne volonté, saisissant dessouvenirs neutres et les groupant sans passion avec des impressions spécifiques,non tendancieuses, en vue dassurer leur intégration finale. Pour un expérimen­tateuret observateur qui nest pas versé dans la méthode de la psychologieindividuelle comparée, même les saillantes différences disparaissent ; ilne sera jamais conscient des demi-teintes individuelles décisives. Pour lui,par exemple, la peur est la peur. Mais il est essentiel, si nous voulonsatteindre à la compréhension de lêtre humain, de savoir si chez tel sujet lapeur est dune espèce qui lincite à fuir ou à appeler à laide une secondepersonne. Si javais simplement à examiner la capacité du souvenir, sa force demémorisation, la réceptivité ou son esprit dà-propos, je ne saurais absolumentpas quel est le but du malade. En face de chaque phénomène psychique, lapsychologie individuelle comparée se pose cette question : quelle sera laconséquence de ce phénomène. Car cest de cette réponse que dépend la compréhensionde lindividu et de sa conduite. La psychologie expérimentale, par contre, estincapable de nous enseigner quoi que ce soit au sujet de la valeur ou destalents dun homme, parce quelle ne pourra jamais nous dire si un individu alintention de se servir de son capital psychique pour « le bien ou pourle mal », mis à part le fait que certaines personnes peuvent être spécialementaptes à passer des examens, sans pour cela réussir dans la vie. Le succès duntest, également, dépend de la nature de la relation entre lexaminateur etlexaminé, entre lexaminé et la matière à examiner. Toute représentation et toute perception sont en rapport avec desactivités compliquées, dans lesquelles la situation psychique particulière joueun grand rôle et influence énormément lattention. La simple perception même,nest pas seulement une impression objective ou une expérience ; cest unacte créateur consistant en pensées anticipées et subsidiaires qui font -vibrertoute notre personnalité. Cependant laperception et la représentation ne sontpas des actes fondamentalement différents. Ils sont en rapport, lun aveclautre, comme le sont le commencement et la fin dun événement. Tout ce dontnous avons besoin, à un moment donné, et dont nous espérons obtenir lapprochede nos buts individuels, entre dans la représentation. Le degré de plaisir etde déplaisir ressenti est exactement suffisant pour favoriser la réalisationdun but anticipé et pour nous stimuler dans cette voie. Que la nature de lareprésen­tation soit celle dun acte créateur, ressort du fait que nous sommescapables de percevoir les objets et les personnes, comme dailleurs dans lesouvenir, sous un angle donné, par exemple quand nous nous imaginons nous-mêmedans un souvenir, ce qui nest pas possible pour la perception immédiate. Cetacte créateur, résultat dune faculté psychique innée se déployant par elle-même,tout en gardant en même temps un contact précis avec le monde extérieur, définitaussi lhallucination. Cette même faculté psychique permet, bien quà des degrésdifférents, lactivité créatrice et constructive quon retrouve dans laperception-représentation, dans le souvenir et lhallucination. Cette qualité, dénommée grossièrement composante hallucinatoire dela psyché, est plus clairement apparente et plus facilement discernable danslenfance. À lâge adulte nous sommes contraints, soit de limiter beaucoup,soit même dexclure complètement notre fonction hallucinatoire pure en raisonde ses contradictions avec la logique, fonction fondamentale et conditionessentielle de la vie en société. Mais sa force psychique agissante persistedans le cadre des fonctions hautement socialisées de la perception-représen­tationet du souvenir. Cest seulement dans les cas où la personnalité se sépare de lacommunauté et se rapproche de la condition disolement, que les attachessarrachent : dans les rêves, par exemple, où le sujet cherche à dominerles autres, dans la terrible incertitude dune mort lente dans le désert, oùles pensées torturantes dune destruction lente donnent naissance à uneconsolante fata morgana, et, finalement, dans la névrose et la psychose,tableaux morbi­des dépeignant en réalité la situation dun homme solitaire,luttant pour son prestige. Avec une ferveur extatique ces individus se ruentivres, dans le royaume de lasocial, de lirréel, et construisent des mondesnouveaux dans lesquels lhallucination prend toute sa valeur, ceux de lalogique nen ayant plus aucune. En règle générale, le sens de la communautédemeure pourtant assez vif pour que lhallucination soit ressentie comme irréelle.Ceci vaut aussi bien pour le rêve que pour la névrose. Un de mes malades qui avait perdu la vue par atrophie tabétique dunerf optique, souffrait continuellement dhallucinations qui, (il senplaignait amè­rement), le torturaient sans cesse. Laffirmation courante, daprèslaquelle létat dirritation du nerf optique, propre à cette maladie, conduit àdes excitations soumises à une réinterprétation et rationalisation, esquivenotre problème. Nous admettons, sans doute, les excitations dans la sphèrevisuelle. La réinter­prétation bizarre en contenu dun type défini, dont lélémentcommun apparaît toujours sous la forme dune souffrance pour le malade, nousoblige à laffirmation dune tendance agissant uniformément, dans le but desappro­prier et dutiliser ces excitations. De cette manière nous parvenons àlexplica­tion de leur nature psychique. Jusquà présent, la recherchesoccupant du problème de la nature des hallucinations répondait par unetautologie sans valeur : les hallucinations sont des excitations dans lasphère visuelle. Nous, par contre, partant de laffirmation quil estimpossible de donner un nom ou de reconnaître la nature dernière de bien desfaits fondamentaux concernant la vie et la nature, le fait objectif de la vieelle-même, de lassimilation organi­que, de lélectricité, nous considéronslhallucination comme une expression dune fonction psychique, en oppositionavec le contenu vrai et logiquement déterminé de la société, préfigurée égalementdans laperception et le souvenir, dont la compréhension nous reste, jusquà uncertain degré, cachée. Notre examen nous apprend donc que la victime dunehallucination sest rejetée hors du domaine du sens commun. Fuyant la logiqueet étouffant le sens de la vérité, lhalluciné sest mis à lutter pour un butdifférent de celui qui nous est coutumier. Le but, en pareil cas, ne peut être facilement déduit delhallucination. Comme chaque phénomène psychique, extrait de son contexte, ila de multi­ples significations. La vraie signification de lhallucination, son sens,le « où » et le « pourquoi » (ce sont les questionsfondamentales posées par la psychologie individuelle comparée) peuventseulement être donnés lorsquon connaît lindividu dans sa totalité et lorsquesa personnalité a été comprise. Car nous considérons lhallucination commelexpression dune personnalité se trouvant dans une situation particulière. Dans notre cas la fonction visuelle était perdue, la capacitéhallucinatoire, par contre, intensifiée. Le malade se plaint sans cesse ausujet de « percep­tions » qui ne nous ont pas toujours paruangoissantes ; par exemple quand il voyait des couleurs, ou des arbres, oule soleil le poursuivant dans la pièce. Nous devons attirer lattention sur lefait que cet homme avait lui-même tourmenté les gens toute sa vie et tyrannisétoute sa famille. Il ressortait de lhistoire de sa jeunesse que cet hommevoyait son importance affirmée en imposant le ton, en forçant tout son cerclefamilial à soccuper continuelle­ment de lui. Depuis sa cécité il ne pouvaitplus, comme autrefois, obtenir cette supériorité grâce à son activitéprofessionnelle, ou la surveillance de sa maison, mais il y parvenait encore eninvoquant continuellement datroces hallucinations. Il avait simplement modifiésa tactique. Comme son sommeil était extrêmement irrégulier, son désir dedominer se manifestait également la nuit. À partir des excitations émanant desa sphère visuelle, il construisait une hallucination complémentaire qui luipermettait de sattacher sa femme dune manière absolue. Il voyait (dans sonhallucination) des vagabonds lenlever et la maltraiter. Dans une crise decruauté, sans doute aussi pour se venger de la perte de sa vue, il réveillaitconstamment sa femme pour se convaincre - disait-il - de la fausseté de seshallucinations, en même temps pour empêcher lépouse torturée de sécarter delui. Comme pour le cas de ce malade ayant apparemment perdu toute puis­sanceet réaffirmant, au travers dune profonde préoccupation et grâce àlintensification de la capacité hallucinatoire, son appétit de domination,lexpérience ma montré bon nombre dhallucinés dont le mal provenait detendances semblables. Lexemple suivant représente un cas intéressant, trèsinstructif dans sa structure, que jai observé par la suite. Un homme de bonnefamille, de bonne éducation, mais vaniteux, mesquin et refusant de faire face àla vie, avait complètement échoué dans sa profession. Trop faible pour parerpar lui-même à la catastrophe menaçante ou pour la supporter malgré tout, il semit à boire. Plusieurs attaques de delirium tremens accompagnéesdhalluci­nations, lamenèrent à lhôpital et le libérèrent de la nécessitédaccomplir une tâche quelconque. Pareil penchant pour lalcool est fréquent etpeut se com­prendre - exactement comme se comprennent lindolence, le crime, lanévrose, la psychose et le suicide ; il représente à la fois la fuite des êtresfaibles, instables et ambitieux en face de la défaite prévisible et leur révoltecontre les exigences de la société. À sa sortie de lhôpital il fut complètementguéri de son alcoolisme et devint abstinent parfait. Son histoire cependantconnue, sa famille refusant de sintéresser à lui, il ne lui restait riendautre à faire que de gagner sa vie avec des travaux de terrassement, assezmal payés. Peu après, les hallucinations commencèrent et le perturbèrent dansson travail. Il voyait à maintes reprises un homme quil ne connaissait pas etqui le dégoûtait de son travail en faisant des grimaces moqueuses. Il necroyait pas à la réalité de cette apparition. Soit dit en passant, ilconnaissait la signification et la nature des hallucinations depuis la périodede son alcoolisme. Un jour, afin de se libérer du doute qui le tourmentait, iljeta un marteau dans la direction de cette forme. La forme sauta de côtéprestement et lui administra en retour une bonne correction. Cette réaction frappante suggère naturellement la pensée que notremalade était parfois capable de prendre un homme véritable pour unehallucination, exactement comme cest décrit dans un passage du livre de Dostoïevski :Le double. Ce cas nous apprend aussi autre chose. Ce nest pas toujourssuffisant de faire dune personne un abstinent total. Il faut quil soittransformé en un autre homme, sinon il deviendra victime de quelque autre sortedévasion, telle que, dans cet exemple, lhallucination et ses conséquencesperturbantes semblent lêtre. Dans le premier cas, la situation du malade empêchaitquon le retirât de la sphère familiale, dont la réputation eût souffert,comme, dans le second cas, la crainte dêtre vaincu dans la vie ; endautres termes, le même souci de sa réputation, la même politique de prestige,le conduisait à se dire malade et à se réfugier dans un hôpital. Cestseulement de cette façon que lon peut com­prendre le cas précédent, oùlhallucination, comme létait auparavant lalcoo­lisme, était destinée àfournir la consolation et lexcuse pour la disparition des espoirs égoïstes etambitieux. Pour sauver cet homme, il fallait le libérer de son isolement et leréintégrer au milieu de la communauté. Nous voyous ici comment, vraisemblablement, lalcoolisme avec seseffets hallucinatoires sert à la fois de matériau et de terrain pour le développementfutur des hallucinations. Si ce stade alcoolique navait pas préalablementexisté, une névrose aurait sûrement fait son apparition. Notre troisième cas date dune période faisant suite à la guerre etse rapporte à un homme qui, après les épreuves inhumaines et terrifiantes quen­traînela guerre, fut atteint dune grande irritabilité, avec fugues, crises danxiétéet hallucinations. Il fut, à cette époque, sous observation médicale, enrelation avec sa demande de pension dinvalidité à laquelle il croyait avoirabsolument droit en raison de sa diminution daptitude à gagner sa vie. Il seplaignait que fréquemment, spécialement quand il marchait seul, il apercevaitune forme qui le suivait et lui causait une grande frayeur. Tous ces phéno­mènes,liés à une absence de mémoire très marquée, lavaient mis dans limpossibilitédaccomplir aussi bien son travail quauparavant. La plainte concernant la réduction de la capacité de travail, laperte des aptitudes antérieures se rencontrent souvent après la guerre, chezdes sujets qui y ont pris part. On ne peut nier que beaucoup de gens ontactuellement perdu une grande partie de leur capacité de travail, à la suite detant dannées dinactivité. Un certain nombre de ces capacités perdues auraientcependant pu être récupérées. Nous ne trouvons, néanmoins, pas toujours lesmoyens de récupérer les aptitudes perdues. Chez certains on ne retrouve pas lesefforts qui permettraient pareille récupération. Dans certains cas, cest ànoter, on a vraiment abandonné cet espoir à un degré absolument contraire aubon sens. Dès que nous connaissons leur anamnèse, tous ces individus se dévoilentêtre des névrosés anciens, ayant toujours reculé devant des décisions à prendreet qui maintenant, quand ils se trouvent en face dépreuves nouvelles,retombent dans une angoisse nerveuse, comme autrefois. Leur « attitude hésitante »est largement accrue par le leurre dun certificat de maladie et par larecherche passionnée dun privilège, leur évitant à la fois la nécessité dépreuvesfutures et la dépense de tout effort. Ils considèrent ce certificat dinvaliditécomme une marque de tendresse et une faveur, la confirmation de la justesse deleur cause et de linjustice du monde. La valeur monétaire ne leur semble quedun intérêt apparent, simplement la reconnaissance par la société de létenduede leur souffrance. Les manifestations névrotiques doivent sélever jusquà mon­trerdune manière évidente linaptitude du malade à travailler. Lanamnèse les préserve de toute suspicion de simulation. Souvent,cest leur seule certitude. Le malade, dans le cas qui nous occupe, avaittoujours été seul. Il navait pas eu damis, pas daffaires damour et avaitavec sa mère vécu une vie retirée. Il avait, lui-même, rompu toute relationavec son unique frère. Ce fut la guerre qui le remit en contact avec un groupesocial. Par lui-même, le groupe social naurait jamais réussi à le récupérer. Un jour, une grenade éclata près de lui. Les manifestations defrayeur sinstallèrent et lhallucination mentionnée ci-dessus, qui peut aussi êtreinterprétée comme de la peur. Sa maladie lui donnait la possibilité de sécarterencore dun groupe social qui lui déplaisait. Son attitude envers la sociétédevint encore plus hostile. Sa révolte secrète sexprimait nécessairement danssa profession, qui, dans le sens le plus plein du mot, affirmait sa volonté decoopérer avec la société. Sevré plus encore quauparavant du désir de coopérer,il se considérait très vraisemblablement comme souffrant dune réduction de sacapacité de travail. Son manque de mémoire indique plutôt son manque deconcentration dans son travail. La société, dont il avait toujours été lennemi (se disait-il),devait payer sa dernière attaque contre lui, sous forme dune pension,exactement comme un conquérant reçoit un tribut. Quand il revint du front, ilvida de sa valeur son processus normal de pensée et se réfugia dans unehallucination qui devait le sauver. Elle dura après la guerre jusquà ce quilait reçu sa pension qui, pour lui, était un symbole de triomphe. Dans ce cas,comme dans les deux précé­dents, une guérison ne pouvait être atteinte que parune adaptation plus adéquate à la société. Une disparition des symptômes commecela arrive par­fois, même sans traitement, quand surgit une situation moinstendue, ne représenterait quun succès apparent.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre VI Psychologie de lenfantet étude des névroses               Retour à la table des matières Il faut remonter aux premières années de la vie dun sujet pourretrouver lorigine des névroses. Dès la première et la deuxième année delexistence de lenfant, se manifeste son attitude vis-à-vis de lentourage. Cequi, à ce moment, devient particulièrement frappant en tant que « défautsdenfants » ou « nervosité » se développera plus tard dans lesens dune névrose, sous linfluence dune mauvaise éducation. Si lon cherche un dénominateur commun au rapport de lenfant et dunévrosé avec lentourage, on le trouve dans leur attitude de dépendance dans lavie. Les deux nont pas pu arriver à réaliser les tâches de la vie, sans avoirrecours aux services dautrui. Le névrosé exige ce secours dans une mesurebeaucoup plus grande que ne ladmet habituellement la loi de la société. Cequi, dans le cas de lenfant, lui est naturellement fourni par la famille,lest, dans le cas du névrosé par la famille, le médecin et un large entourage.Laide motivée, prodiguée à lenfant faible et privé de secours se trouve dansla névrose accaparée par le truchement de la maladie, afin de placerlentourage devant des devoirs complexes et de lui imposer des plus grandsrendements ou renoncements, en face de privilèges personnels du malade. Les « exigences accrues » du malade se définissentfacilement. Il est plus important de mentionner les découvertes de lapsychologie individuelle comparée nous montrant que nous retrouvons danslindividualité dun sujet, comme réunis dans un même point focal, le passé, leprésent, lavenir, aussi son but. Force nous est de reconnaître - les preuvesne nous seront fournies quaprès une longue observation - quà partir delattitude et des expressions, en un mot, à partir du modus vivendi dunsujet, il nous sera possible de reconnaître les traces des impressions extérieures,suivant les réactions quelles ont déclenchées. La psychologie individuelle comparée se refuse à accepter desnotions toutes faites, comme par exemples celles de volonté, caractère, étataffectif, tempérament, ou toute autre qualité psychique sans les faire cadreravec un concept de style de vie organisé dont il constitue les matériaux. Ilparaîtra, par exemple, comme volonté dun malade de venir en traitement, alorsque, en réalité, cette démarche lui semble nécessaire pour légitimer samaladie, favorisant ainsi son plan de vie, ce qui lui sera de grande utilitépour réduire son cercle vital à la maison, comme cest le cas danslagoraphobie. Le même malade manifestera peut-être plus tard le désirdabandonner le traitement, si un échec dans la cure lui semble nécessaire pourpouvoir persister dans ce même plan de vie. Ce qui veut dire que, si quelquunpoursuit deux buts contradictoires, il peut en réalité désirer la même chose.Ou encore si vous partagez deux expressions de la même volonté entre deuxpersonnes : si deux sujets ne font pas la même chose, le sens de leuraction est bien souvent identique, malgré tout (Freschl,Schulhof). On peutaffirmer que la pure analyse des manifestations ne nous permet pas de lescomprendre. Ce qui nous intéresse est la spécificité organisée, sa natureindividuelle, qui se présente en tant que préparation avant, en amont de lamanifestation, en tant que but en aval, au delà delle, alors que celle-ci seretrouve dans le point focal de ces données. Mais dans les deux cas on retrouvetoute la somme des manifes­tations adjuvantes nécessaires - énergie, tempérament,amour, haine, compré­hension, incompréhension, joie et peine, amélioration etaggravation de son cas -, à un degré exactement suffisant pour que soit assuréau sujet lissue désirée. Il est facile de démontrer que la conscience etlinconscience de la pensée, des états affectifs et de la volonté se trouventsous lempire de ce façonnage de la personnalité, le refoulement même se présenteainsi en tant que moyen de lexistence individuelle, non pas en tant que cause. Les mêmes rapports existent comme je lai démontré [19] dans la détermina­tion du caractère et de sa position en tant quemoyen au service de la personnalité. La gradation des forcesconstitutionnellement données, leur évaluation par lenfant, les expériencesfournies par le milieu, influencent la donation dun but et les lignes vitales.Une fois ces données établies le caractère et les manifestations instinctuellescadreront exactement avec elles. Il est vrai quil ne faut pas vouloir considérer,à tout prix, les contradictions ou la diversité des moyens comme étant desdivergences fondamentales de la vie psychique intentionnelle. Car si grande quesoit la différence entre un marteau et des tenailles, les deux peuvent servirpour enfoncer un clou. Chez les enfants nerveux dune même famille, on constateparfois des manifestations de désobéissance chez l’un, de soumission chezlautre, afin de sassurer la prédominance dans la famille. Un garçon âgé decinq ans présentait le besoin, assez fréquent à cet âge, de jeter par la fenêtretout ce qui lui venait sous la main. Sévèrement corrigé à cause de ce défaut,il présenta une angoisse morbide, déclenchée par lidée de pouvoir recommencerson méfait. Les deux symptômes lui permettaient de fixer les parents à sapersonne, de les obliger à soccuper de lui et de simposer en maître, alorsque la naissance dun cadet risquait de détourner leur attention de lui. Un de mes malades était jusquà la naissance dun frère cadetlenfant gâté de la famille. Pendant un certain temps sa rivalité vis-à-vis ducadet sexprima par la désobéissance et lindolence, attitude devant luiassurer lintérêt des parents et allant jusquà lénurésie et au refusdaliments. Or ses tentatives furent vaines ; il narriva pas à luxer lecadet. Il devint alors un garçon excessi­vement aimable et studieux, mais afinde pouvoir maintenir cette première place, il se voyait obligé de surtendretellement son attitude quil en résulta une névrose obsessionnelle. Un intensefétichisme trahissait clairement la base des opérations de ce malade :arrangement dune dépréciation de la femme, en tant que résultat de sa peurdevant elle. Ce que cet homme cherchait à obtenir de ses semblables par lemoyen dune furieuse agression, sa prédominance, son cadet lobtenait plusfacilement par un degré élevé damabilité. Mais un léger bégaiement traduisaitchez ce dernier les lignes dynamiques de lopposition, de lambition et delinsécurité sous-jacente. De cette façon tout le déroulement de la vie psychique, le vouloir,sentir et penser névrotiques et les connexions de la névrose et de la psychosese présentent comme un arrangement préparé depuis longtemps, comme un moyenpour la domination victorieuse de la vie. Les débuts de la vie psychi­que nousramènent régulièrement à la première enfance, où avec les données de laconstitution et dans le cadre psychique dun milieu, ont été entrepris lespremières tentatives hésitantes, afin de parvenir au but fascinant de la supériorité. Pour comprendre en quoi consiste larrangement du système de vie, ilfaut nous rendre compte comment lenfant affronte la vie. Quel que soit lepoint où nous voulons placer lorigine de lépanouissement de sa conscience, ilfaut que ce soit un stade où lenfant a déjà fait des expériences. Or il est hautementimportant de constater que cette sommation dexpériences ne peut réussir que silenfant a déjà un but devant lui. Sinon toute la vie risque dêtre un tâtonnementincoordonné, toute évaluation deviendrait impossible, et il serait vain devouloir parler de classifications nécessaires, dattribution de points de vue élevés,de juxtaposition et dutilisation des expériences. Sans but donné, sans mesurefictive, toute évaluation risque de se perdre. Nous voyons ainsi que personnene subit ces expériences de façon non tendancieuse, mais quil les fait. Ce quiveut dire quil les classe suivant leur nature, utile ou gênante, dans laperspective de ses buts finaux. Les expériences vécues sont efficaces dans lamesure où elles visent un but, en fonction du style de vie, ce qui fait que nossouvenirs sont toujours teintés dun état affectif encourageant ou intimidant.Nous narrivons à bien les comprendre et à les juger correctement que si nous découvronsen eux cette note affective. Ce qui nous intéresse dans la manifestation psychique nest pas lephéno­mène lui-même, mais ce qui le précède et ce qui lui succède logiquement,en fonction de son style de vie. Une fois avancé jusquau noyau de toute affec­tivité,de la pensée et de la volonté du sujet, le portrait psychique de la personnalitése trouve dessiné clairement devant nous et nous pouvons facile­ment comprendreles particularités caractérielles et les symptômes du névrosé. Les premiers souvenirs dune de mes malades se rapportent à sasituation familiale infantile où elle se voit souvent seule à la maison, alorsque sa sœur était autorisée à accompagner ses parents dans leurs sorties. A sapeur de rester seule sajoute sa rage contre son rôle de femme, manifestationde sa rivalité vis-à-vis de ses frères aînés. Afin de compenser son profondsentiment dinfériorité, résultant de son rôle de femme, elle arrive à uneconclusion qui lui assure sa valorisation : « il ne faut pas melaisser seule ». Une fois mariée, son mari navait pas le droit de lalaisser seule. Une autre manifestation névrotique était ses accès dangoissesurvenant toutes les fois où, dans leur voiture à chevaux, elle se trouvaitassise dans le fond du véhicule, alors que son mari tenait les rênes assis surle siège du cocher. Laccès cédait lorsquelle pouvait sasseoir à côté de lui.Cette particularité se comprend aisément et se passe de toute interprétation. Son angoisse survenait également lorsque les chevaux allaient augalop. Pour plaisanter le mari accélérait alors lallure et langoissedisparaissait. Son arme, langoisse, navait plus defficacité et donc plus deraison dêtre. On peut se demander pourquoi, dans son désir dégaler lhomme,elle ne saisissait pas elle-même les rênes. La réponse est claire : ellene se croit pas capable dégaler lhomme, mais au moyen dun détour, elleutilise lhomme comme support et protecteur pour sélever au-dessus delui [20].          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre VII Psychothérapie de la névralgiedu trijumeau              Retour à la table des matières Parmi les manifestations nerveuses, qui grèvent la vie et quidispensent le sujet dun rendement par exclusion de toute exigence sociale, lessymptômes algiques prennent une place importante. Leur intensité, souvent aussileur localisation et leur évaluation par le malade se trouvent en rapport avecle but final caché du sujet. Des états dinfériorité organique segmentaires(scoliose, anomalies de lœil, hypersensibilité de la peau, pieds plats, etc.)et des arrangements en faveur de certains symptômes morbides, comme laérophagie,peuvent être constatés et ils dévoilent leffet électif de la névrose et de sesétats affectifs. La méthode de travail de la psychologie individuelle comparée, plusquaucune autre peut-être, possède des caractéristiques de nature bien définie ;il est essentiel den limiter soigneusement le champ daction. Il faut toutdabord comprendre quelle na de valeur que pour les troubles dorigine psychique.Lutilisation psychique possible des éléments dont on dispose ne doit pas setrouver gênée par un dérangement intellectuel, tel que limbécillité, la débilité,des déficiences mentales ou le délire. Comment et jusquà quel point unepsychose est susceptible dêtre traitée reste une question en suspens ;mais elle est certainement accessible à lanalyse et elle indique dans sastructure les mêmes grandes lignes que les névroses ; son analyse peutrendre dénormes services dans létude des attitudes psychiques anormales. Jaipu constater, daprès ma propre expérience, que des cas de psychose pas encorecompliqués de détérioration intellectuelle, sont susceptibles, grâce à uneapplication intensive de notre méthode dêtre améliorés, voire guéris. Si le champ daction de la méthode de psychologie individuellecomparée doit être ainsi pleinement utilisé, il est de première importance desavoir reconnaître une maladie de nature psychogène. La conviction scientifique de lorigine essentiellement psychique depsycho-névroses typiques, neurasthénie,hystérie et névroses obsessionnelles,est si fermement établie que seulement de très rares auteurs formulent, avec hésitation,des critiques à cet égard. La plus importante parmi ces critiques met laccentsur un « facteur constitutionnel » et groupe toutes lesmanifestations sous le terme de dégénérescence héréditaire, y englobant des phénomènesaussi bien fonctionnels que psychiques, sans prendre en considération lepassage dune infériorité organique vers le développement dune psycho-névrose.Que cette évolution nait pas toujours lieu et que dautre part elle puissemener au génie, au crime, au suicide, à une psychose, tout cela je lai démontré,il y a déjà longtemps [21]. Dans leprésent travail ainsi que dans dautres, je suis arrivé à la conclusion que desinfériorités héréditaires de glande ou dorgane peuvent constituer une prédispositionnévrotique pour peu quelles soient ressenties psychiquement, en dautrestermes, pour peu quelles provoquent, chez un enfant présentant un quelconquestigmate héréditaire, un sentiment dinfériorité par rapport à son entourage.Le facteur décisif dans un cas de ce genre est habituellement la situation danslaquelle lenfant estime se trouver ainsi que son appréciation personnelle decette « position prise », avec ses inévitables erreurs denfant.Daprès une investigation plus poussée, les névroses apparaissent non pas tantcomme étant des maladies dune dispo­sition, que comme une prise de position.Dans cet ordre didées les signes extérieurs de dégénérescence ayant donné lieuà quelque déformation ou laideur, ou sils se présentent objectivement commeles indices visibles dune infériorité dorgane plus profonde et sajoutent àelle, peuvent, leurs symptô­mes objectifs mis à part, évoquer dans le psychismede lenfant un sentiment dinfériorité et dincertitude. Il en est ainsi des déformationsdes oreilles associées à des anomalies héréditaires de laudition, dudaltonisme, de lastigmatisme ou dautres troubles de la réfraction accompagnésde strabisme, etc. De la même façon agiront les infériorités dorgane,particulièrement si elles ne constituent pas une menace vitale et si ellespermettent dans la super­structure le développement dune vie psychique. Lerachitisme peut contrarier le développement statural et ainsi provoquer dunanisme et de la dysplasie ; des déformations rachitiques - pieds plats,jambes arquées, genoux cagneux, scoliose, etc. - peuvent amoindrir aussi bienlactivité physique que la con­fiance en soi de lenfant. Les insuffisancessurrénaliennes, thyroïdiennes, thymiques, hypophysaires, gonadiques, particulièrementles formes héré­ditaires pas très graves dont les symptômes sont plus exposés àla critique de lentourage quà une intervention thérapeutique, prennent uneimportance énorme pour le développement non seulement organique, mais encorepsychi­que, en provoquant et en maintenant un sentiment dhumiliation et dinfério­rité.Une diathèse exsudative, un état thymo-lymphatique, une constitution asthénique,une hydrocéphalie et des formes frustes de débilité, exercent également uneinfluence néfaste sur le psychisme. Les infériorités (ou déficiences) héréditairesdes appareils urinaire et digestif provoquent tous deux aussi bien des symptômesobjectifs organiques que des sentiments subjectifs dinfériorité qui fréquemment,par suite derreurs infantiles, se traduisent, de façon détournée, par de lénurésieet de lencoprésie (inconti­nence des matières). Les exigences du corps, lacrainte de la punition et de la douleur sont également génératrices de précautionsexagérées concernant les actes de manger, de boire, de dormir. Les considérations et démonstrations de ce genre ayant trait auxreten­tissements subjectifs et objectifs dune infériorité dorgane, semblent êtrepour moi dune grande portée, car elles mettent en lumière le développement dessymptômes névrotiques, particulièrement celui des traits de caractère névrosés,par lutilisation des infériorités dorganes héréditaires. En même temps ellesmontrent limportance secondaire de linfériorité dorgane de natureconstitutionnelle et limportance primaire des facteurs psychogé­nétiques danslétiologie des névroses.  Il est facile de retrouver la base normale de ces rapportssurtendus entre lorganique et le psychique. Elle prend ses origines dans linfériorité organique relative delenfant, même chez lenfant bien portant considéré par rapport à ladulte.Chez ce dernier elle fait également naître un sentiment dinfériorité etdincertitude, toutefois supportable. Dans les cas où linfériorité notable desorganes est ressentie de façon intense, absolue et durable, surgissent cesinsupportables sentiments dinfériorité que jai découverts chez tous les névrosés.Un trait caractéristique de notre civilisation fait que lenfant est à toutmoment désireux de jouer un rôle important et quil bâtit des rêves sur dessuccès, dans des domaines précisément, qui, par leur nature même, présententdes difficul­tés pour lui. Le sujet myope désirera tout voir ; celui quiest atteint de troubles auditifs désirera tout entendre ; celui qui estaffligé de défauts délocution ou de bégaiement désirera parler sans arrêt ;celui qui a hérité de muqueuses épaissies, de déviation de la cloison, ou de végétationsadénoïdes, lempêchant de humer lair, souhaitera cueillir des sensationsolfactives sans trêve. Les individus lents dans leurs mouvements, obèses,ambitionnent toute leur vie darriver les premiers en place, tendance dynamiqueque nous retrouvons chez les cadets et les benjamins. Lenfant qui nest pasparticulièrement agile aura continuellement peur dêtre en retard, seratoujours, pour, toutes sortes de raisons, incité à se hâter ou à courir, desorte que toute sa vie il semblera comme contraint dêtre en compétition. Le désirde voler se retrouve très souvent chez des enfants qui ont déjà éprouvé de ladifficulté à sauter. Cette opposition manifeste entre des restrictions organiquementimposées et des efforts de compensation psychiques, désirs, chimères et rêves,constitue une donnée si bien déterminée quune loi psychologique fondamentalepourrait en être déduite : la conversion artificielle dune inférioritédorgane en une compensation et même hypercompensation psychique, efforts decompen­sation imposés par un sentiment dinfériorité. Il faut toutefois sesouvenir quil ne sagit pas dans ces cas dune loi de la nature, dun déterminismerigide, mais dune séduction par lesprit humain. La conduite extérieure et le comportement psychologique intérieurdun enfant à disposition névrotique donnent, par conséquent, des indicationssur ce virage de lévolution, à une période très précoce de lenfance. Lecomporte­ment de lenfant, avec dailleurs ses différences plus ou moinsgrandes dans chaque cas, peut être mieux compris si lon admet quil désire être« à la hauteur » dans toutes les circonstances de la vie. Lambition,la vanité, le désir de tout savoir, de discuter de tout, dêtre remarqué poursa force corporelle, pour sa beauté, pour son élégance vestimentaire, dêtre leprincipal membre de la famille, de lécole, de concentrer toute lattention sursoi, que ce soit par de bonnes ou de mauvaises actions, tout cela caractériseles phases initiales dun développement anormal. Les sentiments dinférioritéet dinsécurité percent aisément, en sextériorisant par la peur et la timidité,lun et lautre de ces traits devant être considérés Comme étant de caractère névrotique.Dans cette fixation des traits névrotiques, lenfant est guidé par unetendance, en rapport étroit avec lambition, et qui pourrait sexprimerainsi : on ne doit pas me laisser seul, quelquun (le père ou la mère)doit maider, on doit être bienveillant avec moi, me traiter tendrement (nousdevons ajouter : car je suis faible, inférieur). Toutes ces conversationsintérieures deviennent les principes directeurs des remous psychiques. Enprincipe, une hypersensibilité irritable, de la méfiance, et une disposition àtoujours se plaindre sont présentes pour empêcher les humiliations et lesmanques dégards de trouver un terrain où se développer. Le cas contraire peutsobserver et lenfant peut développer une subtilité desprit étonnante,devancer les sentiments, prévoyant toutes les situations amenant à unehumiliation, de manière à être protégé contre elle, soit de façon active, sousforme de précautions bien déterminées, de présence ou dagilité desprit, soiten éveillant la pitié et la sympathie dans le cœur dindividus plus forts quelui, grâce à la description exagérée de ses souf­frances. Lenfant peut avoirrecours à une maladie réelle ou simulée, à des malaises, à des idées de mort,allant jusquà limpulsion au suicide, avec lintention toujours présente etbien établie de susciter la pitié ou bien de prendre une revanche pour quelquehumiliation. Les manifestations des sentiments de haine et de vengeance, des colèresnoires et des désirs sadiques, un penchant marqué à se livrer à des actes défendus,un sabotage continuel des plans déducation dû à lindolence, à la paresse etau refus, montrent lenfant prédisposé à la névrose, dans sa révolte contre uneoppression imaginaire ou réelle. De tels enfants font beaucoup de manières pourmanger, se laver, shabiller, se brosser les dents, aller dormir ou étudier.Ils sirritent de tout rappel à lordre pour déféquer ou uriner. Ou bien ilssimulent certains accidents, des vomissements par exemple, si on veut lescontraindre à manger, ou si on les presse pour aller à lécole ; ils sesouillent par les selles ou les urines, présentent de lincontinence durine,pour quon soit toujours autour deux, à veiller quils ne restent pas seuls etquils ne dorment pas seuls. Ils interrompent leur sommeil afin dobtenir desmanifestations de sympathie, ou dêtre pris dans le lit de leurs parents, bref,ils font tout pour quon se croît obligé de soccuper deux, recherchant tantôtun sentiment de pitié prodigué par leur entourage, tantôt agissant dans unesprit dopposition. Ces faits, en règle, ressortent clairement et sont en pleineconformité les uns avec les autres, quils soient fournis par la vie même etpar les traits de caractère dun enfant prédisposé à la névrose, par les antécédentsdun névrosé ou par la mise au clair des mécanismes sous-tendant ses symptômes.Nous avons quelquefois, apparemment affaire à des enfants modèles qui fontpreuve dune obéissance étonnante. De temps à autre cependant ils ne setrahissent que trop par quelque éclat de colère incompréhensible ; ou bienon est conduit sur la bonne voie par leur sensiblerie exagérée, un état decontinuelles contrariétés, des larmes abondantes, des douleurs et des mauxdivers, sans fondement (maux de tête, destomac, douleurs dans les jambes, migraines,excessifs sujets de plaintes à propos du froid et de la chaleur, lassitude). Ilest dès lors facile pour nous de comprendre à quel point cette obéissance,cette modestie, cette soumission toujours tacitement acceptées ne sont que lesmoyens adoptés pour obtenir reconnaissance et récompense, pour sattirer des démonstrationsdamitié, exactement comme jai eu loccasion de le démontrer chez le névrosedans les dynamismes du masochisme. Nous devons maintenant mentionner un certain nombre de manifestationsque lon trouve chez lenfant prédisposé à la névrose, et qui sont étroitementliées à ce que nous avons précédemment décrit. Elles révèlent toutes le désirdimportuner les parents ou les éducateurs par un attachement obstiné à desactivités inutiles et désordonnées, dans le dessein dattirer lattention sureux-mêmes, cette attention dût-elle prendre la forme de la colère. À de tellestendances peuvent être rattachées certaines autres de caractère ludique, commede prétendre être sourd, aveugle, muet, boiteux, gauche, oublieux ou insensé, bègue,grimaçant, trébuchant, gâteux. Les enfants normaux possèdent les mêmestendances. Mais il faut être la proie dune ambition maladive, dun esprit défiant,dun besoin morbide de reconnaissance, pour adhérer un certain temps à ces prétendusjeux ou à ces sottises et pour les exploiter réellement en faveur de ladisposition névrotique. De tels enfants, soit par intention mali­cieuse, soitpar intention de nuire - mais fréquemment, je dois ladmettre, pour échapper àune oppression tyrannique -, peuvent sattacher pendant longtemps à la pratiquede manifestations maladives ou de mauvaises habitudes - acquises à la suitedune expérience personnelle ou de lobservation -, mani­festations telles queronger ses ongles, se curer le nez, sucer son pouce, se tripoter les organes génitaux,lanus, etc. ; même la timidité et la crainte peuvent être fixées àdessein et être utilisées dans un but défini, afin de ne pas être laissé seul,ou dêtre servi par les autres. Dans tous ces exemples une utilisationcompensatrice dune certaine infériorité dorgane spécifique joue un rôle(consulter mon livre sur la compensation psychique de létat dinfériorité desorganes). A partir de ces singularités denfants, prédisposés à la névrose, onest conduit par transitions aux symptômes de lhystérie, de lobsession, de laphobie, de la sinistrose, de lhystérotraumatisme, de la neurasthénie, du ticconvulsif, de la névrose dangoisse et à ces névroses fonctionnelles appa­remmentmonosymptomatiques (bégaiement, constipation, impuissance psychique, etc.), quetoutes je considère, en me basant sur mon expérience, comme des psycho-névrosescaractérisées. Ces manifestations, pendant lenfance, mises sans pleine prisede conscience de leur nature sur le compte dune certaine attitude réflexe, etdont le but est datteindre une ligne de moindre résistance pour un instinctagressif bien équipé, deviennent directrices dans la superstructure psychique,se manifestant par les symptômes névrotiques. La question de la suggestibilitéexagérée (Charcot, Struempell), de létat hypnoïde (Breuer), du caractèrehallucinatoire du tempérament névrotique (Adler), se pose dans ces cas, de lafaculté didentification aussi, mais elle ne sera pas discutée ici. Il estcertain, cependant, que tout accès, tout symptôme persistant et tout caractèrenévrotique permanent, élaborés uniformément sous linfluence dune attitudeinfantile, ont fait leur apparition grâce à des fantasmes infantiles exagérés, àdes erreurs et à de fausses évaluations enfantines. Les fantasmes denfant nont pas une valeur purement platonique. Ilssont lexpression dun stimulus psychique qui dicte entièrement lattitude delenfant et, partant, ses actes. Cette impulsion présente des degrés différentsdinten­sité, et augmente considérablement chez les enfants prédisposés à la névrose,par une compensation de leur sentiment marqué dinfériorité. Lenquête doitdabord aboutir à extérioriser le souvenir dévénements (expériences enfan­tines,rêves), en face desquels lenfant a adopté une attitude définie. Jai déjàsouligné, en discutant de l « instinct dagression », quelimportance de lexpérience infantile repose dans le fait quelle extérioriselinstinct de puis­sance et ses limites (désir et désir réfréné). Le heurt avecle monde extérieur à la suite dexpériences pénibles, ou de désirs axés sur desvaleurs subjectives que la civilisation réprouve, se manifeste avec certitudeau niveau de lorgane en état dinfériorité et conditionne la déviation delinstinct. Lamplification de linstinct chez lenfant ainsi prédisposéressort de façon dialectique à partir du sentiment dinfériorité, semanifestant nettement par la tendance à surmonter des difficultés, aenregistrer sans cesse des succès dans ses fantasmes et ses rêves etlidentification avec un rôle héroïque traduit la tentative de compensation. Dans cette couche profondément cachée de la névrose, lanalyse découvreaussi les désirs et les impulsions sexuelles qui, dans de rares cas, sont denature incestueuse. On trouve aussi des manifestations dactivité sexuelle(tentatives et actes) envers des individus complètement étrangers à la famille.Ces faits, complètement ignorés en psychologie enfantine avant les étonnantesanalyses de Freud, détruisent évidemment et définitivement la notion soutenueauparavant de linnocence et de la pureté de lenfant. On apprendra pourtant àmieux comprendre ces faits en se rappelant quelle énorme expansion linstinctpeut acquérir, et quel balancier compensateur possède lenfant prédisposé à lanévrose de par son sentiment dinfériorité. Les activités instinctives peuventse manifester en poussant des racines ailleurs que dans une direction sexuelle.Cest ainsi quon rencontre des instincts démesurés de se gorger de tout, detout savoir ; des instincts à tendance sadique ou criminelle, desinstincts orduriers, de domination aussi ; des instincts de défi, de rage,des tendances à lire assidûment et des tentatives extraordinaires en vue de sedistinguer dune façon ou dune autre. Toutes ces tendances ne deviennentvraiment claires que si nous réussissons à ramener à la surface le désir précocementéveillé de domination, avec ses manifestations variées et indomptables de la révolteenfantine. « Je veux être un homme », telle est la signification dece désir de puis­sance. Garçons et filles en sont imprégnés à un degréextraordinaire, si bien que nous nous trouvons, dès le début, conduits àadmettre que cette attitude tient le premier rang pour contre-balancer lasensation déplaisante de ne pas être un homme parfait. La psycho-névrose se trouve, sous la contrainte de ce dynamisme quejai décrit auparavant comme hermaphrodisme et protestation virile qui en dérive.La fixation du sentiment dinfériorité, Chez les enfants prédisposés à la névrose,conduit à une stimulation compensatrice de lactivité instinctive, représentantle début de ce développement particulier de lesprit et aboutissant finalement àlexagération de la protestation virile. Ces processus psychiques deviennent lacause de lattitude anormale du névrosé vis-à-vis du monde environnant, et lemarquent à un très haut degré de traits particuliers, déjà mentionnés, traitsqui ne peuvent être attribués ni à des instincts sexuels ni à des instincts égocentriques.Ils apparaissent chez le névrosé sous forme didées de grandeur, qui fréquemmentmodifient linstinct sexuel et lui font obstacle, et, parfois même, sopposent àlinstinct de préservation lui-même. Dautres traits accompagnent le heurt dune expansion exagérée delinstinct avec la non-satisfaction des tendances culturelles dues à léducation :sentiments de culpabilité, poltronnerie, irrésolution, hésitation, peur déchecset de punitions. Je les ai décrits en détail dans mon travail sur la « prédisposi­tionnévrotique ». Très fréquemment on observe des impulsions masochistes, unconsentement exagéré à obéir ou à se soumettre, des auto-punitions. De cestraits de caractère nous pouvons conclure non seulement à la nature du mécanismepsychique mais aussi aux antécédents du cas observé. Le plus fort obstaclesopposant à lextension de linstinct est la rencontre avec les exi­gences dusentiment de communauté. Cet événement constitue une sorte de rappel,intervenant de tout son poids sur les instincts organiques, en leur opposanttoutes sortes dobstacles. Le névrosé se croit alors criminel, il devient extrêmementconsciencieux et juste ; son attitude est toutefois déter­minée par lacroyance quil est en réalité malfaisant, dominé par un désir sexuelindomptable, jouisseur, capable de nimporte quel crime, de nimporte quellelicence. Il est forcé, par conséquent, de prendre dinfinies précautions. Parcet effort a sens unique pour la conquête dune puissance personnelle, ildevient en fait un ennemi de la société. Par larrangement nettement exagéré de cette fiction, le névrosésert son principal but, se mettre à labri dun échec. Ce souci de sécuritéaide à édifier un troisième groupe de traits de caractère, tous ajustés à ceprincipe directeur : « précaution ». La méfiance et le doutesont les plus marquantes de ces mesurer, de précaution. Tout aussi fréquemment,cependant, on rencontrera des tendances exagérées concernant la propreté,lordre, léconomie, véritable épluchage continuel des gens et des choses. Laconséquence en est que les efforts du névrosé naboutissent généralement àrien. Tous ces traits gênent lesprit dinitiative, sopposent au développementdes responsabilités sociales, et sont en rapport étroit avec cette indécisioncausée par un sentiment de culpabilité. Chaque chose est examinée au préalable,toutes les conséquences sont prises en considération, le névrosé se trouvant encontinuel état de tension, dans lattente des contingences possibles ; sonrepos est troublé par des suppositions et des anticipations sur ce qui peut oudoit arriver. Un mécanisme de défense outré pénètre dans toutes ses pensées etdans tous ses actes et apparaît infailliblement dans ses fantasmes et dans sesrêves. Il est fréquemment amené à fortifier sa position de défense soit parquelque souvenir, soit par une façon inconsciente darranger ses échecs, sesoublis, par sa fatigue, sa paresse et ses différentes sensations pénibles. Dansce mécanisme de défense les angoisses névrotiques jouent un rôle terriblementimportant en sexprimant de diverses façons : phobies, rêves anxieux, hystérieet neurasthénie, en sopposant sous forme dobstacle, directement ou indirec­tement(« en exemple »), à toute agression. Lentraînement à créer toutesces tendances orientées vers la sécurité, conduit parfois à une intensificationsensible de la faculté intuitive et à une acuité intellectuelle spécifique. Ilamène pour le moins une apparence dintensification de certaines facultés. Laprétention de certains névrosés concernant la possession de facultés télépa­thiques,de prédestination, ou dun pouvoir de suggestion est basée sur cet entraînement.Ces traits se fondent alors avec ceux du premier groupe à savoir les idées degrandeur. Nous devons, par contre, considérer les idées de gran­deur comme unecompensation et une défense contre le sentiment dinfériorité. Je connaisencore dautres stratagèmes de sécurité, parmi lesquels je citerai : lamasturbation, servant de prétexte de protection contre le rapport sexuel, etses conséquences, limpuissance, léjaculation précoce, la frigidité sexuelleet le vaginisme. Ces troubles se rencontrent toujours parmi les individus qui,du fait de leurs tendances dominatrices, se montrent incapables de dévouementpour les autres ou pour la communauté. De la même façon le névrosé attribue dela valeur à ses défauts denfant, à des troubles fonctionnels ou à dessouffrances de son enfance. Il sy attache, pour peu quils savèrent propres àle raffermir dans ses doutes, ou à le maintenir en marge de toute participationà la vie commune. Le déroulement  de ces faits est souvent déclenché pardes questions de mariage ou dadoption dune profession. À ces occasions, dufait dune insuffisante faculté de coopération, la tendance à la recherchedune sécurité sexprime sur un mode morbide, les signes avertisseurs en étantsouvent si bien dissimulés quils paraissent dépourvus de toute significationou de tout rapport. Le névrosé, cependant, agit toujours avec logique. Il com­mencepar éviter la société, simpose toutes sortes de contraintes, contrarie lui-mêmeses études et son travail (pour un mal de tête, par exemple), couvre lavenirdes plus sombres couleurs et commence à dresser des barricades autour de lui. Àchaque moment, il est conseillé en secret par une voix qui lui murmure : « commentun homme possédant de tels défauts, atteint de telles déficiences, avec aussipeu de chances davenir, ose-t-il envisager un acte aussiimportant ! » Ce que, faute dune meilleure appellation, nous appelonsneurasthénie, est plein de tels arrangements et de telles tendances, ayant la sécuritépour point de mire ; ils ne sont absents daucune névrose, et nousmontrent un malade sur sa ligne de repli. Un quatrième groupe est constitué par des indices indirectstrahissant une attitude névrotique, par la façon dont les actes, caprices, rêves,détails subsidiaires habillés de langage sexuel, expriment le désir dêtre unhomme, comme dans le groupe 1. Dans un travail sur la « Disposition névrotique »et « Hermaphrodisme psychique » jai traité ces faits en détail. Ilappartient en propre à la névrose davoir pris ses origines dans une situationdinsécurité, et de rechercher à tout prix la sécurité. Lanalyse montre quelincertitude existe dans les jugements portés par un enfant prédisposé à la névrose,sur son rôle sexuel. Beaucoup de mes malades masculins eurent pendantlenfance, et souvent jusquà la puberté, des traits féminins ou des signes fémininssecon­daires, auxquels ils attribuaient leur sentiment dinfériorité ; oubien ils avaient des anomalies des organes sexuels externes, cryptorchidie,phimosis, adhé­rences préputiales, hypoplasies et autres anomalies de développement,pouvant leur servir de prétexte, chaque fois quils avaient besoin dexcuse.Les photographies et les dessins représentant un de mes malades dans sonenfance mont appris que le port dun habit de fille pendant de longues années,avec dentelles, colliers, boucles et longs cheveux, évoquaient ce mêmesentiment dincertitude et de doute chez un garçon. Dans le même sens agissentles menaces de circoncision, castration, chute ou pourriture du pénis, dont lesparents se servent auprès des enfants chez lesquels ils ont découvert unetendance à la masturbation. Car, chez lenfant, la tendance la plus forte estet reste toujours : devenir grand pour être un homme, vif désir qui peut êtresymbolisé par les organes sexuels mâles de ladulte. Le même ardent désir semanifeste chez des filles où un sentiment dinfériorité engendré par leur situationcomparée à celle des garçons conduit régulièrement à une attitude compensatricemasculine. Ainsi, peu à peu, le monde entier des idées, voire toutes lesrelations sociales chez lenfant prédisposé à la névrose, se réduisent à deuxgroupes, le groupe masculin et le groupe féminin. Le désir de jouer un rôledhomme, un rôle héroïque, se présente à tout moment même si, comme dans le casdes filles, il prend les formes les plus singulières. Tous les aspectsdactivité et dagression, de puissance, richesse triomphe, sadisme, désobéis­sance,crime, sont faussement considérés comme masculins, exacte­ment comme dans lemonde didées des adultes - alors que sont reconnues comme féminines lasouffrance, lattente, la résignation, la faiblesse et toutes les tendances aumasochisme. Il ne faut pourtant pas considérer ces traits, dans la mesure où ilsappa­raissent chez le névrosé, en tant que but final, mais leur existence sert- en tant que pseudo-masochisme  - au frayage dun chemin vers le succèsviril, au besoin de valorisation étudié dans le groupe 1. Les traits de caractèrequon retrouve dans ce groupe sont, en dehors de la protestation virile, uneexagéra­tion forcée des désirs et préoccupations sexuelles, des tendancesexhibition­nistes et sadiques, une précocité sexuelle avec masturbation,nymphomanie, un esprit aventurier, de grands besoins sexuels, du narcissisme,de la coquetterie. Des fantasmes féminins - à thème de grossesse, accouchement des ten­dancesmasochistes et des sentiments dinfériorité servent à renforcer la protestationvirile, ou encore à se préserver de ses conséquences, daprès leproverbe : Ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas quon tefasse [22]. La notion de contrainte prend des proportions inhabituelles, et mêmesa moindre apparence sera virilement combattue. De ce fait les rapports normauxde lamour et du mariage seront ressentis - comme toute autre intégration sociale- comme étant de nature non masculine, cest-à-dire féminine et donc réprouvable. Nous trouvons ainsi, chez le névrosé, en nombre incalculable, destraits de caractère enchevêtrés, qui saccordent ou se contrarient les uns lesautres suivant un plan défini, et qui permettent de conclure sur la nature delattitude anormale. Tous, en dernière analyse, doivent être attribués à desexagérations, à des outrances et à de fausses évaluations des traits masculinset féminins. Si quelque critique peut être adressée à cet exposé, elle portesur son ordonnance qui est trop schématique et ne peut tout exprimer desconnexions abondantes concernant les traits particuliers, mais au mieux nendonne quun aperçu, lequel cependant résume ce qui peut être recueilli de plussignificatif dune étude du caractère névrosé. Je suis convaincu, étant donnéces faits, quil est vraiment indiqué, légitime et valable, de tenter la preuvedune nature psycho­gène de la maladie. Si à présent je me tourne vers le problèmeen discussion, à savoir lorigine psychogène de la névralgie du trijumeau, jepeux, en me basant sur linformation obtenue à partir dautres maladies denature semb­lable, répondre par laffirmative. La structure psychique de la névralgiedu trijumeau, ses dynamismes psychiques, sont tellement identiques dans mescas, révèlent des traits si évidents de nature psychogène, que toute critiquese trouve complètement désarmée. De grande importance aussi pour notre problèmeest la constatation que la névralgie du trijumeau suit les grandes lignes de lanévrose que nous venons desquisser et que chaque accès en lui-même représenteun équivalent de quelque événement psychique. Nous pou­vons maintenant tenterdexpliquer ce qui relie la psychonévrose et le caractère névrotique à cettemaladie en général et à ses accès en particulier. Le malade O. St., fonctionnaire, âgé de vingt-six ans, vint meconsulter en minformant quune opération lui avait été conseillée pour la névralgiedu trijumeau dont il souffrait. Sa maladie datait dun an et demi, avait débutéune nuit, affectant le côté droit de la face, et, depuis, récidivait chaquejour sous forme daccès aigus. Depuis un an, il a été obligé de se faire desinjections de morphine tous les trois ou quatre jours, en cas de douleursparticulièrement intenses, injections qui lont toujours soulagé. Il a essayénombre de traite­ments, médicamenteux à base daconit, électriques et thermaux,le tout sans succès. Il a subi aussi deux alcoolisations qui nont servi quàaugmenter les douleurs. Un séjour prolongé dans le midi a amené un peu desoulagement, quoique là aussi les accès aient été journaliers. Il était à présentcomplètement découragé, et, afin de ne pas briser sa carrière, avait résolu dese soumettre à lopération. Le chirurgien, très consciencieux, nayant pasvoulu promettre un soulagement certain, le malade avait décidé de me demanderconseil. Javais, à cette époque, rassemblé un matériel important de casconcernant lorigine psychique daccès névralgiques et de névralgies dutrijumeau, et javais aussi été à même dutiliser de plus anciennesobservations. La conclu­sion uniforme à laquelle jétais arrivé, grâce àlanalyse et à la comparaison daccès individuels pouvait être formuléeainsi : la névralgie du trijumeau et ses accès apparaissent régulièrementlorsquune crise de fureur dans lincon­scient se trouve liée à un sentimentdhumiliation [23]. Ce résultatobtenu il était possible de comprendre lattitude anormale de malades atteintsde névralgie du trijumeau et de reconnaître dans ses manifestations morbidesdes équivalents de processus affectifs. Cette opinion est corroborée par uneconstatation obtenue assez rapidement : Le malade sattend à unehumiliation, tendant le dos, pour ainsi dire, dans son attente, ce conceptdhumiliation sétant chez lui démesurément développé. Dune façon générale dansles névroses - plus ou moins suivant les cas - le malade recherche réellementde telles dépréciations et les ordonne afin den retirer la conclusion quisimpose, à savoir la nécessité de se protéger lui-même, la conviction quilnest pas apprécié à sa juste valeur, quil a toujours été poursuivi par lamalchance, etc. Une telle attitude caractérise la névrose en général et passeulement la névralgie du trijumeau. Une fois analysé et rapporté à un étatpathologique de lenfance, le comporte­ment psychique de lenfant prédisposé àla névrose est toujours clairement visible. Cest un sentiment dinférioritécompensé par une attitude ambitieuse et dominatrice de protestation masculine.Pour en revenir à notre cas, lanalyse révéla les éléments suivants :  1º Une cryptorchidie. - Il en fit lui-même la découverte,suivie dun senti­ment dinfériorité et dincertitude pour savoir si, aveccette imperfection, il pourrait devenir un homme achevé. À cela sajoutent dessouvenirs remontant à lâge de six ou huit ans, concernant des entreprisessexuelles sur des filles avec lintention dobtenir quelques éclaircissementssur les différences sexuelles ; des souvenirs à forte charge affective dejeux denfants dans lesquels il avait été le héros, ou tout au moins un généralou le père de famille, ce qui a pour nous la même signification. 2º Une préférence, apparente ou réelle, témoignée à un frère, decinq ans son cadet, à qui on permettait de dormir dans la chambre à coucher desparents. Sy ajoutent les souvenirs de ses tentatives pour être admis dans lachambre à coucher de ses parents. Il disposait de nombreux moyens danslenfance, pour y parvenir : dabord la peur, peur de se trouver seul(terreur nocturne), quà plusieurs occasions il réussit à exprimer si bien quesa mère le prit dans son lit. Puis vinrent des hallucinations auditives,capables aussi dévoquer la peur (peur utilisée comme moyen de sécurité), desbruits, attribués à des cambrioleurs, venant toujours de la direction de lachambre de ses parents, de sorte quil y allait vérifier. Cest alors quil semet à jouer au père, jeu dont lintroduction constituait une protestationmasculine manifeste contre lincertitude de son rôle sexuel [24]. Ce comportement infantile, qui repré­sente le type le plus fréquentdévasion dun état pathologique de lenfance, a maintenant une significationnettement définie : - « je me sens incertain, je suis malchanceux, onna pas assez destime pour moi (voir la préférence témoignée à mon frère); jedois être aidé, je veux être le père, je veux être un homme. » Encontraste avec cette évolution, fausse comme nous le voyons, nous pouvonsimaginer ce qui suit : « je ne veux pas devenir unefemme ! » La pensée « je veux devenir un homme », nestrendue soutenable et ne devient supportable que jointe à la pensée faisantcontraste : « je pourrais aussi devenir une femme » ou «je neveux pas devenir une femme » [25]. Un troisième moyen de circonvenir la préférence témoignée au frère,de jouer le rôle du père, afin de devenir son égal et dapprendre à remplir sonrôle sexuel de façon adéquate, se présentait dans la maladie, en particulier lamaladie douloureuse. Lanalyse mit en lumière, comme cest très fréquemment lecas, des souvenirs de douleurs réelles, exagérées ou simulées. Il est intéressant,à cette occasion, de connaître leur nature. Ce sont presque toujours des mauxde dents. Cest alors, pour la première fois au cours de cette analyse, quenous acquérons limpression dêtre arrivé à une meilleure compréhension duchoix de notre malade fixé sur la névralgie du trijumeau. Le malade était ungarçon fort et bien portant, qui navait probablement pas connu dautresdouleurs que des maux de dents. Nous sommes ainsi amenés a supposer quà uncertain moment de sa vie, il dut y avoir une phase, durant laquelle il mit en équationles termes suivants : - douleur - sentiment dinfériorité - attention delentourage augmentée. Nous avons ainsi mis à nu les ressorts dynamiques de son étatpatholo­gique de lenfance. Le fait davoir pu être contraint de jouer un rôleinférieur, pénible et féminin, la conduit dune façon dialectique aux exagérationsde sa protestation masculine. Il faut regarder comme telles le défi et lentêtement,traits dun caractère dont sa mère se souvient encore en frissonnant. Parmi lesnombreuses activités qui permettent à lenfant de faire montre de son défi,jai déjà mentionné celles qui consistent à manger, à se laver, à se brosserles dents et à aller dormir. Il est par conséquent extrêmement significatif que tous les maladesrecon­nus par moi comme souffrant de névralgies du trijumeau - et cecisaccorde avec la description dautres observations - ont eu la plupart deleurs accès au moment où ils mangeaient, se lavaient, se brossaient les dentsou allaient au lit. Les accès se produisent aussi lors dun contact avecquelque chose de froid. Mon malade, peu après les premières manifestations dela maladie, sétait retiré à la campagne ou vivait sa mère, satisfaisant ainsiun vif désir remontant à lenfance. La mère, portant à lexcès sa sollicitudeet son amour pour son fils malade, surveillait son régime avec soin etlapprovisionnait toujours deau chaude pour sa toilette. Quand il fut obligépendant son traitement de manger à Vienne il eut de violentes douleurs ;quand il mangeait à la maison il ne sen produisait aucune. Quand il eut faitassez de progrès dans son traitement pour se rendre à son bureau, il luifallut  vivre à Vienne. Le premier jour même où il dut se laver à leaufroide dans sa nouvelle résidence, il fut saisi dun nouvel accès. Le déclenchement dun autre groupe daccès était lié à son besoin devalo­risation dans la société. De ce fait il pouvait être pris daccès enrelation avec des humiliations réelles, supposées aussi bien que redoutées. Ilvoulait jouer à tout moment le rôle le plus important, était hors de lui sioccasionnellement il nétait pas inclus dans la conversation, ou sil nepouvait écouter la conver­sation des autres. Le schéma de létat pathologiqueinfantile est facile à recon­naître : - le père, la mère et le jeune frère,avec lui-même comme personnage inférieur. Les symptômes tels que la peur de lasociété, lagora­phobie, décelés chez dautres névrosés, dont les stratagèmesde sécurité pour se prémunir contre une défaite prennent la forme de peur, ou, àloccasion, de vomisse­ments, de migraine, etc., et où la crainte dunehumiliation guide le malade, se manifestent dans notre cas par un accès. Jeconnais dautres exemples de névralgies du trijumeau où le malade refuse touteparticipation à la vie sociale, en donnant ses souffrances comme excuse sansavouer ses réelles difficultés en société. Dans dautres exemples encore,certains symptômes tels que : migraine, nausées, douleurs disséminées etapparemment rhumatismales [26], rétention durine, rougeur et bouffées de chaleur de la face [27], précédèrent une névralgie du trijumeau. Des considérations dordre sexuel jouèrent un rôle important danscette situation triangulaire (parents, frère, malade), déclenchante des crises.La vie sexuelle était à la fois normale et satisfaisante. Il existait cependantun trait remarquable, typique pour un large groupe de névrosés, à savoir que lamourchez lui ne devenait intense que lorsque apparaissait un rival, cest-à-direlorsque à cet amour venait se rattacher ce trait de caractère masculin questle rapt et la lutte. Ce trait parut au cours de sa vie érotique tout entière,remettant à vif la situation pathologique, triangulaire, de son enfance,montrant ainsi à quel point sa vie érotique avait été empoisonnée par cettepolitique dune recherche de prestige. Alors quil vivait dans le midi, ilrencontra une jeune fille quil commença à courtiser jusquau jour où il découvritque sa dot était très maigre. Cette constatation suffit pour le faire se désister ;mais son amour senflamma de nouveau quand apparut un autre soupirant. Parallèlementà ce redoublement damour, et se réglant sur lui, sinstallait un redoublementde lacuité des douleurs ; par exemple quand il les vit seuls tous lesdeux, la fille souriant au rival. Durant son traitement il put attribuerquelques-unes de ses crises à cette affaire ; il fut pris de douleursquand la jeune fille lui raconta par lettre quelle sétait bien amusée encompagnie de lautre soupirant. Plusieurs accès coïncidèrent avec une périodedurant laquelle les lettres firent défaut et où il commença à se demanderpourquoi la jeune fille était restée si longtemps sans lui écrire ; et desupposer quelle devait avoir beaucoup de plaisir avec dautres, etc. Des rêveséveillés et des fantasmes se manifestèrent. Il aurait voulu laisser la jeunefille se marier et par suite linciter à ladultère. Ce trait de caractère agagné en intensité, peu avant sa maladie, par suite dune circons­tanceinsolite. Pendant quil était parti pour un court voyage, un de ses collèguesavait séduit sa maîtresse. Il projeta toutes sortes de vengeances, meurtre ethomicide. À cette période particulièrement chargée démotion un autre événementde sa vie se produisit. Il eut des raisons de croire que la femme dun de sessupérieurs lui faisait des avances. Apparemment le mari le remarqua aussi etcommença à lui chercher des ennuis à son bureau. Afin de ne pas compromettre sacarrière il se soumit, bien quavec de continuelles révoltes secrètes. La nuitprécédant le retour de vacances de son supérieur, il eut son premier accès de névralgiedu trijumeau, accès dune telle intensité quil sagita, poussa des hurlementset ne put être calmé que par une piqûre de morphine. Il nalla pas au bureau lejour suivant et prit un congé de maladie pour tenter un traitement. A tous lesmédecins, y compris moi-même, il réitéra son désir de retourner au bureauaussitôt que possible, et on lui promit de faire tout pour faciliter ce retour.Lalcoolisation du nerf par injection devait le rétablir immédiatement. Nous enavons vu leffet. Mais maintenant nous savons pourquoi ce traitement a tantintensifié la douleur. Il sefforçait en réalité, dans un désir inconscient, demaintenir son incapacité de travail et de ne pas retourner au bureau. Il eutune seule idée, quil ne pouvait chasser, lidée de sortir de cette situationen homme, en vainqueur ; exprimé dans les termes de létat pathologiqueinfantile : « Je veux retourner auprès de ma mère. » Une foischez elle, son état saméliora légèrement, mais il ne manqua pas auparavant defaire la démonstration - par une succession daccès rappro­chés, en particulierpendant les repas - de la nature extrêmement grave de sa maladie, et de lapossibilité pour lui, de mourir dinanition, rendant ainsi sa mère affoléeencore plus attentive à ses désirs. Lanalyse dun de ses rêves au cours du traitement, fait ressortir lesconditions saillantes de son attitude inconsciemment fausse de sa névrose.Voici son rêve : « Je me trouvais nu dans la chambre de ma bien-aimée. Elle memordit la cuisse. Je mécriai et me réveillai avec un violent accès de névralgie. » Les événements responsables de ce rêve se produisirent le soir précédentet de la façon suivante : - le malade avait reçu une carte postale de Grazet parmi les signatures il y avait le nom de son frère et le nom de la jeunefille du rêve. Pendant le dîner, les plats en semblaient sans goût et il eut unléger accès. Pour expliquer le rêve, il ajouta que la jeune fille avait étépendant un temps sa maîtresse, mais quil sétait très vite fatigué delle etlavait abandonnée. Peu de temps avant son rêve, son frère avait fait laconnaissance de la jeune fille. Il avait averti son frère de cette ancienneliaison, mais, comme la carte le prouvait, sans aucun effet. Cela le mit horsde lui, dautant plus quil possédait en général une grande influence sur sonfrère et avait pour ainsi dire pris la place de son père, depuis que ce dernierétait décédé. « Nu ». Il naimait pas se déshabiller devant des jeunesfilles, attitude clairement en rapport avec sa cryptorchidie. « Elle me mordit la cuisse » [28]. Il expliqua que la fille avait toutes sortes de tendancesperverses et lavait réellement mordu une fois. À la question suggestive silavait jamais entendu parler de quelquun ayant été mordu à la cuisse, il réponditpar une référence à la fable de la cigogne. « Je mécriai ». Cest ce qui lui arrivait en cas deviolents accès. Sa mère alors ne manquait pas de sortir de la chambre voisinepour venir le calmer, et, au besoin, lui faire une piqûre de morphine. Linterprétation du rêve est évidente et se passe de discussion plusdétail­lée. Le malade répondit à un sentiment dhumiliation par un enchaînementde pensées conduisant à un accès, mais permettant cependant datteindre le butsymbolique, celui de dominer auprès de sa mère, en fuyant toutes les autresfemmes. Il sest ainsi transformé lui-même en homme dominateur. Son stigmate émasculant - la cryptorchidie - pourrait alors disparaître et il pourrait sexhiber nu. Ilétait maintenant un homme, ne devait se courber devant personne, était libéréde tout service, même sil payait cette position au prix de la douleur. Ilsauvegarde ce sentiment de supériorité masculine - comme dans son étatpathologique infantile - grâce aux accès douloureux et à lisolement [29]. Le passage, dans le rêve, dun sentiment de soumission féminine àcelui de protestation masculine napparaît pas toujours aussi clairement. Onpeut être induit en erreur par des aspects particuliers, simulant des tendanceshomo­sexuelles primitives. Le rôle masculin du malade névrosé (quel que soit son sexe), dans lavie et dans le rêve, sexplique par la protestation virile. Si un rival de mêmesexe apparaît, la -victoire est souvent symbolisée par lacte sexuel, danslequel le névrosé, soit en rêve, soit en imagination, joue une sorte de rôlemasculin. Le problème de lhomosexuel actif doit, daprès mon expérience, êtreinterprété de la même façon. Dans ce cas, linstinct sexuel est misdirectement, et non pas de façon purement symbolique, au service du désir depuissance, de la protestation masculine. Car lhomosexuel passe dune phasedincertitude quant à son rôle sexuel à une phase dinversion sexuelle.Lhomosexuel passif règle sa transposition féminine de façon à saffirmer complètementet définiti­vement par la suite, de façon à être reconnu à sa valeur par des scènesde jalousie, de conquête ou de chantage [30]. Il effectue avant tout cette transpo­sition, afin de dissimuler sadéfaillance masculine alléguée et ne pas dévoiler ses faiblesses concernantlamour normal [31]. Leproblème fondamental, le point de départ de lhermaphrodisme psychique avec saprotestation masculine consécutive, est, pour ces raisons, rendu moins apparentaussi bien dans la névrose que dans le rêve, de sorte que nous sommes généralementobligés de chercher et dutiliser des fragments de ce mécanisme psychique, pourles compléter par la suite. Le traitement de notre malade se déroula de façon favorable. Lestraite­ments précédents navaient eu aucun succès. Cependant, beaucoup de tempsavait été perdu et la carrière du malade en avait souffert de plus en plus.Heureusement, des perspectives favorables se présentèrent du fait de sontransfert dans un autre bureau où le sentiment dêtre soumis à la tyrannie dunsupérieur détesté devait nécessairement se trouver amoindri. Le traitementaboutit à un succès provisoire qui se maintient depuis plusieurs mois. Lemalade travaille maintenant dans un autre bureau et vit séparé de sa mère. Sesamis et connaissances expriment fréquemment leur étonnement de le trouvertransformé dhomme violent, irritable et emporté, en un homme calme etaccommodant, et de ce quil ne ressent plus aucune sorte de contrainte enrapport avec son travail dans un bureau. Pour nous ce changement a une signi­ficationparticulière : cest que son attitude erronée antérieure a été corrigée,correction qui devrait non seulement empêcher le retour de nouveaux accès, maisaussi lapparition dautres formes de névrose. Les deux autres cas concernent des malades ayant passé lâgecritique. Arrivées dans une situation considérée par elles commeamoindrissante, elles présentèrent des symptômes accusés de la maladie. Ellesavaient dailleurs une prédisposition à la névrose depuis lenfance. Comme dansnotre premier cas, lanalyse montre, dans les deux cas une inférioritédorgane, un sentiment dinfériorité et la protestation masculine. Leur vieentière sétait passé sous la domination de cette pensée : - Je veux êtreun homme. Il fut aisé de rattacher leur attitude à un sentiment dincertitudequant à leur rôle sexuel ressenti pendant lenfance. Dans lensemble lesintrications étaient plus compliquées, et les causes déclenchantes des accèsplus fréquentes que dans le cas de lhomme, parce quici nous avions affaire àdes femmes dun âge plus avancé. Lespérance de réaliser si peu que ce soitleurs protestations masculines était excessivement réduite, dautre partlaccommodement à leur sort, difficile. Cependant, en dépit de tous lesobstacles, le traitement apporta une diminution notable du nombre des accès etde leur intensité, procura aux malades une plus grande joie de vivre, et jespèreen définitive obtenir un succès, même dans ces deux cas. Tels sont les faits que je peux avancer, pour le moment, à lappuide ma prise de position au sujet de lorigine psychogène de la névralgie dutrijumeau ; je suggère dexaminer chaque cas du point de vue de létudecaractérielle. Je ne veux pas nier que dans certains cas létiologie soit àrecher­cher dans des lésions pathologiques, anatomiques. Lévolution dun telcas cependant est différente de celle des exemples que nous venons de citer etil est impossible de rattacher ses accès à un événement psychique. Labsencedes traits de caractère que nous venons de mentionner devrait rapidement nousamener sur la bonne voie et même dans ces cas - comme pour lépilepsieessentielle - le déclenchement de laccès peut être dû à des causes psychiques. Jécarte avec le même argument une autre théorie, pouvant êtreconsidérée comme la rivale de la théorie psychogène de la névrose ; la théoriede lorigine toxique des névroses : la possibilité dexpliquer les symptômespar des états psychiques la réfute entièrement. Quelles que soient les toxinesinvoquées dans les névroses et les psychoses, elles ne deviennent efficaces quepar lintermédiaire dune intensification du sentiment dinfériorité remontant àlenfance, et par lexcitation affective, subséquente de la protestation mascu­line.En dautres termes, les toxines ne peuvent produire une névrose que chez lesindividus prédisposés, en éveillant le sentiment dhumiliation, de la même façonquagit un accident quand il devient la cause dune névrose traumatique. Une prédisposition organique peut être admise dans le sens dunesympa­thicotonie, avec hyperexcitabilité de linnervation vasculaire sousleffet débranlements psychiques. Dans ces conditions la douleur peut êtreproduite par un mécanisme analogue à celui de la migraine, de la céphalée, dela rougeur de la face, de la perte de connaissance hystérique ou épileptique, àla suite de manifestations pathologiques, déclenchées par des modificationsbrusques du calibre des vaisseaux. Un autre rôle est joué par lidentificationdu sujet avec laccès protecteur. Le point de départ reste le trouble névrotiquede léquilibre psychique. Il est hors de doute que des ébranlements affectifsprovoquent la participation du système végétatif sympathique et parasym­pathique,ou encore, y joue un certain rôle létat dinfériorité dun organe, dans satotalité ou partiellement. Dans pareils cas, ou en cas de participation évidentedes glandes endocrines du processus affectif, il importe toujours dabaisserlirritabilité affective. Seul un changement du style de vie, une amplificationde la faculté de coopération sociale, permettront dy parvenir.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre VIII Le problème de la distance                Retour à la table des matières Lattitude du névrosé, laissant sans solution ses problèmesprofessionnels, érotiques et sociaux, auxquels il répond par ses symptômes etses argumen­tations na pas encore trouvé suffisamment dattention. Il est vraique ce problème napparaît clairement que si lon adopte, dans le sens de lapsycho­logie individuelle comparée, le point de vue daprès lequel aucuncontre-argument nest acceptable face à la question de lamour, du travail, dela société. Nous nous proposons constamment dembellir et de faciliter la viede nos semblables. Nous entendons, par contre, souvent, les demandes en faveurdune dispense concernant ces questions, demandes accompagnées de motivations.Mais le jugement général se moque de ces motivations. Il faut rechercher limportance pratique de la psychologieindividuelle comparée dans le degré de certitude avec lequel le plan de vie etles lignes de vie dun individu peuvent être déterminés, à partir de sonattitude dans la vie, envers la société, envers les problèmes habituels et nécessairesde la vie commune, à partir de sa politique de prestige et de son sentimentsocial. En supposant lacceptation de la plupart de mes conclusions, jattiretout de suite lattention sur le facteur fondamental, et en même temps déterminant,de la vie psychique : « le sentiment dinfériorité », aussi bienchez les personnes saines que chez les névrosés. Il faut ajouter à ce sentiment« le désir de fixer un but haussant la conscience de la valeurpersonnelle », fonction « compensatrice » de même que le « plande vie » permettant à lindividu datteindre son but, en utilisant différentes« agressions » « exclusions » et « déviations »,suivant la ligne dune « protestation virile » ou dune « hésitation »par crainte de prendre une décision. Je vais de plus mentionner un principe dela vie psychique du névrosé et du psychotique : sa fixation sur unefiction directrice, en contraste avec la vie psychique de lhomme sain quiconsidère son « principe directeur » comme ne lui donnant quuneorientation approximative et ne devant lui servir que de moyen réaliste, et passubjectif. Je considère comme accepté le fait que, dans lensemble, les névroseset les psychoses doivent être interprétées comme un « mécanisme desauvegarde » de la valeur personnelle. La façon dont les efforts continuels de lhumanité vers « lehaut » ont conditionné un progrès culturel, achevant en même temps une méthodeet une technique de vie dans laquelle toutes les possibilités et les réalitésorganiques trouvent leur utilisation, même si parfois elles sont utiliséesimproprement, doit à présent être suffisamment claire pour faire com. prendrelimportance du but final, dans la vie psychique, à lencontre de touteexplication causale. À cette occasion nous avons pu nous convaincre que les thèses de laprétendue psychologie sexuelle nétaient pas soutenables en face de nosconceptions, le comportement sexuel du névrosé devant être compris comme une « analogie »de son plan de vie. Cette conception est adoptée tacitement par de nombreuxauteurs. Dans nos recherches nous avons trouvé que la tendance à rechercher « leplaisir » était un facteur variable, nullement déterminant, et quilsadaptait entièrement à lorientation du plan de vie. Nous avons montré queles traits de caractère, les états affectifs, contrairement à ce que lon croithabituellement, étaient des préparatifs éprouvés et en conséquence fermement établispour la recherche du but fictif de supériorité. Dès que lon découvre ce fait,la théorie des « composantes sexuelles héréditaires, des perversions etdes tendances criminelles », devient insoutenable. Nous sommes donc endroit de dire que le sujet général de la psycho-névrose comprendra létude detous les individus qui depuis lenfance, - soit à cause dune inférioritéorganique, dun système déducation erroné ou de mauvaises traditionsfamiliales -, ont eu un sentiment de faiblesse, une perspective pessimiste ettous ces artifices similaires, pré­jugés, dissimulations et états dexaltationqui se développent en liaison avec la construction dun sentiment imaginaire etsubjectif de prédominance person­nelle. Chaque trait, chaque expression duvisage est lié de façon si définie au but de paix et de triomphe promis quenous pouvons dire à juste titre : toutes les manifestations névrotiquesmontrent comme prémices, dune part une ambition personnelle démesurée, dautrepart une conviction de la force déficiente de la personnalité. Ce nest quedans cette optique quelles devien­nent compréhensibles. La névrose se définitalors au mieux par lantithèse : Oui - Mais. Ainsi que notre école la démontré, les mêmes efforts psychiques déme­surésse retrouvent dans les rêves et hallucinations des malades. La force directricea toujours ce caractère prévoyant dune recherche, dun tâtonnement, tendancedun « semblant » vers lexpansion, dun désir de pouvoir sur lesautres, de la recherche dune issue, dune sécurité contre le danger. Nousdevons nous souvenir que le second but est plus fréquent, que les consé­quencesde laction effective ne découlent pas de la prise de décision et que souventles effets sociaux conséquents à la légitimation de maladie, réelle ou imaginaire,suffisent à satisfaire le besoin urgent de reconnaissance. Cepen­dant, le degréou toute expérience est pour le névrosé seulement la matière et le moyendobtenir, grâce à lutilisation de sa perspective de vie, des incitationsnouvelles à la faveur de ses penchants névrotiques, est vérifié par lemploiquil fait en même temps dattitudes apparemment contradictoires : doublevie, dissociation, polarité, ambivalence. À cela nous devons ajouter lafalsification des faits du monde extérieur qui peut aller jusquà lexclusiontotale, la construction volontaire et intentionnelle dune vie émotionnelle etde sensations, doublées de leurs réactions, dirigées vers lextérieur, enfinlinterjeu volontaire de la mémoire et de lamnésie, des troubles conscients etinconscients, de la connaissance et de la superstition. Lorsque ce point est atteint et quon arrive à la conviction quechaque expression psychique du névrosé contient deux présuppositions (lesentiment de ne pas être à la hauteur, dinfériorité dune part, et dautrepart le désir impératif, violent et fascinant de la recherche duneressemblance à Dieu), alors les « significations multiples » du symptôme,déjà soulignées par Kraft-Ebing, ne nous trompent plus. Dans le développementdes idées sur la psycho­logie de la névrose ces significations multiples représentaientun obstacle considérable. Cette conception favorisait les systèmes fantaisisteset les restrictions mesquines autorisés à prévaloir en neurologie, la premièremétho­de conduisant à des contradictions insolubles et la seconde à une stérilitéde résultats. Lécole de psychologie individuelle comparée se propose enprincipe de rechercher le « schéma » dune maladie psychique et son rôleest de suivre le chemin qui a été pris par le malade. Notre travail a démontréla grande importance qui doit être dévolue au matériel individuel et encoredavantage à lévaluation quen fait le malade. Pour cette raison une compréhensionconve­nable de lindividu et une conception individualiste du cas, noussemblaient être un préliminaire indispensable. Lachèvement du plan de vie,dautre part, linsistance opiniâtre en faveur dune supériorité complète,mettent en lumière sa contradiction avec les demandes de la réalité, cest-à-direavec la société, le privent dun comportement naturel dans ses actions et sesexpériences et lobligent à sopposer aux décisions normales, inhérentes à lavie sociale, par la révolte de sa maladie. Un élément de la psychologie socialeentre ainsi indubitablement dans létiologie de la névrose. Le plan de vie du névroséest toujours fondé sur une interprétation individuelle de la société, de lafamille, des relations des sexes et découvre dans sa perspective la suppositiondiscutable de sa propre inadaptation à la vie et de lattitude, hostile de sesvoisins. Le retour de caractéristiques humaines générales, bien que sansajustement intérieur et amplifiées, nous conduit à nouveau à penser que la névroseet la psychose ne sont pas très éloignées de lessence même de la vie psychique,et quelles nen sont que des variantes. Celui qui conteste cette affirmationdoit être prêt à refuser, à présent et à jamais, la possibilité de comprendretout phénomène de la vie psychique, étant donné que seuls les moyens de la viepsychique normale restent à notre disposition pour nous aider dans nosrecherches. En nous attachant au concept dune ligne névrotique déterminante,prenant naissance dans un sentiment dinfériorité dont le but est « unmouvement vers le haut », nous obtenons le tableau dun « çà et là »,dun « moitié-moitié », une sorte dêtre hybride névrotique à doubleface affective, attitude dexalta­tion impuissante, au cours duquelapparaissent tantôt les traits de limpuis­sance, tantôt ceux de lexaltation [32]. Comme dans le cas du doute névrotique, de la névroseobsessionnelle ou de la phobie, leffet dernier est soit une négation, soitpresque une négation. Au mieux il représente les préparatifs en vue dunesituation apparemment difficile et une légitimation de maladie, un arrangementauquel, dans des circonstances plus favorables, les actes du malade semblent liés.Nous verrous ultérieurement les raisons de cette attitude. Cette circonstance particulière, que lon retrouve dans toutes les névroseset toutes les psychoses, dans la mélancolie, la paranoïa et la démence précoce,a été décrite par moi sous le terme d « attitude hésitante ».Des circonstances propices me permettent dapprofondir ce concept. Si nous suivons la ligne de vie du malade dans la direction que nousavons indiquée, et si nous essayons de comprendre comment, à sa manière person­nelle(cela veut dire simplement au moyen de lusage de ses expériences individuelleset de sa perspective personnelle), il intensifie son sentiment dinfériorité,se libérant ainsi de toute responsabilité en attribuant son infériorité à lhérédité,à la faute de ses parents ou à dautres facteurs, si enfin nous reconnaissonsde par son comportement et ses manœuvres sa recherche dune perfection supérieure,nous serons étonnés de noter, à un moment donné de son agressivité, que soncomportement sécarte de la direction attendue. Pour permettre au lecteur demieux comprendre cette idée je vais tenter de diviser cette question en quatrechapitres, chacun remarquable par le fait que le malade tente toujoursdinterposer « une distance » entre lui-même et lacte prévu ou la décisionà prendre. Dune façon générale toute laffaire apparaît comme une sorte detrac qui se dévoile sous forme de symptôme ou de maladie nerveuse. Parallèlementà cette « distance » intentionnelle, qui sexprime souvent sousquelque signe corporel, le malade donne forme, à des degrés variés dintensité,à sa sépara­tion du monde et de la réalité. Tous les neurologues seront à mêmedincor­porer cette constatation à leurs propres expériences, surtout sils onttenu compte des diverses gradations et nuances.  I. - Mouvement régressif. Suicide, tentative de suicide, cas gravesdagora­phobie avec grande « distance », évanouissement, attaquespsycho-épilepti­ques, éreutophobie et cas graves de névrose obsessionnelle,asthme nerveux, migraine et douleurs hystériques graves, paralysie hystérique,aboulie, mutisme, graves crises danxiété de toutes sortes, refus daliments etanorexie mentale, amnésie, hallucination, psychose, alcoolisme, morphinisme,etc. vagabondage et tendances au crime, cauchemars, rêves de terreur et dechute, de même que de crimes, sont fréquents et indiquent les mesures de précautionexagérées qui sont à lœuvre - la crainte de ce qui pourrait arriver !Lidée de la contrainte extérieure est poussée à lextrême et toutes lesexigences de la communauté et de lhumanité sont repoussées avec une susceptibilitéexagé­rée. Dans les cas graves, que nous devons inclure ici, toute activitéutile est de ce fait supprimée. La légitimation de maladie a naturellement soncôté positif en imposant aux autres la volonté de puissance de lindividu et entriomphant dans un sens négatif des demandes normales de la communauté. Celaest également vrai pour les trois autres catégories. II. - Arrêt. Limpression que nous donne cet état est celle dequelque cercle magique entourant la personne malade, lempêchant de venir en contactavec les réalités de la vie, daborder la vérité, de se mesurer avec certainesdifficul­tés, de permettre un examen de sa propre valeur ou de prendre une décision.La cause actuelle de léclosion de la névrose est fournie par les devoirsprofessionnels, les examens, des relations sociales, amoureuses ou de mariage,dès quils prennent de limportance en tant que problèmes dun intérêt vital.Lanxiété, les pertes de mémoire, la souffrance, linsomnie entraînant uneincapacité de travail, les phénomènes obsessionnels, limpuissance, léjacula­tionprécoce, la masturbation et les perversions gênantes, la psychose hystéri­que,etc., sont des arrangements protecteurs qui empêchent le sujet davancer troploin. Il en va de même des cas moins graves de la première catégorie. Des rêvesoù le sujet se trouve inhibé, impuissant, manquant son train, les rêvesdexamens, surviennent fréquemment chez le malade et tracent de façon concrètela ligne de vie du malade, montrant comment il sarrête à un point défini et àpartir de là aménage « sa distance ». III. - Des doutes et un « va-et-vient » idéatoire oudaction assurent la distance et finissent par une référence à la maladie, audoute, parfois aux deux réunis, ou à une conviction intime, dun « troptard ». Efforts fréquents pour perdre son temps. Névroses obsessionnellesfréquentes. On constate souvent le mécanisme suivant : on crée dabord unedifficulté quon sanctifie, puis on fait des tentatives vaines pour lasurmonter. Besoin de se laver, pédanterie morbide, crainte de toucher lesobjets (parfois expression spatiale de larran­gement de la distance), arrivéeen retard, retour sur le chemin parcouru, destruction dun travail commencé (Pénélope !)ou travail inachevé, se retrou­vent très fréquemment. Bien souvent on constateque le malade remet le travail au lendemain, ou encore quil renonce à toute décisionsous la contrainte « irrésistible » de sadonner à des activitésfutiles, des réjouissances, jusquà ce quil soit trop tard. Parfois, immédiatementavant la décision, apparaît un obstacle invoque (par exemple le trac). Cetteconduite représente une parenté très nette avec la catégorie antérieure, àcette différence presque, dans les cas que nous venons de citer, le malade empêchetoute décision. Ces malades présentent le type de rêve suivant : un « va-et-vient »ou une arrivée en retard, traduisent les tâtonnements du plan de vie. La supérioritéet la sécurité du malade résultent de sa fiction, qui bien souvent est expriméeverbalement, ou encore reste non formulée, mais qui nest jamais comprise. Lesujet « le dit, mais ne le comprend pas ». Cette fiction sexprimepar une phrase dont le début est « si ». « Si je navais pas...(ce mal), je serais le premier. » On peut comprendre quil ne peut pasabandonner ce mensonge vital tant quil maintient son style de vie. Cettephrase conditionnelle contient en règle générale une condition irréalisable ouun arrangement, que seul le malade est capable de modifier. IV. - Construction dobstacles que le malade surmonte, nousindiquant la distance qui le sépare de la situation du problème. Ce sont descas plus faciles, comme on les rencontre souvent dans la vie, parfois chez dessujets brillants. Ces cas se développent tantôt spontanément, ou se présententcomme sé­quelles de cas plus graves, à la suite dun traitement. Bien souventla croyance quil sagit dun « reste » de maladie, persiste chez lemédecin et le malade. Or ce « reste » nest rien dautre quelancienne « distance ». À cette différence près que le maladelutilise actuellement avec un sens social plus développé. Si autrefois il seservait de cette distance pour ne pas résoudre les problèmes, il sen sertactuellement, pour les surmonter. Le « sens », le but de cetteattitude sont faciles à comprendre. Le malade, face à son propre jugement, faceaussi à lestimation des autres concernant son prestige et le jugement surlui-même, se trouve couvert. Si la décision se prononce contre lui il peut se référerà ses difficultés et à la légitimation de sa maladie quil a construite. Silest victo­rieux, la valeur de sa personnalité double, car que naurait-il puatteindre en bon état de santé, si comme malade - en quelque sorte dune seulemain -il arrive à pareils résultats. Les arrangements de cette catégorie sont : des états dangoisseet obses­sionnels légers, les phobies, fatigues (neurasthénie), insomnie,constipation et troubles gastro-intestinaux, tous troubles qui font perdre dutemps, exigeant un régime pédant et fastidieux, des pédanteries obsessionnelles,des maux de tête, des défaillances de la mémoire, irritabilité, modificationsde la voix, exigences pédantes, envie dune soumission de lentourage etprovocations permanentes de situations conflictuelles, masturbation etpollutions avec leurs consé­quences superstitieuses, etc. Le malade se voit constamment obligé de se soumettre à des épreuvespour se convaincre quil est capable, mais arrive consciemment ou incon­sciemmentau résultat de déficiences morbides. Bien souvent ce résultat se trouve nonformulé, mais facile à comprendre, dans ses arrangements névro­tiques, protégéspar le style de vie du malade. Une fois la distance établie, le sujet peut sepermettre de se référer à une «volonté étrangère » et de lutter contre sapropre attitude. Sa ligne dynamique se compose alors dun arrange­mentinconscient de la distance et dune lutte plus ou moins stérile contre cetarrangement. Il ne faut pas oublier que la lutte du malade contre son symptôme,que ses plaintes, son désespoir et ses sentiments de culpabilité éventuels -dans le stade de la névrose caractérisée - sont avant tout appelés à soulignerlimportance du symptôme aux yeux du malade et de son entourage. Rappelons que pour pareille méthode névrosée de la vie, touteresponsa­bilité concernant le succès de la personnalité, semble abolie. Jetraiterai ailleurs de limportance de ces facteurs en cas de psychose. La viedu névrosé, étant donné son sentiment social étouffé, se déroule avant toutdans le cadre de sa famille. Si on trouve le malade dans le grand cercle de lasociété, il montre toujours un mouvement rétrograde se dirigeant vers le cerclede famille. Les analogies très nettes de ce trait morbide avec la conduite desujets sains, ne contredisent pas les conceptions de notre école de psychologieindividuelle comparée. Chez chacun de ces types, son comportement psychi­quedoit être compris en fin de compte comme réponse précise aux questions de lavie sociale. Nous retrouvons alors régulièrement comme prémice et comme mesurede sécurité : un style de vie, une unité, utilisant une auto estimationtendancieuse avec un but de la supériorité et des artifices spécifiques - làencore dans un rapport unifiant - ayant pris naissance dans une perspectiveinfantile. La ressemblance de nos types avec les figures de la mythologie et dela poésie est également convaincante. Cela ne doit pas nous étonner. Elles sontles créatures de la vie psychique humaine, elles sont engendrées par les mêmesmoyens et les mêmes formes spirituelles. Elle se sont influencées mutuellement.Dans la ligne dynamique de toutes ces figures artistiques se retrouve lindicede la « distance », au mieux dans le personnage du héros tragique,traduisant « lattitude hésitante ». Cette « technique »est certainement empruntée à la vie et lidée dune « culpabilitétragique » indique dans une intuition clairvoyante, à la fois lactivitéet la passivité, « larrange­ment » et le triomphe grâce au style devie. Le personnage du héros ne nous montre pas seulement une destinée, maisaussi une existence organisée, dont la responsabilité nest éteinte quenapparence, alors quelle existe en réalité, étant donné quil na pas suentendre la question pressante dune intégration dans les exigences sociales,afin de pouvoir, en tant que héros, dépasser les autres [33]. Tous ceux qui cherchent des voies nouvelles, ignorées par la société,sont menacés de perdre le contact avec la réalité. Le jeu de lambition et delinsé­curité, commun à tous ces types, sextériorise dans leur vie et lesmaintient dans leur distance individuelle, face à la décision finale.            Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre IX Attitude masculinechez les névrosées      « La recherchede la domination prend ses origines dans la peur dêtre dominé par les autreset elle est préoccupée de sassurer à temps lavantage de la force sureux. »« Si le luxeraffiné est poussé assez loin, la femme ne se montre vertueuse que par erreuret elle na aucune raison de souhaiter être un homme afin de pouvoir donner àses tendances un champ daction plus étendu et plus distingué ; aucunhomme par contre désirerait être femme. » KANT :Anthropologie.   Retour à la table des matières Les expériences de la psychologie individuelle comparée ont montréque lhomme ne supporte absolument pas le sentiment motivé ou non motivé duneinfériorité. Là où nous constatons lexistence dun sentiment dinfériorité,nous retrouvons aussi des sentiments de protestation et inversement. La volonté,dans la mesure où elle précède les actions - dans le cas contraire il ne sagitque dune volonté apparente - se dirige toujours dans le sens dun « enbas » vers un « en haut », ce qui toutefois ne peut ressortirque dune étude densem­ble des manifestations psychiques. Dans une série de travaux sur le mécanisme de la névrose, jai entreautres, décrit une constatation, pouvant être considérée comme étant un desfacteurs principaux de la pathologie des névrosés : la protestation virilecontre des sentiments et des tendances féminines, ou dapparence féminine. Lepoint de départ de la disposition névrotique est une situation infantile pathogèneoù se manifeste sous sa forme la plus simple ce jeu des forces : dunepart linsé­curité concernant le rôle sexuel futur, dautre part des tendancesrenforcées essayant de jouer avec les moyens du bord un rôle masculin,dominateur, actif, héroïque. Mise à part la certitude avec laquelle il est possible de démontrerdans les actions, désirs et rêves du névrosé ce détournement des lignes « féminines »et le renforcement des lignes « masculines », il ne doit pas nous étonnerque la phase de la prise de conscience de son propre sexe se réalise chezlenfant avec une forte charge affective. Beaucoup de malades racontent leurcurieuse incertitude, concernant ce sujet, jusque tard dans leur enfance.Dautres portent dune façon si évidente des traits de caractère duneprotestation virile exagérée, que leur adaptation dans le milieu social échoue,quil sagisse de profession, famille ou vie amoureuse et mariage. Tousaffirment sans hésitation - chez la névrosée ce témoignage nous frappe particulièrement- avoir toujours souhaité être un « vrai homme » et avoir réalisé cedésir à leur façon. Mes constatations me permettent daffirmer que ce qui,parmi ces remarques des névrosées, passe sans envergure dans la conscience,force avec la majeure partie de sa puissance, dune façon dailleursincomprise, le symp­tôme névrotique, ainsi que les actions et les rêves du névrosé.Quil me soit permis dexposer quelques fragments danalyses actuelles ou passées,qui nous permettent de saisir dans une vue densemble lattitude masculine chezles névrosées. Premier cas. Tentative de remplacer par lintelligence, la ruse etle courage le manque de virilité. Une malade âgée de 24 ans, étudiante, se plaignant de maux de tête,insomnie et crises de colère excessivement violentes, dirigées avant toutcontre sa mère, raconte les événements suivants : en rentrant un soir chezelle, elle assista à une scène dans la rue : un homme insulta une prostituéequi lavait accosté. Dautres passants, essayant de le calmer, notre maladesentit encore un besoin irrésistible de se mêler aux débats et dexpliquer aucoléreux la sottise de sa conduite. Il ressort de lanalyse quelle voulaitagir « comme un homme », passer outre son rôle féminin qui dans cecas lui aurait imposé une attitude réservée, et quelle voulait se conduirecomme « entre hommes », mais mieux informée que les passants. Le même jour elle avait loccasion dassister à un examen, en tantquaudi­trice seulement. Lexaminateur, un homme cultivé et spirituel, maisagissant dans le sens dune affirmation virile exagérée, se moqua copieusementdes candidates quil appela à plusieurs reprises des oies. Notre malade se levafurieuse, quitta la salle dexamen et médita le reste de la journée commentdonner une leçon à lexaminateur. Le matin elle sendormit et fit le rêvesuivant : « Jétais complètement enveloppée de voiles, un vieux monsieurentra, me gronda et déclara que ces voiles étaient inutiles, de toute façon onpouvait voir à travers. » Le vieux monsieur présente les traits dun professeur de pathologietrès connu et il est, comme laffirme la malade, un personnage fréquent de sesrêves. En même temps elle se rappelle souvent dautres personnages, avanttout lexaminateur sévère et spirituel. Le lien de tous ces personnages seretrouve dans leur intelligence supérieure. Lexpression « on peut voir àtravers les voiles » provient de nos conversations, pendant la cure. « Couverte de voiles »,, elle pense : par opposition àla Vénus de Milo. La veille elle en avait parlé et lavait appréciée en tantquœuvre dart. Dautres pensées se rapportent à lattitude prude de la Vénusde Médicis et au manque de membres de la Venus de Milo, ce quon pouvait prévoir. Un troisième ordre de pensées jette un doute sur les mots duvieillard. Ne pouvait-on pas, par plusieurs voiles - comme chez les danseuses -cacher quelque chose. Il est superflu dexpliquer que, dans ses rêves, la malade était préoccupéede cacher son sexe. Lattitude de la main chez la Vénus de Médicis, le manquede membres chez la Vénus de Milo, expriment dune façon suffisamment claire ledésir de ma malade : je suis une femme et je voudrais être un homme. Les deux événements de la journée, linsomnie, le désir de seconduire dans la rue comme un homme, dautre part de donner une leçon àlexaminateur ironique et de se duper soi-même en se voilant, représentent les élémentsdune chaîne dont le contenu forme la névrose de cette jeune fille. Mais dansle rêve percent des doutes sur la possibilité dune métamorphose. Si on réduitce doute à sa situation enfantine pathogène, il faut admettre quilcorrespondait dans lenfance à une insécurité primitive, insécurité concernantle rôle sexuel futur. Cest à partir de ces phases que se développe ultérieure­mentla caractérologie névrosée, composée de traits apparemment masculins et detendances protectrices, échafaudées pour se préserver contre le danger duneattitude féminine, et ses risques de soumission, comme on peut surtout le constaterchez des jeunes filles ambitieuses avec toutes leurs conséquences, parmilesquelles on note surtout la frigidité. Deuxième cas. Éducation par une mère névrosée. Crainte de lamaternité, suite dune éducation défectueuse. Une femme âgée de 38 ans, traitée pour accès dangoisse,tachycardie, algies pectorales et douleurs dans la région appendiculaire,manifestait une attitude curieuse vis-à-vis de son enfant unique, une fillettede dix ans. Elle la surveillait à chaque pas, était toujours mécontente durendement scolaire de lenfant, malgré ses progrès, une enfant légèrement arriérée,mais pleine de bonne volonté. Pas une journée ne se passait sans scènes quisouvent se terminaient par des coups, scènes survenant à la suite de quelquescontroverses futiles entre la mère et lenfant. Parfois le père était pris pourjuge. Petit à petit lenfant avait adopté une attitude inconscientedopposition et faisait des difficultés comme cest dans pareille situationtoujours le cas : au moment des repas, de lhabillement, du coucher, de latoilette et des devoirs [34]. Les premiers accès apparurent à lâge de 19 ans, peu de temps aprèsles fiançailles clandestines de notre malade, avec celui qui ultérieurementdevait devenir son mari. Les fiançailles durèrent huit ans, malgré loppositionde la famille, et elles étaient la cause dinnombrables querelles de famille.Peu de temps après le mariage les accès disparurent pour refaire leurapparition après la naissance dun enfant. À cette époque le mari avait adoptéle coïtus interruptus. Lorsquun médecin avait attiré son attention sur lanature prétendue dangereuse de cette habitude, et lui avait imputé la cause desaccès de son épouse, le mari employa dautres moyens anticonceptionnels. Le résul­tatétait étonnant, les accès disparurent pour un certain temps. Brusquement ils réapparurent,sans le moindre changement dans les habitudes sexuelles du couple. Pendanttrois ans ils résistèrent à toute thérapeutique. Mais la femme nétait pasfrigide. Sil existait une pure névrose dactualité, sous forme dune névrosedangoisse, elle se manifesterait - depuis trois ans - sous le tableau que nousvenons dexposer. Lanalyse, par contre, révèle son contenu psychique et sastructure hystérique. Les caractères de protestation virile se manifestèrentnettement par lopposition, lhypersensibilité, la recherche de la domination,lambition - alors que le sentiment dinfériorité se montrait maintenu par lafiction de tendances libidineuses, excessivement puissantes. Ces tendances « libidineuses »existaient depuis lâge de huit ans et elles trahissaient langoisse de lamalade en face de son rôle féminin, peur de tomber et de donner naissance à unenfant. Ayant fait la connaissance de son mari, et pendant la très longue périodede ses fiançailles, elle se servait de cette peur en larrangeant dune façoninconsciente (hallucinatoire) en un dispositif solide de sécurité, auquelsajoutèrent des algies pectorales et abdominales pour rendre impossible toutrapport sexuel même dénaturé. Son imagination inconsciente lui reflétait sapropre image comme celle dune fille passionnée, mais dépourvue de volonté,dune créature immorale, obéissant aveuglément à son instinct sexuel. Or ellesétait toujours défendue contre cette fiction dune féminité lubrique grâce àson angoisse et sa névrose. Là où dautres jeunes filles ont leur morale, elleavait sa peur et ses douleurs hystériques. Cette lutte contre les lignes fémininesse déroula dans son inconscient, mais dès son enfance, elle se manifesta dansla conscience sous la forme du désir conscient dêtre un homme. Toutes les fois où la situation devenait tendue - soit que malgré lecoït interrompu le danger dune grossesse lui semblait possible, soit que dufait de conditions difficiles, depuis trois ans, ce danger lui paraissaitencore plus menaçant - elle réagissait par des accès vis-à-vis de son rôle fémininet partant vis-à-vis de son mari. La nuit, ces accès le troublaient dans sonsommeil bien mérité. Ils devaient lui faire comprendre à quel point il était pénibledêtre réveillé la nuit par des cris denfants. Elle pouvait, dautre part, sesoustraire à tout moment à son mari ou lui rappeler, par ses accès de dyspnée,la perspective menaçante dune tuberculose à la suite dune grossesse. Ellepouvait éviter la société et lier son mari à la maison, à son gré, et elleobligeait son époux rigide de se soumettre bien souvent à ses volontés. Sonrefus dune deuxième grossesse sappuyait sciemment sur la peur de donnernaissance à un enfant débile. Je voudrais souligner, en tant que résultat important de cetteanalyse, comment sa méthode éducative sévère, pleine de critiques et de réprimandesvis-à-vis de lenfant, servait sa tendance inconsciente. Par sa précipitation,sa continuelle inquiétude et son incessante agitation elle voulait démontrerque déjà cet enfant unique lui causait trop de travail. Son entourage avaitbien raison de lui dire « heureusement que tu nas quun seul enfant ».Elle poursuivait lenfant à chaque pas, la reprenait constamment, faisait trèssouvent des crises de colère, lempêchait soigneusement de se joindre àdautres enfants sous la motivation rationnelle, basé sur une infrastructureinconsciente : lenfant ne devait pas suivre le même développement que samère et ne pas déployer précocement son instinct sexuel. Dautres mères agissent souvent autrement, à partir dune attitudesem­blable, provenant de tendances identiques : elles narrivent pas à se séparerde lenfant, ni le jour ni la nuit. Elles le gâtent constamment, sen occupentsans cesse et troublent même son sommeil par des mesures superflues. Ellessurveillent soigneusement labsorption de sa nourriture, ses fonctions dexcré­tion,elles mesurent, pèsent et prennent la température. Si lenfant tombe maladelaction nuisible de la mère redouble : « ce que la raison commandedevient insensé, le bienfait un fléau. » Jusquau jour où lenfantcommence à sentir sa force et il impose ses rênes à la mère. Il commence àsentir dans le comportement de cette dernière la tendance dominatrice, contrelaquelle il se révolte par une désobéissance permanente. Les rêves de cette malade montraient régulièrement une séquence decet ensemble de tendances psychiques et ils démontraient le dynamisme névroti­queavec son hermaphrodisme psychique et la protestation virile laccompa­gnant. Lesymbolisme de la position « en haut » ou « en bas »revenait souvent. Voici un de ses rêves : « Je fuis deux léopards et je me réfugiai sur larmoire, je meréveillai angoissée. » Lanalyse révéla des idées se rapportant à la naissance dun deuxièmeenfant, situation dont elle se libéra « vers le haut » dans un rôlemasculin. Cette même attitude sexprime aussi dans son symptôme névrotiqueprincipal, la peur qui lui sert de moyen de protection principal vis-à-vis deson devoir féminin, donner naissance à des enfants. En même temps sextériorisedans ce rêve, avec sa ligne dynamique ascendante, la tentative de sélever parrapport à ces deux membres de la famille quelle ressentait comme menaçants. Troisième cas. Tentative de « retournement » en tant queprotestation virile. 1º Cette tendance à vouloir tout renverser se rapporte aux effortsdu sujet pour se conduire de façon virile et ressort de lanalyse dun rêve.Mais je dois auparavant développer un thème que jai théoriquement exposé au débutde cet ouvrage. Dans le sens de notre conception de lâme, en tant quorgane deprotection, le sommeil est un état, voire une fonction cérébrale, où lafonction correctrice de lorganisation psychique a partiellement arrêté sontravail. La profondeur du sommeil signifie de ce fait le degré de cette réductionde travail. La signification biologique de ce mécanisme pourrait se comprendrepar le besoin daccorder un répit aux fonctions cérébrales spécifiques les plusjeunes et les plus finement organisées, parmi lesquelles nous comptons lafonction correctrice. Cette correction se réalise par la mise en œuvreattentive de nos organes des sens, auxquels sajoute également lappareilmoteur. Étant donné que ce dernier - qui nous informe de notre existence au delàdes frontières corporelles - est partiellement mis au repos pendant le sommeil,ladaptation au monde extérieur est perdue dans une vaste mesure et de ce fait égalementla possibilité dune correction quelconque. À partir de ce moment la fiction débordeet son contenu primitif, symbolique, imagé, représente une mesure de sécuritécontre le sentiment dinfériorité. Dans cette fiction sexté­riorise la réactionvis-à-vis dun sentiment dinfériorité actuel comme sil existait un danger desuccomber à quelques menaces. Étant donné que cette pression hésitante estsouvent comprise comme étant de nature féminine, dans une tendance protectriceexagérée volontairement, la fraction éveillée du psychisme réagit avec le butdune supériorité par la protestation virile. Dans le langage de lâmeenfantine surgissent alors des représentations de nature abstraite, découpée,condensée, inversée, symbolique et sexuelle dont lélabo­ration imaginaire,originelle, est née à partir dune recherche accrue de sécurité. La représentation symbolique, donc fictive du rêve ou de laconstellation du rêve - qui demande à être réduite à ses contenus dynamiques -semble avoir préoccupé Bleuler, lorsquil parle de la signification symboliquedes événe­ments sexuels. Freud et son école considéraient par contre ces donnéescomme ayant une signification réelle, de pure nature sexuelle, comme parexemple les représentations sexuelles, les idées perverses, de masochisme etsadisme, des situations incestueuses. Examinée dans cette optique, la différenceconcernant le rêve et la névrose, entre la conception de Freud et la mienne, résidedans le fait que Freud considère la fiction volontairement exagérée des maladescomme étant un événement effectivement vécu et que, passant à côté delintention, il lincite à renoncer à « limagination rendueconsciente ». Ma propre conception va plus loin. Je mefforce de réduirela fiction du sujet à ses origines imaginatives, tendancieuses et de remonteraux sources du sentiment dinfériorité et de la protestation virile. La facultécorrectrice du malade, liée par sa position affective, ne peut être libérée quedans le sens du sentiment social et alors utilisée pour rétablir une harmonieentre la protestation virile et les exigences de la réalité. Car il est dans lanature de la névrose et de la psychose, de rendre inefficaces ses forcescorrectrices, un état où passe au premier rang la fiction du sujet dans le sensde la protestation virile. Le choix de la névrose est conditionné par la créationinfantile de cette fiction, et sa manière de simposer à son entourage, sécouledans la direction de la moindre résistance. La manière dagir inverse, dans certaines névroses, doit doncprendre sa source à partir de pareilles fictions originelles qui poursuiventmanifestement le but dinverser un rapport donné ressenti comme inférieur dansle sens dune protestation virile. Cette tendance à tout inverser influenceraalors de façon définitive la modalité de la névrose. Notre malade se caractérisepar sa ten­dance à inverser la morale, la loi, lordre, etc., aussi bien chezelle quà lextérieur. Le point de départ de cette manière dagir était unefausse estima­tion, non justifiée, de son rôle féminin dont elle ressentaitexagérément les dangers. Afin de lui échapper elle sefforça de trouver lesorigines de sa féminité, avec lespoir de pouvoir la transmuter en masculinité.Dans ses efforts elle sétait fixée sur deux événements, que sa mère lui avaitracontés dès son enfance à loccasion de ses actes de rébellion. Elle étaitvenue au monde dans une position inversée et en plus, après la naissance dunfrère. Elle voulait donc renverser et sa naissance et la suite des naissances.Toute sa conduite visait toujours à obtenir leffet contraire. Chez moi, ellesefforça au début de jouer un rôle supérieur, de me donner des conseils et degêner la conversation. Un jour elle sassit sur mon fauteuil. Dune phase ultérieuredu traitement je cite le rêve suivant : « Je regarde un manège de chevaux de bois. Plus tard jy monte.Les tours deviennent de plus en plus rapides, je suis projetée et je tombe surla personne assise devant moi. Puis nous tombons toutes les deux sur une autre,et ainsi de suite. Je me trouve finalement tout à fait en haut. Alors le propriétairedu manège dit : à présent nous allons tourner en sens inverse. Et toutdun coup nous nous retrouvons tous à notre place. » Voici les associations didées que nous raconte la malade déjàhabituée à interpréter les rêves : « Manège de chevaux de bois »pourrait représenter la vie, peut-être ai-je entendu dire un jour que la viereprésente un manège de chevaux de bois. Que je tombe sur quelquun est la représentation,comme nous lavions établi dans des interprétations antérieures, de lhomme,qui se trouve « en haut », et se rapporte aux pratiques sexuelles. Ondit dailleurs chez nous : tomber sur quelquun, cest-à-dire selapproprier. La multiplication spatiale de cette scène doit être comprise dansun sens chronologique : je tombe sur beaucoup de personnes, car vous medites souvent que tout ce que je fais est à contresens et que jinverse tout.Si les choses allaient comme vous le désirez je me trouverais à ma place et jeserais une femme. Linterprétation de ce rêve a pu progresser jusquau point voulu, cequi nous permet de prévoir que la malade répond à limpression de son rôle fémininpar une protestation virile. Cela signifie dans son sens, quelle veutrenverser sa destinée naturelle et linverser en son opposé. La puissance decette protestation ressort de la répétition et de lintensité du mouvement versle haut, dynamisme qui nous paraît particulièrement caractéristique pour lapsychologie des types humains tels que celui du Don Juan, de la Messaline, des érotomaniaqueset des maniaques en général. Le type de la Messaline est caractérisé par laconquête sans répit, en tant quexpression du résidu de la tendance àlinversion, dans le sens masculin, alors que chez Don Juan cette répétition dela conquête féminine doit être comprise comme protestation virile, amplifiée,traduisant la compensation et un sentiment dinfériorité. Cette puissanterecherche de linversion se retrouve dans le renversement du cheminement de lapensée pendant le rêve. Le sens indique la « montée » vers la virilité,alors que les mots expriment un mouvement descendant, la féminité. Dans sa « Sciencedes rêves » Freud a insiste sur le fait quil faut lire certains rêves àlenvers, sans pouvoir expliquer cette particularité. Notre conception permetde dire que cette tendance, est capable dinverser dans la fiction du rêve mêmeson apparence extérieure. Létat affectif de ce rêve est très nettement dirigécontre moi. La malade se plaint de fréquentes céphalées le matin, comme égalementcette fois-ci, le lendemain de son rêve, céphalée quelle attribue à laposition particulière dans laquelle elle se retrouve le matin. Tantôt sa tête dépassaitle bord du lit, tantôt elle se retrouvait dans le lit, la tête au pied. Lesdeux positions peuvent se comprendre en tant que tentatives de retournement.Une autre fois la malade raconte un rêve, où toutes les personnes marchaientsur la tête. Il faut, dans cette observation, mentionner encore un détail quifut particulièrement souligné par les parents : une véritable fureur de ladanse, dont elle était saisie occasionnellement et qui lobligeait de tournerdans des tourbillons effrénés. Lanalyse révéla des fantasmes ou un homme lacourtisait avec succès. Ici également revient le motif de laction de setourner, atténué par lattitude debout, ou semble exclu ce que la malade craintle plus : la supériorité de lhomme. À loccasion de la danse il existeune situation dégalité, avait-elle décrété, et elle pouvait affectivementadopter lattitude : «ici je peux jouer le rôle de lhomme. » La malade souffrait constamment dénurésie et dencoprésie car cemal rendait un mariage impossible, réalisant ainsi la prédiction de sa mère, autemps de son enfance. Où se trouve alors le sentiment dinfériorité actuel, vis-à-visduquel la malade répond par une tendance à linversion. La veille du rêve,notre malade avait fait des reproches à une amie, qui avait rendu visite à unjeune homme, à son domicile. Lamie se défendit, en lui demandant si ellenavait jamais commis une bêtise. La malade se remémora ultérieurement que, ily a quel­ques années, bien avant le début de notre cure actuelle, elle mavaitrendu visite, sans que sa mère le sache, pour mexposer une requêtepersonnelle. Étant donné la nature de nos relations, toute suspicion dunsentiment tendre pour moi doit être exclu de sa démarche. Malgré tout, la résistancependant le traitement avait recours à une fiction, comme si elle aussi sétaitjetée dans les bras dun homme. Elle sattacha dautant plus à cette fictionquelle pouvait en déduire limpératif catégorique de ne jamais rendre visite àun homme, et que dautre part elle pouvait utiliser son état affectif contremoi, qui menaçait sa supériorité, en gagnant de linfluence sur elle. Le rêveexprime un « non » désobéissant et présente le même intérêt que lestroubles neuropsychologiques de lénurésie et de lencoprésie. Car ils semblentvouloir dire : je ne me laisserai pas influencer par un homme, je veux être« en haut », je veux être un homme. Pendant notre traitement, alors quune amélioration commençait à semanifester, il lui arriva dobserver quun cousin qui, à cette époque, habitaitchez eux, sattaquait à une domestique. Notre malade en fut tellement effrayéequelle pleura toute la journée. Cest en pleurant quelle arriva à ma consul­tationen terminant, indignée, son exposé : « À présent jépouse le premierhomme que je rencontre pour pouvoir quitter cette maison. » On pouvaitsupposer, partant de lanamnèse de cette jeune fille, qui voulait toujours êtreun homme, que cet événement déclencherait chez notre malade une réaction, évoluantdans le sens dune aggravation. Lidée dépouser le premier homme venu devait éveillerchez cette malade, vu sa structure psychique, de sérieuses objections, serapportant aux dangers de pareilles manières de faire. Dès le lendemain, soncomportement avait changé, elle était plus remuante, particu­lièrementponctuelle. Comme dans une attitude de défense, elle souligna sa ponctualité,puis elle raconta un rêve : « Je voyais alignés une série de candidats au mariage, vousvous trouviez à la fin de cet alignement. Je les passais tous en revue et vouschoisissais comme mari. Mon cousin était très étonné de ce choix, et me demandapourquoi javais fixé mon attention sur un homme dont je connaissais les défauts.Je répondis : « Cest justement à cause de ses défauts. » Puisje vous disais que je voulais grimper sur un de ces hommes qui avait la têtepointue. Vous disiez quil valait mieux y renoncer. » « Une série de candidats au mariage ». Hier elle avait ditquelle voulait épouser le premier homme venu. Dans son rêve elle choisit ledernier, agissant donc en sens inverse. Puis elle se souvient dune phrase, luedans un traité de pédagogie : si une suite de représentations apparaissentsuccessivement dans la conscience, chaque nouvelle annule la précédente. Enrapportant ce souve­nir du traité de pédagogie au passage correspondant du rêve(« une série de candidats au mariage »), on comprendra quelle nenvoulait aucun, ce à quoi nous pouvions nous attendre. Lanalyse nous ditencore ; ou du moins un homme que je connais à fond. Ce serait moi. Puissuit une idée de déprécia­tion : « Étant donné quelle connaît mes défauts. »Le cousin sera étonné, comme elle la été (inversion) du fait de sa conduite.Lhomme à la tête pointue est un de ses anciens admirateurs, au sujet duquelelle a été souvent ironisée. Il apparaît dans le rêve pour démontrer commentelle voudrait dépasser lhomme et comment, pour se retrouver « enhaut », elle voudrait grimper sur sa tête. Cette recherche de se trouver « enhaut », une des expres­sions les plus caractéristiques de la protestationvirile, nest dans sa signification psychologique quun synonyme pour « renverser »,et se traduit aussi dans la remarque dépréciante, concernant ma personne, dontelle connaît les défauts. Je lui avais conseillé en effet de renoncer à saprotestation virile, surtendue. Elle répondit par une remarque dépréciante àmon égard. Sa position vis-à-vis de lhomme se trouvait menacée du fait delexpé­rience quelle avait pu réaliser en observant son cousin. Danslexpression exagérée de sa protestation virile elle ferma à clé la porte de sachambre à coucher, comme si le cousin voulait également sattaquer à elle.Autrefois cest par son énurésie et par son encoprésie quelle cherchait uneprotection contre le mariage, tout en imposant à sa mère lobligation desoccuper delle. Le retour à une situation enfantine se rapporte à la caractéristiquedune très grande abstraction. Le malade névrosé cherche dune façontendancieuse des souvenirs de son enfance, lui permettant de se mettre envaleur, et de se protéger contre les dangers présents ou futurs, contrairement àlartiste et au génie qui, en étroite connexion avec la réalité, sefforceactivement de trouver des voies nouvelles. Il faut y ajouter que chez les névroséslaperception infantile, peu discriminative, ne se trouve pas corrigée dans lesens de la société, mais dans celui dune puissante sécurité personnelle, àtout prix. On arrive ainsi à limpression dun aspect infantile, quil ne fautpas comprendre dans le sens dune inhibition psychique mais dans celui dune équationinfan­tile, daprès laquelle le malade cherche à sorienter dans la vie. On retrouve également cette tendance à « linversion »sous la forme dune superstition, qui incite le sujet à agir comme silsattendait, au contraire, à lopposé de certaines satisfactions intensément désirées.Ces sujets donnent limpression de vouloir se moquer de Dieu ou du sort, etcette manière de procéder nous trahit le puissant sentiment dinsécurité,incitant le sujet à maîtriser par un artifice, ces forces surnaturelles,terribles et malveillantes. À côté de ce trait de caractère on en retrouve unautre qui consiste à provoquer chez les autres une mauvaise impression de sapropre situation, afin de ne pas éveiller la jalousie et la haine des autres.Une tendance semblable se retrouve dans la psychologie collective, avec sacrainte du « mauvais oeil » et ses « sacrifices », cesderniers offerts afin de se concilier les bonnes grâces des forcessurnaturelles. Souvenons-nous de « lanneau de Polycrate ». 2º E. W., âgée de 24 ans, benjamine de la famille, souffre depuiscinq ans de manifestations obsessionnelles. Jusquà lannée dernière elle présentaitdes difficultés grandissantes pour parler. Elle sarrêtait, cherchait ses motset avait constamment limpression dêtre surveillée en parlant. De ce fait, etdans la mesure du possible, elle évita la société, était déprimée et incapablede profiter dun enseignement, quelle désirait pourtant vivement, afin deparfaire son instruction. Sa mère, personne nerveuse, constamment mécontente,dont le trait caractériel saillant était lavarice, sefforçait de la détournerde ses idées sombres et de traiter ses difficultés de langage par la sévérité,parfois aussi, en la confiant au traitement de médecins spécialistes. Nobtenantpas de résultat, elle confia sa fille à des parents habitant la capitale ;les difficultés de langage avaient complètement disparu à son retour. Un anplus tard, dans ses conver­sations avec moi, je ne notais aucune difficulté dece genre, mais dautres symptômes sétaient manifestés. Ayant échangé quelquesmots avec un interlocuteur elle était régulièrement envahie par lidée que saprésence et sa personne étaient ressenties dune façon désagréable. Cette idéeobsessionnelle, qui la préoccupait constamment, la maintenait dans son état dépressifet la faisait fuir toute société [35]. Lidée obsessionnelle avait, dans son cas, la même significationque les défauts de langage : pouvoir se soustraire à la société. Dans ma pratique je me suis toujours efforcé dutiliser les premiersrensei­gnements provenant du malade pour me faire une idée sur la raison dêtredu symptôme morbide. Il faut saisir cette idée dans le sens dune fiction, dansle sens dun « comme si », avec la conviction que la poursuite delanalyse apportera des compléments utiles. En même temps pouvons-nous, en nousbasant sur notre expérience, évoquer la question : quelle position dans lavie devrait occuper la malade, si elle se trouvait dans des conditionsnormales. De ce fait on arrive à acquérir des points de comparaison permettantde mesurer le degré de variation de la norme et le dommage social, engendré parla maladie. Alors on saperçoit que cette image dune personnalité, évoluantnormalement dans lespace social, effraye pour différentes raisons le maladequi sefforce de ne pas la regarder en face. Dans notre cas il est facile dedeviner que la jeune fille essaye de se préserver contre des relations normalesavec lhomme. Il serait toutefois erroné de prétendre que par cette suppositionlénigme est résolue, même si, grâce à mon travail psychologique, le motifessentiel de cette réserve se trouve indubitablement défini par sa crainte delhomme, sa peur de devoir se soumettre. Lespoir dune guérison est lié à lamise à jour du développement défectueux spécifique de la malade, dévelop­pementqui doit être corrigé par une intervention pédagogique. Cette interven­tionprend son point de départ dans les rapports malade-thérapeute, qui reflètenttoutes les phases de lattitude sociale du malade. Il faut en tenir compte car,à défaut de cette prise de conscience, certaines remarques du malade risquentdêtre mal comprises, et le thérapeute court le danger de passer à côté desattitudes bienveillantes ou hostiles de son malade envers sa personne. Dès la première séance la malade confirme certaines de nossuppositions. Elle prétend avoir toujours été une enfant saine, heureuse devivre et supérieure à ses camarades. Voici ce quelle nous raconte commesouvenirs : Lorsquelle avait huit ans, sa sœur aînée sétant mariée, sonbeau-frère tenait beaucoup à la réputation et aux apparences, et luiinterdisait la fréquentation denfants pauvres et mal élevés. Dune façon généraleson entourage la critiquait beaucoup. Pendant sa scolarité un instituteurlavait traitée de façon injuste, sa conduite lavait bien souvent blessée. À lâge de 18 ans un jeune étudiant qui se trouvait dans son cercle,avait beaucoup de succès auprès de ses amies. Elle seule, ayant ressenti sasuffi­sance, lavait ouvertement contré. De ce fait ses rapports avec luiempiraient visiblement, létudiant la blessant et lhumiliant constamment, cequi la décida de se retirer de plus en plus de la société. Un jour il lui fitdire par une fille malveillante, quil voyait clair en elle et quil avaitcompris quelle jouait seulement un rôle et quelle était tout autre en réalité.Cette remarque banale la mit dans un état de grande insécurité [36]. Elle méditait constamment ces paroles et fit montre dune grandedistraction dans ses rapports avec dautres person­nes. Pendant la conversationapparaissait toujours dans son esprit limage de létudiant et ses réflexions,gênant le libre cours de lentretien, elle devenait tendue, mesurait chaqueparole et se trouvait bloquée dans son langage. De ce fait elle voulaittoujours rester seule, se contentant de la présence de sa mère querelleuse,auprès de laquelle dailleurs, elle ne retrouvait plus sa tranquillité. Destraitements médicaux, effectués à plusieurs reprises, ne donnèrent pas de résultat.Il est intéressant de retenir également le point de vue de la mère daprèslequel tous les symptômes, chez sa fille, étaient dus à limagination et quecette dernière pourrait se conduire autrement, si elle le voulait. Cettecritique indisposait toujours la fille qui rétorquait que sa mère ne comprenaitpas ce qui se passait en elle. Ainsi passèrent quatre années, jusquau moment où on se décida àenvoyer la jeune fille, qui fréquentait de moins en moins la société, chez desparents, à Vienne. Elle y resta quelques semaines et retourna chez elle,apparemment guérie, cest-à-dire sans difficultés de langage, mais beaucoupplus réservée, parlant très peu. Peu de temps après son retour, des idées obsessionnelles firent leurapparition, à la suite dune scène mouvementée avec létudiant qui, une fois deplus, avait essayé de lhumilier en face de ses amies. Elle raconte dautres souvenirs. Létudiant en question avait unefois organisé par vengeance un complot contre une jeune fille, incitant sesamis à ne pas linviter à danser lors dune soirée dansante. La jeune filleavait quitté la salle, en pleurant. Il aurait dit dune autre jeune fille,quelle se mettrait sur la tête sil le lui demandait. Elle réponditaffirmativement lorsque je lui deman­dai si cet étudiant ne lui avait pas parusympathique. À la séance suivante elle me raconta un rêve que jexpose ici, suivide son interprétation. Voici son rêve : « Je me trouvais dans la rue, marchant devant un ouvrier qui conduisaitune fillette blonde » ; puis la malade raconta avec hésitation, touten affirmant ne pas savoir comment elle pouvait avoir de pareilles idées érotiques :« le père sétait attaque de façon coupable à la fillette. Je luidisais : laissez lenfant tranquille. », En lencourageant elle se décida à me donner lexplication suivante.Se trouvant lannée dernière à Vienne, en visite chez son frère, elle a vu authéâtre, devant elle, un homme qui faisait des attouchements coupables sur lapersonne de sa fillette. Ce nétait dailleurs pas un ouvrier. À peu près à lamême époque, un cousin, à loccasion dune excursion, voulut soulever sesjupes ; elle se défendit en lui criant : « laissez-moitranquille. » La petite fille blonde, cétait elle-même dans son enfance. Il y aquelque temps elle avait lu dans un journal quun ouvrier sétait attaqué à safille. Le point de départ de ce rêve était des idées sur la maladie et la mortdu père (ancien tabétique). Interrogée sur létat de santé de ses parents, au débutde nos entretiens, elle avait demandé à sa mère les causes du décès de son pèreet avait appris quil était mort dune atteinte de la moelle épinière. A mademande si elle connaissait les causes exactes de cette maladie, elle réponditque daprès ce quelle avait entendu dire, cette maladie était due au faitdavoir beaucoup vécu. Je lui dis que cela nétait pas exact, quoique, jusquànos jours, beaucoup le pensent. Le père aurait mené une vie inactive, passantses journées à lauberge ou au café. Il est mort lorsque la malade avait sixans. Une de ses sœurs sétait suicidée, il y a trois ans, parce que son fiancélavait abandonnée. À ma question pourquoi elle marchait « devant » louvrier,elle répondit : « parce que tous les événements se trouvent derrièremoi. » Elle narrive pas à identifier louvrier, mais elle sait quil étaitmal habillé, grand et maigre. Je lui remémore, me basant sur une opinion préconçue,quelle voulait être devant, donc supérieure aux hommes, et que dautre part unbeau-frère lavait mise en garde contre la fréquentation denfants mal habillés,denfants douvriers. Le rêve semble continuer cette mise en garde, toutefoisdans une autre intention, à savoir léloigner de tout commerce avec les hommes.La malade se tait. Une autre question, en rapport avec la personne de son pèreet avec le problème de linceste, à savoir si le père était grand et maigrecomme louvrier du rêve, obtient une réponse affirmative. Linterprétation du rêve permet dy retrouver, surtout en rapportavec la situation psychique probable de la malade, une mise en garde contre leshommes. Nous y retrouvons la confirmation de notre hypothèse de travail, lamaladie de cette jeune fille doit lui servir à se préserver de toute fréquentationmasculine. Le rêve, ainsi que la maladie, représentent donc une mesure de précautionce qui confirme le caractère psychogène de la maladie. Je voudrais davantageinsister sur ce problème fondamental de la névrose et du rêve, que je considèrecomme une manifestation de la pensée prospective, dans le but dune protectionde la supériorité personnelle et de la valorisation du sujet. La pensée humaine normale, comme aussi ses dynamismes prépsychiques(inconscient) se trouvent sous la pression des tendances protectrices.Lauteur, Steinthal, a décrit dune façon semblable le psychisme en tant queforce organisatrice, qui répond à un très haut degré aux exigences utilitaires.Dautres auteurs ont insisté sur lintentionnalité empirique de la penséehumaine. Plus près de nous Vaihinger (la philosophie du semblant 1911), dontles idées me furent connues longtemps après lélaboration de mes conceptions,concernant les tendances protectrices et les arrangements, expose dans sonlivre un riche matériel de travaux, défendant des vues analogues. Claparèdesefforce dexpliquer le symptôme névrotique par une notion datavisme,tentative qui doit être refusée, comme dailleurs celles de Lombroso et deFreud, étant donné que dans la direction de la moindre résistance les possi­bilitésdes temps passés peuvent revivre à tout moment, sans rapport direct avec desdispositifs de sécurité antérieurs. La notion de lintentionnalité inclut cellede téléologie. Mais il ne nous dit rien sur la manière et la nature intimedune adaptation. Ma conception de cette intentionnalité dit très clairementque la tendance dominante du psychisme est caractérisée par le souci de la précaution,sélevant en tant que superstructure compensatrice sur le senti­ment,organiquement conditionne, dune insécurité. La pénible sensation de linsécuritéet de linfériorité chez des enfants pourvus dorganes déficients, ressentantune intense infériorité relative en face de leur entourage, les force à uneplus puissante élaboration des tendances protectrices, qui dans leur point extrême,au delà de la disposition névrotique, touchent à la psychose et au suicide. Nous nous souvenons quune sœur de notre malade voyant son amourrejeté, a eu recours au suicide dans une phase damplification de son sentimentdinfériorité : attitude de colère et de vengeance, qui me semblefondamentale pour la compréhension de la constellation suicidaire. Dans ledynamisme infini, remplissant la vie, se trouve inscrite la protestationvirile, composante rassurante, comme si lattitude masculine était léquivalentde la sécurité et de la pleine valeur. Une vue densemble sur le matériel fourni par cette malade nousmontre un ensemble de souvenirs où lhomme cherche à acquérir une positionprivilégiée. Dans un de ses rêves cette conception se trouve confirmée, rêve où« comme dans une esquisse », elle présente tous les hommes, doncaussi son père - cest le sens de la constellation incestueuse - comme vicieuxou cor­rompus. En face de ces instincts effrénés, elle se protège comme legibier devant le chasseur. Cette attitude définie par la retraite et la défense, demande à êtreétudiée quant à ses origines. Nous pouvons nous attendre a des renseignementsconcernant des attaques, dans le sens le plus large du mot et à une attitude réactionnelle,résultat dun sentiment dinsécurité de cette jeune fille, nous permettant decomprendre létiologie exogène de la maladie, non pas en tant quenchaînementlogique, comme si un événement avait, par un mécanisme causal, entraîné desconséquences, mais en tant que résultat erroné de lattitude dinsécurité de lajeune fille et des exigences de lentourage. En ce qui con­cerne ses premierssouvenirs, ils semblent confirmer notre hypothèse. La malade se souvient dejeux avec dautres enfants, lorsquelle était âgée de quatre à cinq ans. Ellejouait alors au père et à la mère, jeu où elle acceptait souvent le rôle de lamère. Elle jouait également au docteur, jeu quon retrouve fréquemment parmiles jeux préférés des enfants. Du premier jeu on peut déduire le besoin delenfant dimiter les adultes ; on y retrouve souvent une note érotique.Dans le deuxième jeu cette note érotique est encore plus accentuée, car il estaccompagné de déshabillage et dattouchements. La mala­de raconte dailleursquelle se souvient avoir procédé à pareils attouchements. En rapport avec sessouvenirs, elle me raconte quà lâge de cinq ans, enfermée dans une chambreavec le frère dune de ses amies, âgé de douze ans, elle a été incitée à desmanœuvres masturbatoires, quelle pratiquait jusquà lâge de seize ans. Puis la malade insiste sur la lutte quelle a menée contre lamasturbation. Le motif fondamental sous-tendant cette lutte était la crainte dedevenir sen­suelle et dêtre la victime du premier homme venu. Ses renseignementsétayent notre hypothèse de sa crainte de lhomme, lincitant à souligner, dansune recherche de protection, sa propre sensualité qui probablement ne sécarteen rien dune sensualité normale. Mais il est actuellement difficile de lévaluer,étant donné la situation quelle a su créer elle-même. Il est certain que lamalade surestime sa sensualité et nous nous garderons bien de la suivre danscette évaluation. Elle est un juge corrompu, son jugement concernant sa sen­sualitésert son but personnel : se protéger contre la fréquentation des hommes. Les débuts de lanalyse permettent déjà de comprendre que, dans unbut de sécurité, la malade déprécie lhomme : « tous les hommes sontmauvais - ils veulent soumettre la femme, la salir, la dominer. » On peut sattendre à ce que notre malade nous fournisse une série detenta­tives typiques ou moins typiques, sefforçant, à tout prix, de se montrersupérieure, dannuler les avantages réels ou allégués de lhomme dans notresociété, en un mot de faire tomber les privilèges de lhomme par ses traitscaractériels et doccasionnelles tentatives de révolte. Dans sa conduite seretrouve tout larmement de la lutte démancipation sociale de la femme, maissous un aspect déformé, insensé, infantile et dépourvu de valeur. Cette lutteindividuelle, on pourrait dire cette entreprise privée, contre la suprématiemasculine, montre (en tant quanalogie, précurseur, compagnon de la grandebataille sociale pour légalité des sexes) ses origines dans une tendance à égalerlhomme, à parvenir dun état dinfériorité à sa compensation. On trouvera comme traits caractériels plus ou moins saillants :larrogance, surtout vis-à-vis de lhomme (dans notre cas envers létudiant)peur de rester seule, timidité, souvent cachée par larrogance, tendance à nepas aller en société, protestation ouverte ou cachée contre le mariage,surestimation de lhomme ; mais aussi grande tendance à plaire afin deconquérir, manque daisance. Les symptômes névrotiques de notre malade représententde véri­tables traits de caractère. Le symptôme du blocage en société et ses idéesobsessionnelles - lui faisant croire que les gens lui sont hostiles - mènentvers le même but et proviennent de son propre état affectif hostile, de soninsuffi­sant sentiment social, complété par une méfiance toujours en éveil. Lamorale, léthique, la religion, la superstition peuvent être employéesabusivement pour soutenir sa thèse. Parfois ces malades nous rendent le rapportsocial difficile, du fait de leur bizarrerie, de leur incongruité, de leur désirde tout posséder, de leur tendance à lopposition, excessivement puissante.Semblable à léduca­teur, le médecin devra sexpliquer avec tous ces traits decaractère, non pas dans une situation de « transfert », mais parceque ces traits sont présents à lexamen social, quil résument même toutes lesforces et toutes les tendances du malade, conditionnées par lattitudeantisociale du sujet, lincitant à se placer avec son côté impoli de façonagressive en-vers les autres. Par moment apparaissent des tentatives de révolte,à allure masculine, ou des attaques contre lhomme, que le médecin aura parfoisloccasion de connaître. Il faut les comprendre comme un « non je ne veuxpas me soumettre, je ne veux pas être une femme, vous naurez pas de succèsauprès de moi, il faut que vous ayez tort ». Ou encore, on constate desessais de faire changer les rôles, de donner des ordres pendant la cure, desasseoir - dans le sens propre et figuré du mot - à la place du médecin, delui être supérieur. Cest ainsi quun jour notre malade arriva chez nous, en medisant quaprès la dernière séance elle sest trouvée encore plus énervée. Uneautre fois elle raconte que pour la première fois elle avait assisté à un coursde sténographie qui lavait énervée, comme jamais « un cours ne lavaitfait ». Lorsque je lui dis que son attitude était dirigée contre moi, lamalade renonça à son opposition, au moins dans ce domaine. Son problème nétaitpas résolu mais, ayant pu se convaincre que je ne prenais pas au sérieuxpareille attaque et que je ne voulais nullement la rabaisser, elle manifestamoins dhostilité à mon égard. Dans cet état desprit les malades adoptent bien souvent uneattitude on ils sefforcent de tout faire à lenvers. « Comme si » dece fait, lapparence de toute féminité pouvait être évitée. Cest ainsi quenotre malade rêva que toutes les filles se tenaient sur la tête. Linterprétationrévéla le désir dêtre un homme et pouvoir se tenir sur la tête, comme le fontsouvent les garçons, attitude qui est toutefois interdite aux filles, pour desraisons de bienséance. Cette différence est retenue en tant quexemple et elleagit presque de façon symbo­lique. Bien souvent se manifeste également le refusde la malade de rendre visite au médecin et le désir que le médecin - inversion- rende visite au malade à son domicile. Cette tendance à inverser les chosesse trouve le plus souvent exprimée dans le rêve, par le remplacement de lhommepar la femme, ou joue également la tendance à la dépréciation, encore mieuxexprimée par un symbole hermaphrodite, ou par des idées de castration, très fréquemmentretrouvées par tous les auteurs. Daprès Freud et dautres auteurs, lélément,certes secondaire, de cette idée réside dans un ébranlement provoqué par unemenace de castration. Jai pu me rendre compte que, dans les fantasmes decastration, linsécurité quant au rôle sexuel a laissé ses traces, et quilsexpri­ment la possibilité dune transformation de lhomme en femme. Le rêvedune de mes malades illustre cette idée dune façon remarquable. « Je me trouvais en traitement chez le spécialiste du nez. Le médecinétait absent, occupé à opérer. Son assistante pratiqua sur moi lablation dunos. » Par lanalyse de ce rêve, que la malade raconte comme étant sans intérêt,nous apprenons quelle se trouvait, il y a quelques années, en traitement pourdes végétations. Le médecin lui était excessivement sympathique. Ce faitsuffisait pour léloigner de lui. En rapportant ce souvenir aux événements dela veille, on peut rétablir un très net rapport avec ma propre personne. Il maégalement été possible déveiller ses sympathies, en passant outre à ses préjugésconcernant lhomme. Ces dispositifs de sécurité commencent donc à fonctionnerpour la mettre en garde. La « grande sensualité » et le « brutaldésir de lhomme » sont des dangers, dont elle doit davance se préserverdans le rêve. Lassistante nétait pas en réalité médecin et elle navaitjamais prati­qué dopération. Mais le rêve crée linstitution de la femme médecin,le rêve exprime en outre lidée de la transformation dun homme en femme et saplus grande dépréciation. Il soulève le problème de la transformation dessexes. Los qui a été enlevé évoque le sexe masculin. On peut se demander si, étantenfant, notre malade ne se croyait pas transformée en femme du fait dun actede castration. Cette hypothèse est niée par notre malade. De nombreux exem­plesmont prouvé que des données de cette théorie sur la sexualité, et que dautresthéories analogues, ont pu rester dans un stade prépsychique, « qui veutdire que toutes les conditions étaient données pour quelles prennentnaissance, mais que cet état ne sest jamais cristallisé en un jugement con­scient,ou même ne sest jamais formulé verbalement (Watson) ». Dans beaucoup decas il est possible dapporter la preuve de pareille fiction consciente. La fréquencede ces fictions conscientes et le fait que les malades, présentant les prémicesde ces fictions, se conduisent comme si le fantasme était conscient et justifié,nous permettent de tirer une très importante conclu­sion : ce qui estefficace dans le psychisme nest pas la prise de conscience, mais le sentimentde linfériorité spécifique et de linsécurité qui dessinent les lignes prépsychiques,se façonnant dans la conscience sous forme de juge­ments ou de fantasmes, sicela savère nécessaire [37]. Si, parcontre, le sentiment dinfériorité est basé sur des sensations quon pourrait évaluercomme étant de nature féminine, nous retrouvons dans la fiction directrice latendance du névrosé à une compensation, sous laspect dune protestationvirile. Nous avons à présent une suffisante compréhension de ce rêve pournous rendre compte que la malade regrette sa féminité (ablation de los), nonsans protester contre le fait que lhomme lui est supérieur. Sa protestationvirile suit ici un idéal personnel dégalité : le médecin devrait luiaussi être transformé en femme, ce désir rejoint son souhait dêtre un homme.Car dans les deux cas lannulation de son sentiment dinfériorité est le but dece quelle désire. Elle latteint par lélévation de sa personne et par la dégradationde lhomme sur­estimé. Il nous manque encore la compréhension pour le passagedu rêve : « le médecin était absent. » La malade nous déclarequelle ignore pourquoi le spécialiste du nez était ailleurs. Il convient à latendance de ce rêve de voir dans ce passage léloignement de lhomme et sonremplacement par un méde­cin femme, comme si la malade voulait dire« quetous les hommes aillent au diable. » Nous pouvons également, en nous basant sur les idées émises, nousattendre à un arrangement en faveur dune homosexualité. Le rêve, aussi bienque la situation psychique de la malade, démontrent très nettement sa ten­danceà transformer lhomme en femme. Cette ligne de retraite en face de lhomme estencore renforcée par des souvenirs et des impressions de carac­tèremasturbatoire, datant de lépoque où elle pratiquait des jeux à caractère érotiqueavec dautres fillettes. Pour conclure je citerai certaines remarques de notre malade, dénonçantla façon défavorable dont elle fut accueillie à son retour par sa mère et sa sœuraînée. La sœur aînée a toujours été sévère envers elle et de ce fait leursrapports ont souvent été tendus. À ce sujet il est intéressant de noter que sonmouvement de recul caractéristique en face de lhomme semble aussi vouloirjouer en face de la femme pour se soustraire à toute soumission. Elle a été eneffet préoccupée toute sa vie à être supérieure aux jeunes filles et aux femmesde son entourage et se défendit exagérément contre toute influence de sa mère.Il ny a pas lieu dadmettre une homosexualité primaire et héréditaire, dans lesens des auteurs classiques, pas plus que dans dautres cas semblables. Onreconnaît par contre très clairement ses expériences vécues, et comment sestendances la poussent dans un « semblant » dattitude homosexuelle,quelles déterminent dans ses détails, sans que toutefois cette attitude arriveà se manifester dune façon décisive. Sa conduite paraîtra souvent « inversée », par moment mêmeperverse, étant donné que, guidée par une fiction de la ressemblance à lhomme,elle sefforce de retourner bien des choses, de les modifier et de les voirautrement quelles ne sont. Or ce besoin, qui peut parfois prendre lesproportions dun délire [38], estinconscient et ne peut être guéri que si on donne à la malade la possibilité dele comprendre en approfondissant son introspection. La possi­bilité de guérisonest donc liée au tact pédagogique du médecin. Par moment la malade nous fait comprendre que nous suivons le bonchemin. Elle raconte quelle ne serait pas hostile à lidée de commencer unerelation amoureuse, mais dans cette relation le côté sexuel devrait resterexclu. Là encore perce la protestation virile. À la fin la malade nous raconte,en hésitant, que le spécialiste du nez quelle avait trouvé sympathique,lavait embrassée à plusieurs reprises et quelle sétait à peine défendue.Mais lorsque le médecin voulut lembrasser de force et quelle trouva lecourage de lui dire quelle trouvait sa conduite déplacée et quelle prit définitivementcongé de lui, ses symptômes disparurent pendant trois mois. Elle se trouvabien. Puis sur­vint le heurt avec létudiant et, à la suite de sa remarquebanale, quelle montrait extérieurement une conduite qui ne correspondait pas àsa nature intime, ses idées obsessionnelles firent leur apparition. Le thème deses idées était limpression pénible quelle provoquait auprès des autres,impression qui rendait impossible la fréquentation de toute société. Quelle se soit laissée embrasser si facilement par le médecin paraîtà première vue suspect, et en contradiction avec lhypothèse dune protestationvirile. Lexpérience nous montre que la volonté de conquérir sadresse parfois àdes moyens féminins et que le fait déveiller des sentiments amoureux et de sefaire embrasser peut être ressenti comme satisfaction dune volonté depuissance, mais seulement jusquà un certain degré. À partir du moment où lepartenaire, voulant montrer sa supériorité, avait recours à la force, elle sesentait obligée de lui montrer quelle lui était supérieure. Ce cas est sitypique dans sa structure psychologique, quon peut sans peine le comprendre.On sait en effet à quel point ce qui parait loin, le partenaire pas encoresubjugué, sait amplifier « lamour », alors quune affectionouvertement manifestée, sera généralement mal accueillie. Les relations avec unhomme des jeunes filles névrosées échoueront finalement, étant donné que, dansles manifestations amoureuses du partenaire empressé, limage de sa soumission,de son obé­dience amoureuse, les frappera dune façon insupportable. Unevictoire facile, un triomphe tout prêt, liquident rapidement cette relation. Lamélioration dans létat de notre malade se comprend facilement, étantdonné quelle a pu triompher, grâce à sa victoire sur le médecin et aussi surses propres besoins sensuels et leur nature féminine. Lorsque, dans ses heurts avec létudiant, elle se sentait perdante,puisque ce dernier a pu lui enlever son amie, alors elle investit ses parolesdune ancienne signification. Elle craignait quon puisse deviner sa sensualité« féminine », ses manœuvres masturbatoires. Létudiant avait dit defaçon très banale : on pouvait voir quelle était autrement quelle neparaissait. Elle donnait à ses paroles linterprétation : chacun pouvaitreconnaître sa sensualité et se permettre une conduite semblable à celle du médecin.Or elle était trop faible pour pouvoir se défendre contre un homme qui ne sesoumettait pas immédiatement. La séance qui avait précédé cette confession, quelle ne faisaitdailleurs quà contre-cœur et difficilement, avait été remplie de plaintesconcernant son état et de doutes quant aux possibilités de guérison. Il étaitfacile de com­prendre que cette attitude exprimait une hostilité envers moi.Elle essayait par son état de sarmer contre moi, qui lui avait arraché lesconfidences concernant sa « faiblesse ». Afin de conserver sa supérioritéen face de moi, il fallait montrer laggravation de son état, ce qui exprimaitlintention dans le stade actuelle de la cure, que je ne devais pas acquérir deprestige, ni dinfluence auprès delle. La crainte de lhomme peut également se « renverser » etdans ses pensées elle voyait lhomme avoir peur de la femme. Létat affectif névrotiquedes malades rejoint ici dans sa sphère idéatoire létat affectif dun mouvementallant « den bas vers le haut ». Dans la névrose comme aussi dans lapsycho­se, et avant tout dans la paranoïa et dans la démence précoce, onretrouve cette tendance à linversion. Elle se manifeste parfois dans le désirde mettre en haut ce qui est en bas : table, chaises, armoire et de se révoltercontre la logique des choses. Lattitude négativiste bien connue a la mêmesignification psycho­logique, et on pourrait la remplacer par cette notion delinversion. Notre malade avait encore dautres idées que nous rencontrons dansles psychoses, par exemple lidée quon pouvait deviner sa pensée, quonpouvait semparer de sa volonté, quon ressentait péniblement sa présence. Maisà lencontre du malade psychotique elle sait mettre sa fiction infantile enrapport avec la réalité, ce qui évite dans un tableau morbide la ressemblanceavec la psychose. Ce nest donc pas la fiction qui nous importe, fiction quidans notre cas doit rendre la malade plus méfiante encore, mais lefficacité dela fonction correc­trice et sa dépendance de la logique commune. Notre maladepeut bien renforcer sa fiction dans le but de se préserver contre sa prétenduefaiblesse féminine, et agir comme si elle était un homme, elle trouveratoujours dans sa fonction correctrice une sécurité supplémentaire et elle seconduira de façon « sensée ». Nous nous rapprochons ici du point devue de Bleuler qui consi­dère comme caractéristique pour les schizophrènes un « relâchementdes associations ». Notre point de vue voit dans la psychose une inférioritérelative de lappareil correcteur, dont la faculté compensatrice ne suffitplus, lorsque cet appareil doit passer à un rendement accru. Il y a quelques années jai pu observer un malade atteint de démenceprécoce et qui était en voie damélioration. Un jour, montrant une meute dechiens, il me dit dun air significatif que cétait des belles femmes connuesquil me dénomma lune après lautre. Il vivait dans la peur de la femme et ilse protégeait par la dévaluation du sexe féminin, habituellement très estime,en les transformant en chiens. Voici un exemple « dinversion ». Sonappareil correcteur nétait pas assez puissant pour trouver la concordance avecla réalité et pour présenter ses dires comme des plaisanteries, ou desinsultes. La compensation de lappareil correcteur faisait défaut en face de latrès grande tendance à la dépréciation, résultat de ses mécanismes protecteurs. Le lendemain de sa confidence, concernant la conduite du spécialiste,la malade raconta un rêve où nous retrouvons les mêmes dynamismes psychi­ques :« Jallai acheter un chapeau. En rentrant chez moi, je vis de loin unchien dont javais grand peur. Mais jaurais voulu quil ait peur de moi. Je lecalmai en tapotant son dos. Puis je rentrai dans la maison et mallongeai surle divan. Deux cousines vinrent me rendre visite. Ma mère les introduisit, mechercha et dit : la voilà. Jétais gênée davoir été surprise dans cetteattitude. » Linterprétation montre sa colère concernant les confidencesquelle mavait faites. Il faut quelle se mette en garde [39]. Nous y rencontrons une amplification de ses mécanismes deprotection. Car elle sest montrée faible vis-à-vis de moi, elle avait succombé,moi - le chien -, javais sauté sur elle. Elle saisit sa défaite dans une imagesymbolique sexuelle, quil ne faut pas prendre à la lettre. Cest justementcette expression symbolique quelle trouve pour sa défaite, pour son sentimentde la féminité, et qui certainement va trop loin dans son analogie, la protègepar létablissement dun mémento ayant comme instigatrice sa tendanceprotectrice. Elle me rabaisse au rang de chien et trahit ainsi son désirdinverser lévénement vécu de ma supériorité. « Jaurais voulu quil ait peur de moi. » La fatigue et lebesoin de se détendre sur le divan rappellent le début de la cure, lorsquellequittait mon cabinet. Les symptômes étaient provoqués pour se convaincre, commeelle le disait parfois elle-même, que nos conversations ne la calmaient pas,mais la fatiguaient. Dautre part, ce qui était beaucoup plus important, ellese retrouvait sur un divan, après lintervention sur le nez, chez le médecinqui lavait embrassée, un secret que je lui avais arraché. Les deux cousinessont aujourdhui mariées. Avant leur mariage elle les fréquentait souvent. Lescousines venaient toujours en compagnie de leur mère ou de leur tante, jamaisseules, lorsquelles étaient invitées. Elles auraient considéré comme déplacéde se rendre seules quelque part. Or elle se rend seule chez moi, comme elle sétaitrendue seule chez le spécialiste du nez. Pendant le rêve elle va seule acheterun chapeau. Le dernier achat de chapeau, dans la réalité, fut effectué en présencede sa mère, toujours acerbe, et lindisposa beaucoup, étant donné que la mèrese plaignit des éternelles dépenses dargent. Son attitude accom­modante enversle chien rappelle ses tentatives de consoler un prétendant éconduit. Il en serade même pour moi. Nous comprenons à présent le sens de ce rêve : « dois-jesortir seule, ou avec ma mère ? » La deuxième modalité paraît désagréable,étant donné que ma mère essaye toujours de me dominer. Je voudrais garder maliberté, je sors seule. Mais jai peur des hommes et je mefforce dinverser lerôle. Une fois jai profondément attristé un homme qui voulait sapprocher demoi. Craignant les suites, je lai repoussé. Il en est toujours de même lorsqueje parle avec un homme à plusieurs reprises. Cest seulement la première foisque je peux lui montrer ma supériorité. Plus je vais chez le médecin et plus jeme trouve faible. En plus ces visites sont déplacées. Ce raisonnement, arrangé àsouhait, lui permettrait à loccasion dutiliser contre moi son sens desconvenances. Elle a, deux jours plus tard, effectivement manqué une séance,sans pouvoir justifier son absence. Pour nous résumer nous dirons que son sentimentde faiblesse provient de sa peur des hommes, et il exige la correction dans lesens dun comporte. ment comme si elle était un homme. Sur ce chemin, semé dépines,elle se heurte à de grandes contradictions, causées par l’irrationa­lisme de safiction. Car la réalité la voit en femme, et elle-même nest pas indifférenteaux mouvements de lâme féminine, attitude quelle souligne même fortement,sans la refouler le moins du monde. Or, en soulignant ses tendances féminineselle induit une inversion, provoque pourrait-on dire, une réaction acide :je voudrais être un homme ! et cela, elle lessaye partout, auprès du médecincomme auprès des jeunes filles. Sa fiction protectrice doit céder le pas à un équilibre,en concordance avec la réalité. La poursuite de la cure approcha du très difficile devoir pédagogiquedu médecin psychothérapeute, devoir qui consiste à éveiller chez le malade un étatdâme lui permettant daccepter les conseils du médecin. La malade se présenteen effet visiblement déprimée. À ma question lui demandant ce quelle voudraitme raconter aujourdhui, elle répond : rien. En attirant son attention surle fait que son état déprimé doit toujours poursuivre la même ligne delattitude hostile envers moi, elle répond : « Quest-ce que cela a àfaire ici ? » Ce nest pas la première fois que je lui entends direcette phrase. Toutes les fois où la mère, en exposant lhistoire de la maladiede sa fille, avait exprimé des paroles critiques à son égard, cette dernièreavait prononcé cette phrase à plusieurs reprises. Je suppose donc que la malademassimile à sa mère, cest-à-dire quelle me considère - pensons à un de ses rêves- comme si je nétais pas un homme. Cest le but de son intention et, en me dépréciant,délever la valeur de sa propre personne. Pendant cette séance elle exprime encore à mon adresse des reprochesdéguisés, concernant laggravation de son état, reproches de nature sisubjective que lintention de corriger la fortune [40] saute aux yeux. Elle me menace de supprimer nos entretiens, dumoins pour un certain temps. Même si la malade nie toute intention hostile àmon égard, son comportement la trahit cependant. Je suppose que ce comportementcorrespond chez elle obligatoire­ment à toute apparition dun sentiment desoumission, dattitude conciliante, dintégration sociale, de coopération. En mêmetemps nous apparaît le rapport entre sa personnalité et son tableau morbide.Ses sentiments sont tels, quelle considère autrui, avant tout lhomme, comme étantle plus fort, supérieur et hostile, étant donné quà lorigine, à cause de sestendances protectrices et de sa tendance à la domination, elle avait ressentises propres sentiments dune façon subjective et effrayante. À lencontre decette fiction, pour des raisons de sécurité, se dirige à présent, car elle sesait femme, sa protestation virile, comme elle se concrétise par exemple dansson attitude envers moi-même. Dans le mécanisme de la protestation virile, latendance protectrice continue à se manifester et elle amplifie toutes lesimpressions de la supériorité et de lhostilité de lhomme. Voici pourquoi sespremiers souvenirs étaient tous groupés autour dévénements où lhomme était leplus fort. Son psychisme se trouve donc sous linfluence dun mouvementascendant dont le point de départ est une puissante fiction : «jesuccombe, étant trop féminine » et dont le point darrivée est une autrefiction : « je dois me conduire comme si jétais un homme, il fautque je déprécie lhomme, car étant moi-même féminine je risque desuccomber. » Entre ces deux points se déroulent la névrose et toutes lesexagérations et amplifications engendrées par la tendance protectrice. Quelles étaient les plaintes de notre malade ? Elle avaitlimpression que son entourage ressentait péniblement sa présence et quil lui étaithostile. Cette idée obsessionnelle résulte presque obligatoirement de lasituation psychique de notre malade : car en exprimant puissamment safiction féminine, elle réserve en même temps sa place à la fictionmasculine ; à présent elle peut se défaire de son rôle féminin et vivreson rôle masculin, se conduire comme si elle était un homme. Ce quelle fitdailleurs vis-à-vis de sa mère, la seule personne avec laquelle elle setrouvait en contact permanent, depuis sa maladie, et qui lui permit de ladominer, tout en la poussant au désespoir. Sa propre hostilité, elle laretrouve chez les autres car : « celui qui nest pas équitable, doitcraindre le malheur. » Il faut retenir le manque important de sonsentiment social. Souvenons-nous également que cette idée obsessionnelle a été précédéedun autre symptôme morbide : le blocage pendant ses conversations, ainsiquun grand manque daisance envers les autres. Cétait en quelque sorte lepremier acte de sa névrose, lexpression de sa grande tension vis-à-visdautres personnes. On a limpression quelle voulait pendant la conversationse protéger, afin de ne pas succomber, mais quelle était encore en état de sereprésenter sa faiblesse par une fiction protectrice, grâce à un système appa­rentéà celui du bégaiement. Jusquau jour où, à la suite dattaques provenant decertains hommes, le médecin, le cousin, elle se trouvait obligée détendre sesmanœuvres protectrices dans le sens de la protestation virile : lutter ousenfuir. Cest à ce stade, quelle se trouvait également vis-à-vis de moi.Jai retrouvé dans lanalyse des bégayeurs le même dynamisme. Leur bégaiementreprésente une tentative de se soustraire à la supériorité des autres, par unesorte de résistance passive, dont les bases résident dans un sentiment dinfério­ritéaccentué, caractérisé par lintention dévaluer, espionner et éprouver lepartenaire et où apparaît également lintention, grâce à une attitude maso­chiste,dexercer un effet fascinant sur lentourage. « Que naurais-je pu réalisersi je nétais pas un bégayeur. » Cest de cette façon que se consolent cesmalades, en se détournant de leur propre susceptibilité. Je sais que certains de mes lecteurs ont cru devoir soulever desobjections en ce qui concerne ce point de mes vues et en se demandant commentun sujet peut, par des moyens féminins, réaliser une protestation virile.Lanalogie avec la résistance passive nous sert à éclairer ce mécanisme. Danscette manière dagir, les lignes « féminines » et « masculines »coïncident presque, réalisant un compromis, mais où la tendance protectrice,toujours en éveil, maintient le mouvement « vers le haut », dynamismedifficilement compris par le débu­tant. Dans le type de Messaline où la défaiteest ressentie comme une conquête, ce dynamisme perce au mieux. Serait-il sidifficile, à la longue, de comprendre ce dynamisme ? Retournons à notre malade. Nous pouvons comprendre à présent sesdeux remarques faites à mon intention. Ses plaintes sur laggravation de soncas et sa menace dinterrompre le traitement sont visiblement des attaquesdirigées contre moi. Nous connaissons également le motif de lintensificationde sa protestation virile : son attitude conciliante dans la cure. À présentelle raconte quelle avait rêvé, mais quelle ne peut se souvenir que de sêtreréveillée en criant. Pareils fragments de rêve se prêtent parfaitement à linterprétation.On trouve ainsi un large accès au psychisme du malade sans être détourné par dautresdétails. À ma question, lui demandant comment elle a crié, elle répond par unsouvenir provenant dune époque antérieure. Dès son enfance elle criaitfortement, si un enfant ou quelquun dautre voulait lui faire du mal. Elle sesouvient un jour, avoir été enfermée à la cave et avoir été effrayée par laremarque quil y avait des rats. Chez le spécialiste du nez elle avait égalementcrié. Il est probable quune situation analogue a dû se produire dans le rêve,ce qui veut dire quelle avait crié sous lempire dune fiction du rêve, commesi lavenir lui réservait des situations semblables. Le contenu de chaque rêve peut au mieux être traduit par cettesupposi­tion : « admettons que »... Daprès mes observationsjai pu me rendre compte que bien des vues de la théorie des rêves de Freuddoivent être acceptées, mais que dautres savèrent être secondaires et déroutantes.Il ne faut pas oublier que, grâce aux travaux de Freud sur le contenu du rêve,sur les idées du rêve et des restes diurnes, la possibilité dune analyse du rêvea été donnée. Mais en ce qui concerne la fonction fondamentale du rêve, daprèsFreud, fonction appelée à animer des anciens désirs sexuels de lenfance et àles amener à leur réalisation (dans le rêve) il est temps de se défaire decette hypothèse déroutante et sans valeur. Elle nétait rien de plus quunehypothèse de travail, appelée, malgré ses contradictions et ses oppositions àla réalité, à soumettre le rêve à une pensée organisée, tâche dont elle sestbrillamment acquittée. Le principe de la réalisation dun désir était lui-mêmeune fiction, fiction de grande valeur cependant pour la compréhension du rêve.Ce qui, du point de vue logique, fait paraître comme nécessité évidente la dénominationdun principe de réalisation du désir, est le cadre secondaire de pareilleabstraction allant jusquà invoquer un reste de désir où peuvent être logéstous les mouvements psychiques. Il suffit de rechercher en face dun fragmentde pensée les tendances affectives sous-jacentes ou éventuellement existantes,quitte à transformer une donnée dans son opposé, pour voir dans la présente idéele fragment dun désir réalisé. Létablissement des formules de Freud nous a, néanmoins,rendu possible une vue densemble sur le matériel des rêves et dy mettre delordre. Il était possible détablir un devis, grâce à sa théorie. Mais lacontradiction, daprès laquelle laccent devait être mis sur les anciens désirsde lenfance qui, par analogie avec la constellation du présent, « ayantvu rouge », se sont réveillés (alors que, comme la démontré lapsychologie individuelle comparée, une contradiction actuelle demande, au moyendexpériences du passé, à trouver sa solution dans le rêve) démontraitlabsurdité de la formule freudienne et obligeait ce chercheur à poursuivredautres fictions [41]. Parmielles se trouve lidée dune fixation de rapports infantiles incestueux, quidevaient cependant être généralisés et déformes dans un sens grossièrementsexuel. Et cela pour la bonne raison que la fiction du rêve travaille souventavec des analogies sexuelles, afin dexprimer dautres relations, comme il estcoutume de le faire, souvent, dans les conversations, au café. Le côté le plus saillant du rêve, vu précisément grâce à cetteformule de Freud, se trouve à cause delle en même temps obscurci et relégué àlarrière-plan de façon presque hostile : la fonction prospective,protectrice, prévoyante qui engendre et remplit tout rêve. La ligne principaledu rêve chemine parallèlement à la tentative de protection de la valeurpersonnelle et de la supériorité personnelle. De ce fait, le caractèreprincipal du travail du rêve est, daprès nos conceptions, défini de la façonsuivante : Le rêveur poursuit la ligne masculine et se défend, comme aussile névrosé, lartiste, contre un sentiment naissant déchec dans le sens de sonstyle de vie. Son évaluation des notions masculin-féminin provient de sonenfance, varie dun individu à lautre, est motivée individuellement et formedans sa contradiction les fonde­ments de la fiction principale du névrosé. Ledynamisme idéatoire du rêveur et du névrosé se complète dans des analogies,symboles et fictions de toutes sortes, basés sur une contradiction entre un « enbas » et un « en haut » et en même temps sur lantithèse « féminin-masculin ».Dans ce dynamisme, linten­tion vise toujours le haut, le principe de laprotestation virile, lélévation du rêveur. En appliquant à présent ces deux catégories, définissant le rêve,les images directrices, comme les appelle Klages dans ses « principes decaractérologie » à ce fragment dun rêve, à cette manifestationaffectivo-motrice, dont la compréhension simpose daprès lexposé de lamalade, nous pou. vons constater : 1º que la malade craignait un acte deforce, semblable à celui quelle avait subi dans son enfance de la part dungarçon et récemment de la part du spécialiste du nez ; 2º quelle réagissaiten face de cette prévision, exactement comme pendant son enfance en face dunehumiliation. Il faut y ajouter une remarque, faite pendant nos conversations,et que la malade avait retenue. Pour mieux lui rendre compréhensible ladivergence des types de créations psychiques entre lhomme et la femme, javaismentionné la consta­tation, que parmi un groupe dhommes et de femmes, toushabillés de vête­ments féminins, on pouvait distinguer les femmes daprès leurcomportement en cas dapparition dune souris. Les femmes serrent fortementleurs vêtements aux jambes. Dans son souvenir concernant la cave et la présencedes rats ma remarque trouve son intérêt. Dans la manifestationaffectivo-motrice du cri se retrouve donc un contenu psychique : « onva menfermer, on va contrarier mes volontés, on va mhumilier (la cave !)car je suis une fille. Comme dans un état de légitime défense, apparaît, comptetenu de son rôle féminin, la protestation virile qui dit : « crie »pour quon puisse tentendre, pour quon ne tennuie pas et quon te laissetranquille. En comparant ces deux idées avec son comportement envers moi, nousretrouvons la seconde clairement rapportée a ma personne. La malade crie,cest-à-dire, quelle se dirige de façon hostile contre moi ; elle se défendcontre ma supériorité et elle déclare désirer sa liberté, cest-à-dire ne pascontinuer le traitement. La première « idée », on me surprend,mhumilie, me tient prison­nier, a probablement été représentée dans la premièrepartie, oubliée, du rêve, une supposition que la malade écoute sans y répondre.Lorsque je lui dis que, probablement, dans son rêve, jai dû lui apparaîtrecomme un homme dans une situation de supériorité, sa réticence continue. Ellese trouve à peine influen­cée par lexplication lui disant que, poussée par uneprécaution exagérée, elle avait construit un épouvantail superflu, lui faisantcraindre dêtre vaincue par moi, situation contre laquelle elle protestait encriant. Son sentiment du rôle féminin, son besoin daffection sontcertainement exagérés dans un but de protection, sa libido, contre laquelleelle veut se mettre en garde, est donc fausse. Elle agit comme si elle devenait faible en face de moi, ellemaintient cette fiction en tant que vérité, croyant y trouver sa plus grande sécurité.À présent nous comprenons ce que représente sa tendance à linversion. Lamalade voudrait être la plus forte et elle craint que je ne le sois. Je nai malheureusement pas pu garder en traitement cette maladeplus de quelques jours, ce qui témoigne de la gravité de son mal et delinsuffisance et de lincapacité de ses facultés coopératives humaines. Uneannée plus tard jai appris que son état sétait aggravé. IV. - Mécanisme dinversion dans le rêve dune malade maniaco-dépressive. Une malade dune ambition extraordinaire, voulant toujours vaincrepar sa beauté et qui ne sattribuait aucune possibilité de succès en dehors deleffet de sa beauté, présenta les symptômes morbides dune dépression, aumoment où son âge lui faisait craindre de devenir moins belle. Une fois cette phase passée, elle fit preuve dun incessant besoinde rivaliser avec dautres femmes. Un jour elle put sapercevoir que son amie,plus jeune, avait beaucoup de succès en société. La nuit elle fit le rêvesuivant: « Mon amie et moi nous sommes assises sur une échelle, elle enhaut, moi en bas, jen suis très triste. » Dans cette tristesse (dépression) se traduit son sentiment dinférioritécomme cause de sa position, en bas de léchelle. Le trouble affectif la pousse évidemmentà une inversion de la situation, ce qui pourtant nest pas exprimé dans le rêve.Afin de ne pas subir dautres comparaisons avec son amie, elle évite dorénavantla société. Elle agrandira « la distance par rapport à la vie ». Satristesse laisse supposer que son état dépressif samplifiera. Son ressenti­mentenvers son amie séveillera et elle cherchera à reprendre sa place « enhaut de léchelle » au moyen de critiques, de méchancetés et de remarquesdésobligeantes.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre X Contribution à l’étude de la résistancependant le traitement              Retour à la table des matières Parmi les symptômes de la névrose, se trouve en tant quemanifestation compréhensible, mais très peu comprise, quoique des plushumaines, un complexe - toujours présent - de particularités caractériellestelles que lentête­ment, lopiniâtreté, loppositionnisme, linimitié,lattitude hostile, comme aussi le besoin davoir raison, de resterinaccessible, de dominer ses proches. Dans ce même groupe, il faut citer les notionscliniques du négativisme, de lisole­ment, de lautisme (Bleuler). Bien souventle malade sefforce de défendre par des arguments logiques son point de vue, etcela même dans les psychoses. Ce raidissement est toujours le signe dun manquede faculté de coopération, seule mesure exacte par rapport à la norme. Dans cette attitude oppositionniste vis-à-vis de son semblable résidetoute la tendance erronée à sisoler du malade, comme aussi son besoin de domi­nation- découragé et sans vigueur - ainsi que sa vanité. Lattitude dépréciante dumalade vis-à-vis de ses proches, souvent camouflée par une sou. missionapparente, de lobéissance, de lamour ou des sentiments dinfériorité, maistoujours stérile et diminuant lentourage se manifeste évidemment aussi vis-à-visdu médecin. Ce dernier trouve de ce fait une occasion favorable détudier et decomprendre à partir de ces symptômes la personnalité de son malade, de luienlever tout point dattaque, et de ramener à la conscience et à la compré­hensiondu malade toutes ces manifestations dynamiques afin de lentraîner en vue dunemeilleure faculté de coopération. Une malade qui avait été en traitement psychothérapique pendant deuxmois vint un jour me voir et me demanda si, la prochaine fois, elle ne pourraitpas venir à quatre heures au lieu de trois heures. Sans tenir compte de linsis­tancedes malades à motiver ce genre de demandes dans des cas semblables, nous avonstout droit de penser que le changement désiré est lindication dune agressivitéaccrue, dune protestation à légard du médecin. Nous aurions tort et agirions àlencontre du but du traitement, qui est de rendre au malade son sentiment deliberté, si nous ne tentions pas dans ces circonstances de rechercher lesraisons de la demande. La malade disait quelle devait aller chez la couturière a troisheures, raison assez faible en elle-même que venait toutefois légèrement étayerle fait que la longue durée du traitement lui laissait assez peu dheureslibres. Comme jétais pris à lheure quelle demandait, je proposai en tant quetest cinq heures ou six heures. La malade repoussa cette proposition en disantque sa mère était libre à cinq heures et lattendait chez une amie. Nous noustrouvons, là encore, en face dun motif insuffisant et nous avons tout droit depenser que la malade manifeste une résistance à légard du traitement. Freud a indiqué à plusieurs reprises que lanalyse doit tenir comptede ces phénomènes de résistance qui sont souvent liés au transfert. Puisque,selon notre point de vue, les relations psychiques mises en cause dans ces deuxquestions sont toutes différentes de celles invoquées par Freud et quellessont souvent mal comprises, je vais tenter de les discuter en me référant aucas susnommé. Il faut avant tout retenir le point particulier dans lanalyse dutraitement où la résistance apparaît. Dans le cas que nous examinons, la maladeavait parlé pendant quelques jours à son frère de ses relations. Elle me ditque, parfois, lorsquelle était seule avec lui, elle avait un inexplicablesentiment de dégoût. Elle navait cependant aucun sentiment daversion à son égardet laccom­pagnait volontiers au théâtre. Dans la rue cependant elle se gardaitbien de lui donner le bras, de peur que des étrangers ne la prenne pour sa maîtresse.Elle parlait souvent avec lui à la maison et lui permettait fréquemment delembrasser, chose quil faisait avec plaisir. Embrasser était un de sesplaisirs favoris et parfois elle ressentait une véritable folie de baisers. Récemmentelle avait été plus réservée à légard de son frère, car son odorat très finlui avait signalé une mauvaise haleine chez lui. La relation psychologique de la malade avec son frère apparaît ainsiassez clairement. Elle éprouvait certaines émotions et jouait avec certainespossi­bilités contre lesquelles elle cherchait aussitôt à se protéger. Si cesmouve­ments émotionnels prennent la forme de désirs féminins (elle permet quonlembrasse, elle prend le bras de son frère, elle désire la société deshommes), elle leur tient tête par une protestation masculine que cependant ellemasque dun voile logique insignifiant. Que fait-elle pour garder son attitude masculine à légard de son frère ?Inconsciemment elle introduit une évaluation fausse et développe des percep­tionssi remarquables et une vision si prophétique quelle en est conduite à desconclusions tout à fait justes. Cette peur dêtre prise pour la maîtresse deson frère ne peut être comprise que par les personnes qui ont eu une attitudesimilaire à légard dun frère. Elle a tout à fait raison en ce qui concerne lamauvaise haleine de son frère, bien quaucune des autres personnes de sonentourage quil embrasse souvent ne sen soit aperçue. Notre malade a doncintroduit une valence défavorable à légard de son frère qui montre clairementquel était son but. Certaines personnes dans ce cas ne seraient sensibles quau« non » de la malade. Si quelquun se mettait à douter de laprobabilité dindications damour sexuel entre frère et sœur, au lieu dattirerlattention sur les exemples nombreux fournis par lhistoire et sur lesrenseignements tirés des statistiques criminelles et des expériences pédagogiquesqui viennent prouver cette attitude, je dirai simplement que je ne les considèrepas comme ayant une grande profondeur. Il me semble quil arrive très souventque dans une nursery un frère et une sœur jouent « au père et à la mère »,et que la fille, en raison de son attitude masculine neurotique, essaie de seprotéger pour ne pas aller trop loin. Son frère a depuis longtemps cessé dêtresimplement un frère, mais joue le rôle de futur prétendant. Elle vit avec luidans un monde dimagination et essaie de montrer ce dont elle est capable etpar quel moyen elle juge bon de se protéger. Ses souvenirs et les traces émotionnelles qui lui restent dévénementspassés lui disent ce dont elle est capable. Limpression totale que la maladereçoit est la suivante : « Je suis une fille et je ne suis pas assezforte pour dompter mes désirs sexuels ; même dans mon enfance javais peudénergie, mon imagination jouait avec des objets défendus, et je nétais mêmepas capable de me contrôler (mes désirs) en présence de mon frère ! Jevais être calomniée et maltraitée; je vais être malade, je vais porter unenfant dans la souffrance, je vais être conquise, je vais être uneesclave ! Il faut donc que dès le début et sans discontinuer je sois surmes gardes, pour ne pas succomber à mes désirs, pour ne pas massujettir à unhomme, il faut que je me méfie de tous les hommes ! Pour cela il faut queje me conduise moi-même comme un homme ! Sa nature sexuelle de femme devient son ennemi, et elle dote cetennemi de forces et de ruses incroyables. Ainsi dans la vie émotionnelle du névrosésurvient une caricature de linstinct sexuel quil vaut la peine dattaquer. Lenévrosé masculin craint de même ces émotions quil considère comme féminines,telles que la tendresse, le désir de se soumettre à une femme, qui surviennentdans sa vie amoureuse; il en faut des caricatures pour pouvoir les attaquer. Àpartir dautres relations, non sexuelles, il obtient des analogies :traits corporels, faiblesse première, indolence, insouciance et erreursinfantiles précoces. Tout cela sort de preuve de la présence de caractéristiquesnon masculines, cest-à-dire féminines, et sont affrontées par la réactionmasculine. Ces accidents véritables sont organisés et mis en œuvre, si bien quelattitude défiante des malades femmes (cela sapplique aux filles qui montrentde la défiance à légard des recommandations de leurs mères) leur permetdutiliser leur propre activité sexuelle de femme sous la forme de protestationmascu­line, et permet aux névrosés masculins déviter les relations amoureusesen ayant recours à la mollesse féminine et à laboulie (appelée « neurasthénie »),à limpuissance et à la crainte ; mais jai discuté de tout cela dans deschapitres antérieurs de ce livre. Ces perceptions internes « organisées »et souvent caricaturées se font une place dans la trame et la chaîne dupsychique, ce sont des signes avertisseurs qui appelleront puissamment laprotestation masculine, et les protections contre la chute. Nous sommes ainsi amenés à conclure que de nos jours la malade necourt aucun danger de commettre un inceste, et que dans son désir de se protégerelle est allée plus loin quil nétait nécessaire, mais quainsi elle adesservi un des objectifs principaux de sa protestation masculine, cest-à-direne pas voir sa vie future se développer le long de sentiers féminins ou dêtreassujettie aux hommes. La dépréciation de lhomme est une manifestation normale chez lesmala­des. Elle peut apparaître dune façon très claire, comme dans lexempleci-dessus, ou être si bien déguisée que certains lecteurs, au vu de ma constata­tion,seront incapables de trouver dans leurs données quelque lumière à lappui de lavalidité générale de mon interprétation. Nous trouvons souvent chez les névrosésdes traits masochistes et féminins s et des tendances poussées à lasubordination et à la suggestibihté de lhypnotisme. Le désir hystérique delhomme fort et puissant devant lequel nous pouvons courber le genou a toujoursété fort en nous ! Combien de malades névrosées sont en admiration devantleur médecin et chantent des louanges en son honneur ! Elles agissentcomme si elles étaient amoureuses. Mais le côté opposé apparaît bientôt caraucune ne peut trouver une harmonie. Voilà ce quelles disent : « Queje suis faible ! je dois faire usage de toutes mes forces pour ne passuccomber », et comme une personne qui se prépare à sauter très haut,elles font quelques pas en arrière et tendent le cou encore plus fort afin desauter par-dessus les autres. Une de mes malades disait souvent quelle étaitimmorale et était tou­jours prête à avoir une liaison, malheureusement les hommeslui répugnaient esthétiquement. Un autre malade qui était traité pourimpuissance avait été autrefois hypnotisé par un charlatan ; en lequittant lhypnotiseur lui avait dit que chaque fois quil mettrait le goussetde sa montre sur sa tête il sendor­mirait. Le malade nétait pas guéri de sonimpuissance, il sendormait toujours. Par la suite il alla voir de nombreux médecins,mais comme les remèdes et les traitements mécaniques restaient sans effet, ildemanda à être hypnotisé, ce quaucun ne pouvait faire. À la fin duneconsultation, il sortit son gousset pour montrer au médecin comment ilsendormait. Le sens de cette conduite était « Vous ne pouvez même pasfaire ce qua fait un charlatan vous ne pouvez même pas faire ce que fait ungousset ! » Si le malade, qui depuis lors a perdu confiance dans leshommes et les femmes et les a dépréciés, prenait con­science du secret de sonpsychisme le gousset perdrait son pouvoir. Chaque fois que je remonte aux origines de cette attitude de méprisvis-à-vis de lhomme, je trouve toujours à la base une situation pathogèneinfantile où le malade enfant désirait lemporter sur son père, et adoptait réellementou imaginait les attitudes doffense et de défense vis-à-vis de son père, deses frères et de ses sœurs. Mais il apparaît également avec beaucoup de nettetéque le caractère de lenfant prédisposé à la névrose, son envie, son ambitionexagérées, sa volonté de puissance, agissent violemment sur son désir dedomination. De ce point de vue il est aisé de saisir le double rôle de lenfantprédisposé à la névrose dans ses relations avec les femmes, et de tirer desconclusions au moyen des données obtenues. Dune part, la femme - comme tout ceque nous ne pouvons pas obtenir sur le champ - est idéalisée dune manièreextrava­gante et revêt les qualités magiques de force et de puissance. Lamythologie, les contes et les croyances populaires traitent souvent dune sortede géante, de démon-femme (comme dans le poème de Heine, la  Loreleï ) oùlhomme est représenté comme un être microscopique ou irrémédiablement perdu.Le névrosé garde souvent des traces terrifiantes de son attitude infantile,fantô­mes conscients ou inconscients ou souvenirs protégés (Freud), ou rappelsde femmes qui lont dominé ou surpassé (cf. la biographie de Ganghofer et desconstatations semblables chez Stendhal). Par la suite on retrouve, sous uneforme ou une autre, dans la superstructure psychique un sentiment de timiditéen présence des femmes, la crainte de leur rester attachés ou de ne pas pouvoirsen débarrasser. Contre cette relation psychique obligatoire qui menace desubordonner un homme à une femme le névrosé dirige toutes ses tendances défensives,renforce sa protestation masculine et ses idées de puissance grâce à ces mêmestendances défensives, et abaisse et déprécie la femme. Très souvent deux typesde femmes apparaissent dans ses fantômes et sa con­science : la Loreleï et(Wiswamitras) laimée ; lidéal et la réalité vulgaire, la mère (Marie) etla prostituée (cf. O. Weininger). Dans dautres cas ou bien survient une formecomplexe comme la véritable hétaire, ou un des deux types cités plus hautapparaît nettement au premier plan (féministe et antiféministe). On sait que dès lâge de six mois lenfant est désireux de semparerde tous les objets sans vouloir les rendre. Peu après, sous la pression de lavolonté de puissance, il veut semparer de toutes les personnes qui sintéressentà lui. La jalousie est la tendance défensive qui accompagne ce désir depossession. Si lenfant est obligé de pousser plus avant ses interprétations(incertitude pour ce qui est du rôle du sexe) il survient soit une maturitésexuelle précoce, soit une timidité. Jen suis venu à conclure que dans sesrelations avec ses parents, un trait neurotique complémentaire agit déjà, traitqui tente à la fois de le poser comme, et de le protéger contre la ressemblanceà Dieu. Les expériences passives ne possèdent pas de force conductrice. Elles ne sont pas des causes mais simplement des points de repèresrecon­nus dans chaque perspective individuelle de puissance, utilisés, dont onse souvient ou qui sont oubliés. Ces points de repères sont reconnus car ilspeignent des manifestations frappantes de la dynamique du névrosé, et surtout,ils peuvent être utilisés comme restes ou types dexpression à lintérieur ducadre de la protestation masculine. « Je suis un faible par rapport auxfemmes ! Enfant, je massujettissais déjà, sous forme damour, à unefemme. » En lisant à travers les lignes, cela signifie: « Jai peur desfemmes. » Immédia­tement à la suite de cette crainte « démoniaque »de la femme, de sa « nature complexe », de son « inexplicabilitééternelle », de sa « force qui vous oblige », nous trouvons chezlhomme une attitude soit de dépréciation soit de fuite. Surviennent alors limpuissance psychique, léjaculation précoce, lasyphilophobie, la peur de lamour ou du mariage. Si la protestation masculineparvient à saffirmer et rend possible les relations sexuelles, le névrosé nesent digne de son amour que la femme complètement déshonorée, la prostituée oule cadavre. Lanalyse révèle le motif réel de cette attitude : la croyanceque ces formes de femmes peuvent plus aisément être contrôlées. Autrepossibilité, nous trouvons des cas où la protestation masculine oblige un hommemalgré lui à affronter le monde dans le rôle dun Don Juan. Je nai jamais rencontré un névrosé masculin qui nait pas sous uneforme ou une autre particulièrement accentué linfériorité des femmes, etprobable­ment en même temps, celle de lhomme. En amour la lutte contre unrival naît de cette dernière tendance et est dabord de lenvie. La névrosée déprécieavec encore plus de force à la fois lhomme et la femme. Quand notre maladeconsulte un médecin masculin, elle a recours, comme en dautres occasions, àune dépréciation de lhomme qui reparaît toujours. Et cela dautant plusquelle réalise quil lui est « supérieur » en connaissances. Dans lecas présent, sa « résistance » saffermit après que je lui eusexpliqué des faits importants sur la nature de sa névrose. Elle opposa unenouvelle protestation « parce que vous aviez raison pour tant dechoses ». Mais elle désirait avoir raison ! Si dans ses rêves elle sereprésentait frivole et méchante et pensait à des relations sexuelles avec sonfrère ou avec moi, il faut interpréter ces rêves comme une exagérationneurotique organisée par elle pour sa préservation. Ce « transfertamoureux » à légard du médecin est par conséquent faux, il doit êtreconsidéré comme une caricature et non comme « libido ». Ce nest pasen réalité un (vrai) « transfert » mais simplement une attitude etune habitude qui remontent à lenfance et qui indiquent le chemin de lapuissance. Le dernier développement de sa maladie était caractéristique. Lalutte finale pour la dépréciation du médecin commença. Elle savait tout plus complètement et pouvait tout faire mieux quele médecin. Il aurait été étonnant quen moins dune heure elle nait pas trouvédes objections et des reproches absolument flagrants pour miner son prestige médical. Les moyens dont dispose la psychologie individuelle suffisentamplement à éteindre cette méfiance du malade contre les gens en général.Patience, précisions et avertissements assurent les progrès du médecin, Leprogrès con­siste à révéler au malade létat pathogénique infantile qui mine saprotestation masculine. Des relations amicales avec le médecin permettent, à lafois au médecin et au malade, davoir une vue complète de lactivité névrotique,de prendre conscience de la fausseté des mouvements émotionnels, des supposi­tionserronées issues de la disposition névrotique et la dépense superflue dénergiedu névrosé. Grâce au psychologue, le malade apprend pour la pre­mière fois desa vie à se connaître et à contrôler ses instincts survoltés. Pour arriver àcela il faut se débarrasser de toute résistance à légard du médecin. Lepraticien arrive à trouver un lien avec le malade grâce aux vestiges deconscience de groupe qui survivent chez le névrosé ou lindividu psychique­mentmalade.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre XI Syphilophobie                Retour à la table des matières Jai rarement vu un cas de névrose dans lequel manquaient des idéesexprimant la syphilophobie. Tantôt ce symptôme se trouve au premier plan des préoccupationsdu malade et semble être la seule idée qui lincite à consulter le médecin,tantôt il est mêlé à un grand nombre dautres symptô­mes. Ce sont souvent desmalades qui nont jamais ou dinfection vénérienne, mais on peut égalementtrouver cette phobie chez des malades autrefois contaminés par la syphilis.Parfois leur phobie vise la blennorrhagie, la contamination par les parasites,le tabès ou la paralysie, ou encore ils trem­blent de peur pour lavenir deleurs futurs enfants, quils nont pas encore procréés. Leur intérêt est axésur le complexe de la syphilis, ils poursuivent ce thème dans la conversationet dans leurs écrits et cet intérêt se manifeste parfois dans les productionsgraphiques ou picturales de certains artistes, comme par exemple Félicien Rops.Les phobiques et les hypocondriaques sont des sujets prudents. Il est inutiledexposer avec détail cette constatation évidente, comme il est superflu dedire quils ne partagent pas ce trait de caractère avec tous les névrosés. Uneanalyse détaillée du malade phobique et hypocondriaque par contre peutfacilement nous convaincre que leur extrême prudence doit les préserver contreles échecs de la vie et que bien souvent toute précaution, dans le sens généraldu mot, semble superflue en ce qui les concerne, étant donné que chez eux laphobie la remplace, comme langoisse assure la sécurité. Mais la phobie apparaîtà un moment antérieur et plus ancien du système de référence humaine et de cefait elle mène à des exclu­sions plus étendues que la précaution. Ainsi apparaissent ces tableaux morbides, dont la compréhension etlanalyse exigent de grands efforts de la part du thérapeute. Étant donné quela phobie résulte dune tendance du malade à sassurer la sécurité, quedailleurs elle le protège dune façon remarquable, il peut se permettre leluxe de commettre occasionnellement de petites imprudences. Chaque syphilophobenous raconte en effet, à quel point il peut être imprudent, par moment. Laconnexion psychique de cette « ambivalence volontaire », comme laappelée à tort Bleuler, nest pas indiquée de ce fait. Elle réside dans lastructure dyna­mique de lhermaphrodisme psychique et de la protestation virilequi en résulte et linstance critique contrôlante (« affective »Schiller) de la vie psychique névrosée arrive à cette impression : « voicià quel point je suis imprudent ! je ne connais pas de limites ! doncsoyons toujours prudent ! » Telle est linfrastructure affective dumalade phobique, infrastructure qui se manifeste chez le malade, soit par laremémoration de certaines imprudences dans le passé, soit, ce qui est encoreplus important, grâce à leur arrangement actif. Dans le cadre de cet arrangement névrotique il faut placerlaversion permanente ou occasionnelle du malade pour toute mesure de précaution.Le malade invoque, pour expliquer « cette légèreté », toujours les mêmesexplica­tions incongrues « les mesures de précaution ne sont pasefficaces » ou encore « je ne suis pas capable de men servir »et ainsi de suite. Nous ne voulons pas nier que ces objections apparemment insensées dunévrosé sont motivées dans une certaine mesure. Mais ces objections de­vraient êtrevalables pour tout le monde. Nous pouvons constater dautre part quil estcapable de se servir de moyens de précaution. Dans ce comportement on retrouvela même signification que jai décrite, à maintes reprises, dans des travauxantérieurs : le malade joue avec le danger, court après ses gifles, afinde mieux sentourer dun réseau de protection, et de montrer au mieux lesdangers du monde extérieur ainsi que sa propre infériorité. Un malade que jaieu loccasion dexaminer pour différents symptômes nerveux, et qui venait decontracter la syphilis, exprima très nettement ce rapport : « à présentje suis libéré de mon angoisse, ayant contracte la syphilis. Depuis dix ansjattends cette maladie avec anxiété et impatience. » Ce qui, en réalité,le soulageait, était sa dispense concernant lamour et le mariage. La plupart des syphilophobes mettent en œuvre un dispositif de sécuritéqui vise directement linfection. Ils se protègent dans tous les domaines,proches ou éloignés de linfection, en évitant même tout contact, refusant deboire dans le verre dun autre, dutiliser des cabinets communs, et ils se préserventcontre tout contact social. Dans linventaire de leurs mesures de protection ilfaut inscrire léjaculation précoce, la masturbation, les pollutions,limpuissance psychique. Certains traits de caractère se trouvent fortementaccentués : lavarice par exemple. De ce fait la voie de lamour leur estrendue difficile. Leurs principes, esthétique et éthique, atteignent un degrétrès prononcé. Leurs yeux, leurs oreilles et leur nez détectent partout lasaleté, les fautes, comme par exemple dans lobsession de la propreté. Lesjeunes filles atteintes de syphilophobie aiment constamment flirter, mais ellesreculent devant lamour et le mariage, comme dailleurs les garçons atteints dela même maladie. Les prétextes ne manquent pas : À cause de lodeur, àcause de leur malpropreté, de leur légèreté, de leurs mensonges - et parce queles hommes nentrent pas purs dans le mariage. On entend parfois les jeunesfilles exprimer la crainte de contracter la syphilis auprès de leur mari, dansle mariage. Dautres mesures de protection, concernant les femmes à semblablestructure psychique, sont le vaginisme, la frigidité et pour les hommes et lesfemmes lhomosexualité et les perversions [42]. Si on a pu progresser dans l’analyse jusquà la compréhension de cesconnexions, et si on arrive à faire comprendre au malade que sa syphilophobiese présente comme une forme de protection, comme une hypersensibilitéhallucinatoire vis-à-vis dun danger menaçant qui lui présente les dernièresconséquences de son éventuelle action insensée, à savoir le début imminent delinfection [43], alorsla syphilophobie diminue dans bien des cas. La guérison définitive de cette névrose- et il faut poursuivre linterprétation jusque dans les derniersretranchements de la maladie - exige une compréhension profonde des mécanismesde base et de leurs tendances. Voici les résultats de cette analyse :  1º La syphilophobie ne résume jamais le seul aspect de laprotection, mais se trouve régulièrement associée aux autres tendances névrotiquesde protection. 2º Tous les mécanismes de sécurité sont induits, en quelque sorteannon­cés, par lapparition dune attente anxieuse. 3º Lattente anxieuse est le résultat dun sentiment dinférioritéet dinsé­curité, provoqué par linfériorité organique et par la peur dun rôleinférieur permanent, acquis pendant lenfance et maintenu ultérieurement danslinconscient. Sa tonalité affective est celle dun déserteur qui na pas réaliséle contact avec ses semblables. Les aspects de ce dynamisme névrotique ont été exposés dans différentschapitres de ce volume et ils expriment la protestation de la personnalité vis-à-visdu pénible sentiment dun rôle inférieur à jouer dans la vie, se rapportant àlantithèse verbale et réelle des notions «en haut » et « enbas ». La peur de la femme, chez les syphilophobes, se dessine avec unenetteté particulière parmi les différentes tendances à se protéger contre undanger. Dans lanamnèse des malades on retrouve la présence de la mère virileet puissante ou du père, dont la personnalité marquante a pesé lourdement surlenfant, conditionnant sa névrose [44]. Les enfants caractériels descendants dhommes supérieurs représententle cas classique. Le névrosé a recours à la dépréciation de lhomme et de lafemme, afin déchapper à son propre senti­ment dinfériorité. Parfois on peut constater une recherche exagérée de la propreté,faisant également partie du réseau de protection des malades, se traduisant parun besoin de se laver et par la peur de taches, de saleté ou de poussière. Acette occasion le malade donne à ses fonctions excrémentielles une allurerituelle. Parfois la constipation traduit cette recherche de la propreté etentraîne des pertes de temps considérables. Lintention du malade, dintéresserlentourage à sa personne et à ses excréments, provient de cette même tendance.Dautres fois ce sont des manifestations dun état dinfériorité digestif ouurinaire (hémorroïdes, fissure anale, hypospadias, énurésie et dautresmanifestations morbides) qui fréquemment fournissent par leur symptomatologieles élé­ments de souvenirs pénibles et qui restent au centre des préoccupationsdu malade. Toute limagination est centrée sur des problèmes concernant lamaladie (en fonction du centre dintérêt antérieur axé sur cette question). Lesidées sur la mort, sur la grossesse et laccouchement (même chez les hommes)appa­raissent à loccasion déruptions banales, dirritations cutanées, doedèmes,dautres fois sont évoquées des idées sur la castration [45] et sur linsuffisant développement de lorgane génital. Lesentiment dune virilité inaccessible, ou du moins jamais entièrement atteinte,provoque, par la voie compensatrice, des exagérations démesurées de tendancesdominatrices, sadique ou érotique. Une très grande méfiance, le besoin constant de découvrir des défautschez les autres, sont dus à une tendance à la dépréciation, gênant constammentles relations amicales ou érotiques durables. Une autre difficulté vitale estcréée par le doute, provenant du sentiment dinfériorité infantile, forme laplus mar­quante de linsécurité originelle et qui mène à loisiveté. Des événements banaux fournissent au syphilophobe la conviction dunérotisme démesuré. Cette conviction pèse sur ses décisions. Si cette phobie nesuffit pas pour protéger suffisamment le malade, il a recours à dautres dispo­sitifsde sécurité, limpuissance psychique par exemple. Parfois sy associentdautres phobies, telles lagoraphobie, léreutophobie ou des manifestationsobsessionnelles hystériques ou neurasthéniques, empêchant toute vie sociale, lepréservant de tout rapport amoureux ou du mariage. Jai pu observer un maladesyphilophobe avec besoin constant déternuer, où le sujet se compor­tait commele héros dans l’œuvre littéraire de Vischer : Encore un, sans quele malade ait connu cette production littéraire. Des jeunes filles syphilophobes se présentent tout à fait dans unedispo­sition psychique masculine. La dépréciation de lhomme atteint chez ellesun degré aussi élevé que celui des femmes chez le syphilophobe masculin. Dans ces circonstances le sens de la phobie en tant que moyen de pro­tectiondevient évident. Les cas sont fréquents Où le malade, placé devant le problèmedu mariage, constate chez lui tout à coup, et à tort, un exanthème ou un écoulementuréthral, lui fournissant le prétexte pour sa fuite. On constate souvent desstigmates dinfériorité organique tels des voies para-uréthrales, un phimosis,un pénis de dimensions très réduites, de la cryptorchidie ou des petitstesticules, des lèvres intérieures hypertrophiées fournissant des motiva­tions,toujours insuffisantes [46]. Comme cela arrive souvent en psychologie des névroses, il résulte delanalyse de ces cas, une révélation diamétralement opposée au point de vue dumalade. Le sujet nous raconte quil craint la syphilis et que pour cette raisonil évite tout rapport sexuel. Nous pouvons lui démontrer quil craint lepartenaire, homme ou femme, suivant le cas, et que de ce fait il arrange sasyphilophobie  Les tendances hostiles vis-à-vis du sexe opposé semanifestent toujours, et on en retrouve la trace dès les premières années du sujet.Jai déjà mentionné lutilisation littéraire et scientifique de ce problème(Schopenhauer, Strindberg,Moebius, Fliess, Weininger) et je voudrais seulementrappeler le thème de cette phobie de la femme, telle que nous le retrouvonsdans la littérature, chez les romanciers et les peintres. Ce problème est traitéavec une rare acuité par lécrivain Georg Engel dans : La peur de lafemme et Le chevalier de larc-en-ciel ainsi que par Philippe Freydans La lutte des sexes. Schopenhauer exprime dans ses « aphorismes » des idéessemblables. « Le principe chevaleresque de lhonneur et les maladies vénériennesont empoi­sonné la vie. Car la maladie vénérienne étend son influence beaucoupplus loin quon ne pourrait le deviner au premier abord ; ses effets ne sontpas seulement physiques mais aussi psychiques. Depuis que le carquois dAmorporte aussi des flèches empoisonnées, le rapport des sexes a pris un aspectinsolite, voire hostile et diabolique. Une méfiance sombre et craintive teintces rapports et linfluence immédiate de ces transformations dans lesfondements de toute société humaine atteint, plus ou moins, également lesautres rapports sociaux. » Nous ne diminuons en rien le mérite du génialphilosophe, si nous rapportons son attitude « hostile » en face de lafemme à ses tendances originelles hostiles envers sa mère dominatrice. Que sastructure caractérielle rappelle, dans ses autres aspects, celle dusyphilophobe est suffisamment connu. Je voudrais souligner ici son étonnementet sa crainte en face de la puissance de linstinct sexuel, son hypersensibilité,sa méfiance et sa très forte tendance à la dépréciation concernant lhomme etla femme. Na-t-il pas donné à son chien le nom « homme ». Sa négationde la vie nie linstinct sexuel dans le même sens que le ferait lasyphilophobie. Le motif rappelle celui de nos névrosés, la lutte contre lafemme puissante, la peur de la femme, la pour de devoir se soumettre. Lacontradiction marquante avec le sentiment social sera atténué dans laspectfinal de sa philosophie qui se rapporte au sentiment de la charité, semblabledans une certaine mesure à Nietzsche, qui paye son tribut éthique au sentimentsocial par la notion de « léternel retour ». August Strindberg, un des plus puissants adversaires de la femme, écritdans son livre sur lamour : « Quelles sont les armes qui permettent àla femme de défendre au mieux sa petite personne afin de ne pas se soumettre àson partenaire et de ne pas se perdre ? » À cette occasion jerappelle la crainte névrotique de lhomme en face de la femme placée « enhaut » et tout désir caché de la femme névrosée de se trouver « enhaut », problème que jai mentionné à maintes reprises. De cette même dynamique psychique sont nées de nombreuses peintures.Limpulsion manifeste de ces œuvres traduit si clairement la peur de la femme,que nous ne serons pas étonnés dy retrouver les problèmes identiques à ceux dumalade phobique. Elle est particulièrement nette dans les représentationssymboliques et stylisées, une multitude dœuvres, parfois merveilleuses, suc­cèdentaux motifs de Campaspe (maîtresse dAlexandre chevauchant Aristote), de Dalilaou de Salomé et semblent représenter, lors dune observation superficielle,uniquement le triomphe abstrait ou la puissance de lamour. Dautres fois leproblème est réduit à son simple aspect dimensionnel (la femme énorme - lhommepetit, la femme en haut - lhomme en bas) exprimant la peur vis-à-vis de lafemme. Le motif de la madone sy prête également très bien. Parmi les réactions,en face de cette peur originelle, la tendance à la dépréciation de la femme nemanque pas dans une production artistique, réalisée avant tout par leshommes [47]. On peutciter, en effet, une longue série de tableaux qui présentent tous les tendancesprotectrices dont nous venons de parler, tendances semblables à celles duphobique. Limportance saillante du problème dans la production artistique deRops est particulièrement signifi­cative, et lidentité avec les problèmes du névrosése passe dautres preuves, si nous recommandons létude des peinturessuivantes : La dame au pantin, Sphinx, Pornocrates, Cocottocratie Femme alcoolique, Mors syphilitica. On pourrait considérer comme texterelatif à ces tableaux, décrivant les senti­ments des syphilophobes, lidée deBaudelaire affirmant quil ne peut pas se représenter une beauté féminine sansy ajouter la notion de malheur. Citons de ce même auteur dans Les Fleurs duMal (p. 99, Hymne a la Beauté, Les Fleurs du Mal, éditions de la Pléiade.) Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu temoques De tes bijoux lHorreur nest pas le moinscharmant, Et le Maître, parmi tes plus chères breloques,Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement. Léphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambe et dit : Bénissons ceflambeau ! Lamoureux pantelant incliné sur sa belleÀ lair dun moribond caressant son tombeau.  Il a été dit, bien souvent, que lartiste est fait du même bois quele névrosé. Son manque de sécurité, qui prend parfois ses origines dans des déficiencesorganiques [48],laccompagne toute sa vie. Il ne sera jamais et nulle part tout à fait chezlui. Son hésitation avant dagir, avant lexamen, son trac et sa crainte de nepas aboutir, sont des dispositifs de sécurité exagérés, semblables au recul dunévrosé dans son agoraphobie et sa crainte de laltitude ou sa peur en face duplus puissant triomphe viril, lamour. Ce qui leffraye nest pas laltitu­de,mais labîme, alors que, entraîné vers le « haut » par sa soif dusuccès, il tremble devant lidée de la chute. Son sentiment social relativementdévelop­pé, le préserve contre les méfaits trop graves de la névrose, àlaquelle il néchappe pourtant pas. La syphilophobie est une petite séquence,dans len­semble de ses tendances protectrices, appelée à préserver lindividudes « profondeurs » quil imagine de ce fait comme particulièrementhorribles [49]. Daprès ce que jai pu constater on remarque dans la pratique desaspects morbides, facilement compréhensibles si lon tient compte de ce quenous venons de dire :  I. - Un industriel récemment marié, jusqualors heureux en ménage,se plaint dêtre constamment torturé par la peur dattraper un jour lasyphilis. Il ne peut plus travailler et son sommeil est troublé. Il évite dedormir dans le lit conjugal, dembrasser sa femme ou dutiliser la salle debain, afin de ne pas contaminer son épouse. Il ressort de linterrogatoire que,peu avant léclosion de sa phobie, il a embrassé une jeune fille dans uncompartiment de chemin de fer. Jai pu le guérir au bout de deux séances en luiexpliquant quil voulait, par sa syphilophobie, se préserver contre dautres écarts.La disposition de ce malade na certes pas été influencée, elle consiste dansla crainte de montrer sa faiblesse et de ne plus être à la hauteur de sa femme. II. - Voici le rêve dun médecin, souffrant dune idéeobsessionnelle et de pollutions répétées : « Jai rêvé que je me trouvais à Vienne, au moment du siège parles Turcs, et jattendais la défaite et la fuite de lagresseur. Je savais àquel moment les Turcs, battus, devaient faire leur apparition, layant lu précédemment.Pour participer à la bataille, je me saisis dun fusil, afin de faireprisonnier Kara Mustapha, fuyant en compagnie de quelques camarades. Au momentvoulu jai vu apparaître Kara Mustapha et sa suite sur des chevaux noirs. Mescompagnons prenaient la fuite, je me trouvais seul en face dune puissance énorme.Jessayais de menfuir, mais fus touché par une balle dans la moelle épinière.Je me sentais mourir. » Linterprétation démontre une tentative de prévoir, dans le rêve,des idées sur lacquisition dune syphilis et de sa période terminale, le tabèset la mort. Les idées évoquent les Turcs et la polygamie. Jeune médecin, le rêveurconnaissait par ses lectures le moment de lapparition de lexanthème. Lechevalier sur le cheval noir (« cest le sombre Thanatos ») est lamort. La balle dans la moelle épinière, signifie, en dehors du tabès, aussi lablessure provoquée par un échec en face dun homme, en saisissant son fusil ilmani­feste sa protestation virile. Finalement la protestation virile se traduitpar le détour de la prudence. Loin des prostituées ! Ce qui veut dire loinde ces femmes car en ce qui concerne notre malade cétait ses seules possibilitésde relations sexuelles. Voici une deuxième idée de protestation : beaucoupde femmes, les Turcs, le harem ! Des tendances protectrices semblables se retrouvent dans un autre rêveque jai publié en 1908, dans la Revue des Sciences sexuelles sous letitre : Les rêves dune prostituée. Le poète Lenau sexplique avec ce même problème dans son poème :Un rêve avertisseur.  Il ny a plus de maison aux alentours, Son regard effaré ne voit que des tombeaux toutautourEt des croix sombres qui le saluent. Dans la lumière blafarde de la lune Apparaît sa guérison torturante. Avec sa face grise et floueLenlace... la pourriture.  Je renonce à faire ici une analyse détaillée du poème. Lorsquun malade souffre de syphilophobie on peut être certain quecette maladie traduit la peur devant la femme, ou chez la femme devant lhomme,bien souvent la peur de lindividu en face des autres êtres humains.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre XII Insomnie nerveuse                 Retour à la table des matières La description des symptômes de linsomnie ne nous apportera pas derenseignements importants. Les plaintes du malade portent tantôt sur la durée réduitedu sommeil, tantôt sur la profondeur du sommeil ou encore sur le moment delapparition de linsomnie. Laccent porte toujours sur le repos insuffisant etsur son résultat, le manque dentrain et de capacité de travail, il paraîtbanal de le souligner. Quil nous soit permis de rappeler que toute une série de malades seplai­gnent de cette même incapacité de travail malgré leur sommeil parfait,voire même prolongé. Le tableau de cette maladie est facilement décrit : il ny apas de maladie psychique, quel que soit lensemble de ses symptômes, qui, à unmoment donné, ou pendant un laps de temps plus long, nait pas présenté cesymptôme. Ce sont précisément les atteintes psychiques les plus sévères, lespsychoses, qui débutent généralement par des formes particulièrement gravesdinsomnie. Lattitude du malade en face de son symptôme est de grandeimportance, ainsi que les renseignements du malade sur la souffrance et sur lesinnom­brables médicaments quil a absorbés sans résultat. Lun attend durant lamoitié de la nuit larrivée du sommeil, lautre ne se couche quaprès minuit,afin de pouvoir se reposer de sa fatigue, dautres encore sefforcent continuel­lementde réduire les bruits les plus discrets, ou comptent plusieurs fois jusquàmille, simposent toutes sortes de pensées et adoptent les positions les plusdifférentes, jusquà larrivée de laube. Ou encore - dans les cas légers - le malade simpose certaines règlesde conduite quil respecte scrupuleusement. Dans un cas le malade ne pourradormir que sil a pris le soir de lalcool ou du bromure, dans dautres sil amangé au dîner peu, ou beaucoup, tôt ou tard, sil a joué aux cartes, sil a étéen société ou sil est resté seul, sil na pas bu du café noir ou du thé, oupar contre, justement, sil en a absorbé. Ces conditions contradictoires sontsus­pectes, et cela dautant plus, que chacun invoque toute une série demotivations en faveur de sa conduite. Il y a aussi des malades qui prônent lesrapports sexuels comme étant efficaces pour sendormir, alors que dautresconseillent labstinence. Il est plus facile dobtenir le sommeil pendant la sieste, avec, là également,une série de réserves («si personne ne me gêne », « si je peuxmendormir assez tôt », « tout de suite après le repas »). Sinonle sommeil ne fait que fatiguer et provoque une sensation de lourdeur etdobnubilation. Si on résume la description que fait le malade de son mal, onobtient, dune part limpression que lon se trouve en face dun être malade,mais que, dautre part surtout, lorsquon tient compte de leffet de sestroubles, sy adjoint une autre impression : celle dune capacité detravail réduite, diminuée ou annulée pour ce malade, donc dune gêne dans savie dont il ne semble nulle­ment responsable. Pour simplifier nous laissons de côté les cas invétérés, danslesquels labus dalcool ou de narcotique a créé une symptomatologie nouvelleet des compli­cations accessoires. Une étude de linsomnie par lésion organiquedépasserait le cadre de notre travail. Il faut toutefois souligner que bien souvent lusage de narcotiquesconduit le malade à cette même aggravation de lincapacité de travail queproduit linsomnie. Il se lève tard, a une sensation de fatigue et decourbature et il utilise en règle générale le reste de la journée pour seremettre de son pénible sommeil. Les « moyens anodins » par contre nont pas bonne presse,ils agissent seulement au début du traitement ou restent sans effet. Ilsagissent au début du traitement chez des malades, qui dune façon générale,dans la vie, se caracté­risent par leur obéissance extérieure et par leuramabilité bienveillante. La cessation de leffet signale toujours lattitude dumalade en face de la cure, comme sil voulait démontrer linutilité des effortsthérapeutiques. Des névrosés désobéissants et malveillants, présentent parfois, dèsle début de la cure, une insomnie, démontrant ainsi la faute du médecin. Dansleur anamnèse on trouve habituellement linsomnie comme moyen et comme signedune menace accrue de leur état, leur permettant de plaider en faveur dunedispense de rendement ou encore dimposer leur loi aux autres. Linsomnie peut égalementextérioriser une accusation contre le partenaire, ou sa punition. Il résulte encore des descriptions du malade quil attribue ausommeil une très grande valeur et une très grande importance. Aucun médecin nesous-estimera limportance du sommeil, mais celui qui étale des évidences dunefaçon si manifeste, doit être interrogé quant à son intention. Ce qui ressortde ses dires, avant tout, est lexigence du malade dêtre considéré comme étantdans une situation très difficile. Car si on admet sa position difficile, lemalade est déchargé de toute responsabilité pour ses échecs et ses réussitescomptent double. Lorsquon étudie le jeu des forces psychiques qui mène àlarrangement de linsomnie, faisant delle une arme et un moyen deprotestation en faveur du sentiment de la personnalité menacée, on comprend trèsvite comment ce mal sest incorporé en quelque sorte à la situation menacée dusujet. À partir de son expérience, le malade acquiert limpression de lutilitéde ce moyen, expérience quil tire de leffet de sa maladie sur son entourageet sur lui-même. Il ne faut donc pas sétonner si le médecin ou si des produitspharmaceutiques ne servent quà confirmer la fatalité de la maladie tant que lasituation psychi­que du sujet reste incomprise et inchangée. Cest à cet endroit précis que doit commencer laction de lapsychologie individuelle comparée. Elle sefforcera, dans un but thérapeutique,damener le malade à comprendre les rapports entre sa maladie et sa situationpsychique, et à le faire renoncer à cette recherche secrète duneirresponsabilité en face de ses propres projets. Il se trouvera poussé àaccepter la responsabilité de ses actes et à renoncer à son mal, à partir dumoment où il reconnaîtra en face du médecin, et surtout face à lui-même,linsomnie en tant que moyen et quil cessera de la considérer comme un malfatal. La concordance avec dautres symptômes névrotiques, tels que lacontrainte ou le doute, dans leur structure intentionnelle, ressort clairement. Nous comprenons à présent le type de sujet qui peut arriver à faireune insomnie, et on peut le décrire avec une précision surprenante. On retrouveratoujours des traits de méfiance à légard de ses propres possibilités, ainsique des buts très haut placés. La surestimation du succès et des difficultés dela vie, une certaine lâcheté vitale, ne manqueront jamais, pas plus quuneattitude hésitante et la peur de prendre une décision. Bien souvent semanifestent également les petits moyens et artifices de la structure caractérielledu névrosé, comme par exemple la pédanterie, la tendance à la dépréciation etla recherche de la domination. On pourra constater occasionnellement une ten­danceà lautodépréciation comme on la retrouve dans le comportement hypo­condriaqueou mélancolique. Linsomnie peut représenter un élément impor­tant dans la chaînede toute méthode vitale névrotique. On ne peut pas forcer les résultats. Sil est nécessaire dobtenirrapidement la cessation du symptôme on peut renseigner brièvement, habilementet sans détour, le malade sur le fait que linsomnie est un symptôme favorabledune maladie psychique parfaitement curable. Par la suite, sans soccuper dusymptôme, on interroge le malade, avec grand intérêt, sur ses idées pendant sesnuits blanches ; bien souvent linsomnie cède alors le pas à une somno­lenceprofonde, qui sétend loin dans la journée et qui gêne le sujet dans la réalisationde ses devoirs, comme le faisait linsomnie auparavant. Les pensées du sujet pendant ses heures dinsomnie sont à ce quejai pu voir, dun double intérêt. Elles représentent tantôt un moyen pour semaintenir éveillé, ou encore elle contiennent le noyau de la présente difficultépsychi­que, saisie subjectivement, qui est à la base de linsomnie. Dans lechapitre suivant : « Contribution de la psychologie individuellecomparée à létude de linsomnie », jétudie ce problème en détail. Biensouvent je nai pu saisir les idées du malade que, en quelque sorte, comme « entreles lignes », parfois uniquement compréhensibles dans leur intention,dautres fois dans leur contenu, en déduisant leur sens : par exemple,atteindre sans responsabilité ce qui paraissait irréalisable ou seulementpossible grâce à lengagement de toute la responsabilité de la personnalité. Dece fait linsomnie se range facilement dans le groupe des manifestationsmorbides et des arrangements qui servent à augmenter la distance par rapport aubut fictif, et a induire ainsi une actio in distans.  Il est du devoir de la psychologie individuelle comparée de décrirecette actio et de procurer ainsi au malade une compréhension de soncomportement dans son monde, dexplorer les rapports entre son insomnie et sesdifficultés personnelles. La grande valeur thérapeutique de ce procédé consistedans le fait quil démontre au malade sa ligne directrice fictive, incompriseet pleine de contradictions et que cette attitude atténue la rigidité de lapensée obstinée qui en est le résultat. En même temps elle luxe le malade,prudemment, de sa position dirresponsabilité, et loblige à prendre laresponsabilité, même pour ses artifices, qui désormais ne sont plusinconscients. Notre école a particu­lièrement insisté sur la nécessité de réalisercette progressive éducation avec la plus grande bienveillance. Elle doit mener àlencouragement. Une fois établie lutilité du symptôme, les moyens pour laproduction de linsomnie deviennent facilement compréhensibles. Ils sontidentiques à ceux quutiliserait un sujet qui volontairement se proposerait derester éveillé. En voici quelques-uns. On lit, joue aux cartes, va en société ou reçoit, tout cela en serapportant à linsomnie. On se tourne et se retourne dans le lit, on pense àses préoccupa­tions professionnelles, à des difficultés de toutes sortes en lesexagérant, on calcule, on compte, on laisse voguer son imagination, on espèrecontinuelle­ment pouvoir enfin sendormir. On compte les coups de lhorloge en étatde veille, ou encore, on se fait éveiller par eux. On sendort, on se laisse éveillerpar un cauchemar, une douleur, une frayeur, on sort du lit pour se promenerdans la chambre, on se réveille tôt à laube. Il sagit toujours de quelques réalisations,que nimporte qui pourrait obtenir après un certain entraînement, si dune façonou dune autre généralement afin de se décharger de sa respon­sabilité elleslui paraissaient utiles. Voici un exemple : un malade se propose detravailler le lendemain pour préparer son examen. Il craint den être empêchépar son insomnie et il prouve ainsi sa bonne volonté. Il se réveille à troisheures du matin, ne retrouve plus son sommeil, déplore amèrement cette fatalité,mais en ce qui concerne son échec, il nen est pas responsable. Pourrait-ondouter de la faculté humaine de se réveiller à lheure voulue ! Linsomnie par des algies (douleurs) paraît plus énigmatique. Dansmes cas il sagit de douleurs dans la région occipitale, le dos, le ventre, lesjambes. Jai retrouvé les douleurs du dos chez des sujets présentant des déformationsscoliotiques de la colonne vertébrale, les douleurs du ventre chez des aéro­phageset les douleurs de jambes chez des sujets à disposition spasmo­phile, provoquéespar une hyperextension réalisée inconsciemment. Les anomalies dattitude jouent un grand rôle dans lasymptomatologie des névroses, et elles peuvent être utilisées par la tendanceinconsciente, en faveur dune production algique, surtout dans la neurasthénieet l « hypocondrie ». On peut parfois sortir le malade de sadisponibilité algique lorsque, avant lexamen on lui prédit, la présence dunnaevus segmentaire (en tant que signe dun état dinfériorité [50] et que lexamen confirme par la suite son existence. Une thérapeutiqueorthopédique savère parfois efficace. Lattitude corporelle du sujet peut danscertains cas déjà fournir des renseignements utiles. Un comportement plus rare, mais non moins explicite, est celui quinous est raconté par lentourage du malade. Il relate que le sommeil estinterrompu par des attitudes insolites du dormeur, qui laisse pencher la têtehors du lit, ou lui fait imprimer toutes sortes de mouvements, ou encore qui lafait cogner contre le lit dune façon rythmique. Dautres fois, à cause dunehypersensibi­lité tendancieuse, le sujet sefforce de rendre impossible toutbruit et le moin­dre rayon de lumière, problème à coup sûr irréalisable, luiassurant ainsi son insomnie. Quelques exemples illustreront nos vues sur linsomnie. Un sujetdont la maladie et la conduite consciente visent la domination et la torture desa femme, présente une insomnie parce que le moindre bruit léveille. (Même larespiration de sa femme endormie le gêne.) Le médecin traitant conseille defaire chambre à part. Un peintre, empêché par son extraordinaire ambition de terminer sestableaux et de les présenter au public, se plaint de crampes nocturnes dans lesjambes, crampes qui lobligent de sauter du lit et de se promener pendant desheures dans sa chambre. Le lendemain il est incapable de reprendre son travail. Une malade souffrant dagoraphobie, maladie qui lui permet de mieuxdominer les siens [51] na paspu empêcher son mari de continuer ses sorties au café, le soir. Son étatdangoisse, empêchant le sommeil du mari, fit que, le lendemain, son époux,ayant sommeil, rentra plus tôt. Lidée dune sieste vint alors, au mari, maisen se référant à son propre état de santé déficient, notre malade lempêcha dela réaliser occupant elle-même le divan, comme elle avait su lobliger derentrer plus tôt par larrangement de son angoisse. Un autre sujet, obligé contre sa volonté de voyager, et qui étalaiten face de lui-même et de son entourage son incapacité de réaliser saprofession, du fait de ses maladies, interrompit continuellement son sommeilpar des dou­leurs abdominales ou dorsales, prolongeant tard dans la journée sonrepos pour encore accroître sa somnolence pendant le travail du jour, grâce àdes somnifères. Cet état à peine amélioré, il eut recours à deux idées quidune façon identique devaient le rendre irresponsable pour son incapacité detravail. Ayant découvert que léquitation matinale lui était profitable, il sefit réveiller le matin à six heures, ce qui ne lempêcha pas de se coucher aprèsminuit. Afin de sendurcir pour pouvoir dormir dans de mauvais lits pendant sesdéplace­ments, il sétait procuré un lit de camp où il dormit jusquà deuxheures du matin, pour finalement se coucher dans son lit habituel. Dans lesdeux cas le résultat était le même : incapacité de travailler. Un sujet qui voulait charger de toute la responsabilité concernantla mauvaise marche de son affaire, ses parents riches qui ne voulaient pas luivenir en aide, alors quils lavaient rendu malade, avait pris lhabitude decom­primer si fortement son bras pendant le sommeil quil séveillait. Làencore son insomnie était due à lattitude malveillante de ses parents. La psychologie du sommeil sintéresse particulièrement à létude delaccumulation de substances hypniques et des troubles circulatoires dans lecerveau. Il existe, certes, des états dinsomnie, dus à des troubles primairesde la régulation hypnique (angiopathie douloureuse, état de choc, etc.).Linsom­nie nerveuse, de tout autre nature, sert, semblable aux autres symptômes,à la tendance dexpansion nerveuse et elle se réalise dans une certaine mesure,sans tenir compte des conditions physiologiques du sommeil. Elle est le résultatde la tension psychique dun malade, provoquée par des problèmes vitaux quilne se sent pas capable de résoudre, vu son insuffisante faculté de coopération.  Les attitudes pendant le sommeil   La psychologie individuelle comparée nous apprend que les phénomènesde létat de sommeil sont adaptés à la ligne dynamique individuelle. Lasuperstition de lhumanité les considère comme étant lexpression dun déter­minismecausal, entièrement soustrait à la volonté et à la responsabilité du sujet.Nous avons pu nous rendre compte que les fondements effectifs et réels de laproduction du rêve et de la disposition au sommeil ne se réalisent jamais dunefaçon purement physiologique, mais quils se montrent toujours guidés par latendance de lindividu et utilisés et construits à la faveur de sa tendancedexpansion individuelle, de son style de vie. Une vaste enquête ma permis détablirque la position quadopte un sujet pendant le sommeil témoigne de sa lignedirectrice. Voici quelques données de cette enquête. On arrive très souvent ànommer la position quadopte le dormeur, lorsquon a saisi sa structurepsychique, grâce à la psychologie individuelle comparée. La liste des exemplessuivants, que jaurais aimé voir sagrandir, grâce aux contributions depsychiatres, neurologues et pédagogues, apporte une modeste contribution à cethème :  1º K. F., âgé de seize ans, apprenti garçon de café, présente un étatde confusion avec hallucinations et délire. Une observation pendant son sommeilmontre quil dort les bras croisés, penché sur le côté, dans une attitude deprovocation. Même pendant la journée on le rencontre souvent les bras croisés.Une analyse révèle un profond mécontentement de sa profession. Il aurait désirédevenir instituteur ou pilote ! Interrogé sur lorigine de cette attitude,il répond avec certitude que cétait là le geste habituel de son instituteur préféré.Cet instituteur lui avait également suggéré dembrasser la carrière de maîtredécole, mais la situation matérielle de ses parents la obligé à renoncer à ceprojet. Son attitude extériorise donc très nettement son opposition face àsa profession actuelle et démontre en quelque sorte limitation dun gestehabituel de Napoléon, par le détour de limitation dun maître, de structurepsychique semblable. Lidée délirante de ce jeune garçon de café, le voyaitchoisi comme maréchal dans une campagne contre la Russie, idée à laquelle sejoignirent dune façon curieuse, une année plus tard, dautres garçons de son établis­sement. 2º H. S., souffre dune paralysie générale, dort recroquevillé,tirant la cou­verture par-dessus sa tête. Dans le compte rendu de sa maladie onpeut lire : « pas de mégalomanie, apathique, perplexe, sansinitiative. » Pour finir je veux insister sur limportance concernantlobservation des enfants dans leur position pendant le sommeil, dont létudeenrichirait la pédagogie.          Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre XIII Contribution de la psychologieindividuelle comparéeà létude des insomnies             Retour à la table des matières Un sujet, présentant périodiquement des accès de perte deconnaissance, accès qui lui permettaient de dominer sa famille et surtout sa mère- comme il résultait de lanalyse - se réveilla pendant deux nuits de suiteavec angoisse, vers trois heures du matin, se trouvant dans limpossibilité dese rendormir. Voici brièvement résumée la situation du malade. Il avait projetédaccompa­gner ses parents très prochainement dans un voyage pour Karlsbad,lorsque le père se vit obligé de remettre ce voyage à quinzaine, à la suite dedifficultés imprévues. Pendant la nuit qui suivit cette décision, le malade seréveilla dans un état dangoisse, appela linfirmière de garde, et sur sesinsistances - comme le malade pouvait le prévoir - sa mère vint à son chevet.Le malade exigea un somnifère, dont il avait déjà usé dans un traitement antérieur.Éveillé entre une heure et trois heures, il put ensuite se rendormir. Lelendemain, le même phénomène se produisit. Pendant la période dinsomnie de lapremière nuit il pensa à une machine à écrire, pendant la deuxième nuit auxvilles de Goerz, Budweis et Gojau. Il savait ce dernier mot être un nom deville, mais il ne pouvait pas la situer. Peu de temps avant son réveil il avaiteu le rêve suivant : « Javais limpression davoir reçu desnouvelles de Karlsbad, mannonçant la mort de mon frère qui était le préféré dema mère. je me mis en deuil et je « crânais » avec cette tenue ».Il résulte de lanalyse de ce rêve quil chérissait le vœu que mourût le frèrepréféré de la mère. Mais la transposition de cette scène à Karlsbad indiqueplutôt la personne du père quil semble adorer, et auquel pourtant il souhaitela mort, afin de rester seul avec la mère, quil prétend ne pas aimer. Cette énigmedevient compréhensible lorsquon sait que lemprise quil exerçait sur sa mère étaitdevenue pour lui un objet de lutte, le symbole de sa domination et de sacapacité vitale. Depuis des années il simaginait obtenir par lemprise sur lamère tout ce quil navait pas et tout ce quil ne pouvait pas obtenir. Chaqueaffront quil devait subir dans la vie lui apparaissait sous laspect duneimage, comme si on lui enlevait sa mère. Étant donné que la domination de sa mère- il ny est nullement question dun motif sexuel - était devenue le symbole desa puissance, il vivait dans lidée délirante - il nest guère possible delappeler autrement - que cette possession de la mère lui permettait de devenirmaître, empereur, Dieu. La machine à écrire à laquelle il pensait pendant la nuit blanche dela veille appartient à son frère qui la lui refusa lorsquil la lui demandapour sexercer. Le frère emporta même cette machine un jour où il faisait unvoyage, exactement comme il emporta dernièrement la mère, lorsquil allachercher une location pour lété. Je ne prétends pas que le déclenchement dun accès soit dû àl’accumu­lation de facteurs agissant dans le sens dun affront. Dans la majoritédes cas, cette supposition se montre justifiée, ce qui rend plus difficile lavue densem­ble et la compréhension des éléments déclenchants des accès. Dansnotre cas nous trouvons : 1º la déception causée par lempêchement duvoyage projeté ; 2º le voyage de la mère avec le frère. Ces deux facteursprésentent un évident rapport intime. En même temps nous apprenons de quellenature semble être la situation privilégiée du frère et comment notre sujet réagitvis-à-vis de ce dernier par lagression et des vœux de mort. Par ses accès à allure comitiale il réussit, dans des situations oùil se croit désavantagé, à fixer davantage sa mère sur sa personne, sans quepour cela cette dernière prolonge sa présence auprès du malade au delà dustrict nécessaire. Les accès semblent actuellement réduits, du fait de la compréhen­sionque le malade a pu acquérir concernant leur mécanisme morbide ; or, parses accès dangoisse nocturne, il obtient le même effet. Mieux encore, sa mèredoit, pendant la nuit, se rendre auprès de lui et rester dans sa chambre tantque son âme courroucée le juge nécessaire. Voilà le sens de ses idées,concernant la machine à écrire, et le motif de son angoisse, larrangement deson insom­nie. Que toute son attitude vise à lier les autres à sa personne résulte égalementde linterprétation dun petit fait : le lendemain il me demanda de luirendre visite, refusant de venir à ma consultation comme il en avaitlhabitude. Deux questions simposent alors : pourquoi avait-il recours àlarrangement de langoisse, et comment était-il arrivé à la construction delinsomnie ? Lanalyse de sa personnalité fournit suffisamment de matériel pourpou­voir répondre à la première question. Pendant son enfance il avait pour deslocomotives et de leur sifflement, et cette pour obligeait la mère de lerassurer et le prendre sur ses genoux. En dehors de cette particularité ilavait, pendant son enfance, un comportement plutôt courageux. On peut doncsupposer que son angoisse nocturne se trouve en rapport avec une notion delocomotive. En effet nous lentendons dire quil avait lintention de se rendreà Karlsbad et que le frère et la mère étaient partis par le train. Dans sadeuxième nuit dinsomnie il se rappela en dehors de la machine à écrire, de laville de Goerz en Istrie et de Gojau, localité près de Budweis. Il avait déjàvisité Goerz à loccasion dun voyage qui le ramenait de Vienne auprès de sa mère,à Karlsbad. Il arriva alors à une heure du matin à Budweis, devant y attendredeux heures à la gare pour reprendre à trois heures le wagon-lit lui permettantde dormir -le laps de temps entre une heure et trois heures correspondantexactement à la période dangoisse pendant ses deux nuits dinsomnie. Pour nousexprimer dune façon encore plus précise, ces deux accès étaient les répétitionsde son voyage à Karlsbad. Il montra ainsi quil était saisi dun état dâme,comme sil ne pouvait plus attendre le moment où seul avec sa mère, il pourraitréaliser le voyage à Karslbad. Cette impatience se traduit également par sescontinuelles plaintes sur la chaleur dans la capitale comme sil voulaitdire : il faut que je quitte Vienne. Il ne pouvait rien dire au sujet de la localité de Gojau. Eninsistant, il trouva que cette localité était reliée à la ville de Budweis parune ligne secondaire de chemin de fer. Or le terminus de cette ligne est lastation de la « Croix noire », évocation dune idée de mort (je doisce renseignement au Dr Maday). Son réveil à une heure du matin, donc au même moment oit à Budweisil attendait le train pour Karlsbad, montre avec certitude que pendant son som­meille sujet avait réalisé dans son esprit le voyage à Karlsbad, voyage quil avaitdéjà fait une fois sans sa mère. Or cette fois-ci il sefforça dimposer parson arrangement infantile de langoisse son idéal de la personnalité - enrelation avec l’insomnie -, obliger sa mère à venir à son chevet. Sa situationpsychique actuelle signifie : si je ne devais pas attendre (la soumissionde la mère, la mort du père ou du frère), je pourrais - comme mon frère -voyager seul avec nia mère. Son désir dêtre avantagé comme dans lenfance,lorsque au bruit de la locomotive il se bouchait les oreilles, se réfère ausouvenir, précisément, de cet état de veille dans lequel il se trouvait aumoment ou il attendait le train pour Karlsbad, étant donné que par langoisseet linsomnie il voulait dominer sa mère, voire la déterminer à faire levoyage. Ce cas, parmi tant dautres, nous montre que les buts directeurs dele personnalité sont actifs, même pendant le sommeil et quils se transposent,en quelque sorte, dans des attitudes corporelles et des expressions psychiquesdu rêve, préparant ainsi dans létat hypnique le chemin pour la réalisation delidée directrice. Comme toujours, dans des situations de grande incertitude,ce processus se réalise en fonction dexpériences antérieures. Ce sont évidem­mentles souvenirs les plus abstraits, se rapprochant le plus du noyau de lidée,qui sont évoqués, étant donné leur valeur préventive ou stimulante, cadrant aumieux avec lensemble de la personnalité. Il faut que ces souvenirs soientefficaces pour être maintenus, mais leur efficience subjective ne confirme pasleur valeur objective. Larrangement névrotique doit seulement se trouver sur lechemin du but fictif du névrosé. Dans le cas présent il suffit que le maladearrive à faire monter sa valeur personnelle, dans le cadre de son entourage. Ila obligé sa mère, malgré elle, à se mettre à son service, et il a ainsi réaliséson idée dune ressemblance à Dieu, ou encore son ancienne idée délirante le présentantcomme empereur. (Dans cette optique il nous est possible de comprendre les idéesdélirantes des épileptiques et des psychotiques, qui désirent si souvent êtreempereur, réalisant la plus puissante notion déléva­tion, en rapport avec leurfiction directrice originelle.)    Le cas suivant nous montre comment une ambition déçue peut aboutir,par une plus grande tension de la fonction idéatoire, à créer linsomnie. Leslauriers de Miltiade empêchaient Alcibiade de dormir. En effet nous trouvonsassez souvent parmi nos malades des sujets souffrant dinsomnie, provoquée parleur ambition insatisfaite. Le sujet reste comme dans un état permanent devigilance. Je pense que le cas suivant nintéressera pas moins le lecteur si jerévèle quun médecin sest lui-même soumis à lanalyse. Voici comment lauteurrapporte lincident qui a donné lieu à lanalyse : Lhorrible catastrophe du Titanic mavait profondément impressionné.Pendant mes heures de loisir je me trouvais souvent en conversation sur cenaufrage et je soulevais toujours la question de savoir sil naurait pas étépossible de sauver les victimes de la catastrophe. Une nuit je fus réveillé, apparemment sans motif. En tant quepsychologue je me posai la question: quelle était le motif de ce réveilinhabituel, alors que dhabitude javais un bon sommeil. Je ne pus pas répondreà cette question, mais peu de temps après, je me surpris en train de méditerintensément à la façon dont on aurait pu sauver les naufrages du Titanic. Peude temps après - il était trois heures - je me rendormis. La nuit suivante, il était deux heures trente du matin, je fus denouveau réveillé. Des idées me venaient, concernant les théories habituelles delinsom­nie et parmi elles, celle dun auteur prétendant quune fois arraché àson sommeil, on séveille facilement à la même heure, les nuits suivantes. Maisbrusquement je compris la cause de mon réveil. Le Titanic avait sombré à deuxheures trente. Javais participé à ce voyage pendant mon sommeil, je métaisidentifié avec la terrible situation des naufragés. Par deux fois la nuit je métaisréveillé à lheure de la catastrophe ! La seconde nuit mes pensées sorientèrent vers la recherche dunmoyen permettant de se sauver dune situation semblable et de pouvoir tirer lesautres du péril. Je pouvais deviner qu’il sagissait dune tentative préventiveet pré­voyante concernant un dispositif de sécurité pouvant servir la prudenceet lambition. Je compris également que ce voyage vers lAmérique - le but dunancien souhait - symbolisait dune façon précise ma lutte pour la reconnais­sancescientifique de mes idées. Et semblables à mon état de veille, mes préoccupationsse manifestaient aussi pendant mon sommeil. Je me trouvais en train de chercherun moyen pour me sauver et je recréais la situation signi­ficative, afin de préparerma défense et dêtre prêt au combat : identification avec une situation dedanger extrême et profonde réflexion ! Être conscient par léveil ! Il était facile de comprendre que cette façon de réagir vis-à-visdes dan­gers, menaçant ma personne et mon entourage, devait être mon attitudepersonnelle. Je retrouvai bientôt la connexion des faits. Je suis médecin, il mincombe donc de trouver un remède contre lamort. À partir de ce moment je me trouvais en pays de connaissance. La luttecontre la mort avait stimulé avant tout ma décision dans le choix duneprofession. Comme tant dautres médecins, javais choisi cette profession afinde sur­monter la mort. Cette fiction directrice prend généralement ses originesdans les premières années denfance, et elle se ramène fréquemment à quelquesdangers vitaux vécus, ou à des maladies dont a souffert le sujet ou ses prochesparents. Je me souviens de plusieurs événements qui dans mon enfance montrapproché du problème de la mort. Du fait de mon rachitisme javais souffertdun certain manque dhabileté et de ces troubles de la voix que je retrouvaiscomme médecin, plus tard, souvent chez les enfants. En effet, chez ceux-ci,lorsquils pleurent, la fermeture de la glotte provoque un état de dyspnée etdaphonie qui interrompt les pleurs, jusquau moment où le relâchement duspasme redonne libre cours aux cris et aux larmes. Je peux encore me souvenirque létat de dyspnée était excessivement pénible ; javais alors à peu prèstrois ans. La peur exagérée de mes parents et les soucis du médecin traitant nemavaient pas échappé et provoquaient en moi, en dehors de limpression péniblecausée par la dyspnée, un sentiment dinquiétude et dinsécurité. Je mesouviens également quun jour, au cours de cet accès, je pensais commenttrouver un moyen pour guérir cet insupportable mal, étant donné quaucun médicamentne sétait montré efficace. Je ne peux pas dire par quelle voie jétais arrivé àpareille pensée et si limpulsion venait de lextérieur ou si elle venait demoi-même. Je pris la décision de ne plus pleurer, et dès que je ressentais lapremière incitation à sangloter, je me ressaisissais et la dypsnéedisparaissait. Javais trouvé un moyen contre mon mal, peut-être aussi contrela peur de la mort. Peu de temps après, mon frère cadet mourut. Je crois avoir comprisle sens de la mort. Javais assisté à ses derniers moments et je compris,lorsquon menvoya chez mon grand-père, que je ne le reverrais jamais et quilserait enterré au cimetière. Après lenterrement, ma mère vint me chercher pourme ramener à la maison. Elle était très triste et pleura. Lorsque mon grand-père,pour la consoler, lui dit quelques mots aimables se rapportant à dautresgrossesses possibles, elle sourit. Pendant très longtemps je nai pas pu par­donnerce sourire à ma mère. Mon mécontentement laisse supposer que, dès cet âge, jétaisparfaitement conscient de lhorreur de la mort. Pendant ma quatrième année, à deux reprises différentes, je passaisous une voiture. Je me souviens que je me réveillai avec des douleurs, étendusur un divan, sans pouvoir dire comment jy étais parvenu, ayant perdu con­naissance. À lâge de cinq ans, je fis une pneumonie et le médecin mavaitcondamné. Un autre médecin se chargea de mon traitement et arriva à me guériren quelques jours. Pendant très longtemps, dans la joie de ma guérison, onavait parlé du danger de mort auquel je venais déchapper. Je me souviens avoirchoisi, depuis cette époque, la carrière de médecin. Cest ainsi que je voyaismon avenir, dans lequel javais placé un but, dont je pouvais attendre quilmette fin à la misère de mes années denfance et à ma crainte de la mort. Ilest certain que jattendais plus de cet-te carrière quelle ne pouvait fournir.Vaincre la mort et la peur de la mort nétait pas dans les possibilitéshumaines, mais seulement divines. Mais la réalité demande quon agisse, jétaisdonc obligé par une transformation de la fiction directrice, de modifier monbut consciemment, afin de ladapter à la réalité. Ce qui me décida dembrasserla carrière médicale afin de surmonter la mort et la peur de la mort [52]. Les fantasmes concernant le choix dune profession dun garçon légère­mentarriéré, élaborés à partir dimpressions semblables - mort dune sœur, enfancemaladive, décès dans lentourage - ont pu mapprendre quil avait décidé dedevenir fossoyeur, afin denterrer les autres et de ne pas risquer, comme il ledisait, dêtre enterré lui-même. La pensée rigide et antithétique de ce garçon,plus tard névrosé - en haut - en bas, actif - passif, marteau – enclu­me, flecteresi nequeo superos, Acheronta movebo ! - na pas permis des solutionsmoyennes plus nuancées. Sa fiction infantile salvatrice tourna dans ses futilitésà lopposé. De cette époque où javais décidé du choix de ma carrière, javaisenviron cinq ans, date lévénement suivant : le père dun camarade medemanda ce que je voulais devenir plus tard, je répondis : médecin.Lhomme qui avait peut-être fait de mauvaises expériences avec les médecins répondit :« alors il vaudrait mieux te pendre au prochain lampadaire. » Cette réponsene me toucha point, étant donné que mon idée était bien ancrée en moi. Je penseque je me disais alors, personne ne pourrait mêtre hostile, car je voulaisdevenir un bon médecin. En plus, il me vint à lesprit que cet homme étaitfabricant de lampadaires. Peu de temps après, jentrai à lécole primaire. Dans mes souvenirs,pour my rendre, mon chemin me menait le long dun cimetière. Javais toujourspeur et jétais pris dun certain malaise. Alors que les autres enfantssuivaient tranquillement leur chemin, je ne pouvais avancer que pas à pas,angoisse et craintif. Mise à part cette peur, lidée de savoir comment jallaisarriver à égaler le courage des autres me torturait. Un jour je pris la décisionde mettre fin à ma crainte de la mort. Je choisis pour réaliser ce projet lemoyen de lendurcissement (proximité de la mort). Je mettais une certainedistance entre les autres enfants et moi, je déposais mon cartable près de lenceintedu cimetière, et je traversais le cimetière, une dizaine de fois, en courant,jusquau moment où je pensais être rendu maître de ma peur. À partir de cemoment javais limpression davoir fait le chemin sans crainte. Trente ans plus tard je rencontrai un ancien camarade décole aveclequel jéchangeai des souvenirs denfance. Ayant remarqué que le cimetièrenexistait plus, je demandai à cette occasion à mon camarade ce quil en étaitadvenu. Ce dernier, qui avait passé toute sa vie dans cette région, me répondit,étonné, que sur notre chemin de lécole il navait jamais existé de cimetière.A ce moment je compris que toute lhistoire du cimetière était une productionde mon imagination, due à mon désir de surmonter la mort et la peur de la mort.Elle devait me montrer quil existait, comme dans dautres situationsdifficiles, un moyen permettant de trouver ce remède contre la mort et la peurde la mort, idée dun grand effet stimulant pour moi. Cest ainsi que je suisdevenu médecin, et que je médite aujourdhui encore sur les problèmes quimattirent, suivant ma structure psychique particulière, problèmes quesoulevaient en particulier la catastrophe du Titanic. Mon ambition était tellement axée sur cette fiction directrice,vouloir triompher de la mort, que dautres buts ne pouvaient quà peine lastimuler. On pouvait même avoir limpression que dans les autres relations dela vie je navais pas dambition. Lexplication de cette ambivalence, de cettedouble vie, comme lappellent certains auteurs, réside dans le fait quelambition ne présente quun moyen, pas une fin en elle-même, ce qui fait quecette ambition est tantôt utilisée, tantôt laissée de côté, en fonction du butprésent, quon peut atteindre avec ou sans ce trait caractériel. Dautres butsqui pourraient attirer mes semblables, me paraissent bien souvent dépourvusdintérêt. Cette courte analyse nous montre ce même dynamisme que nousretrouvons dans le psychisme sain ou malade. Le réveil nocturne prend unevaleur symbolique, où le passé (insécurité), le présent (danger en face desujets dépourvus de scrupules) et lavenir (recherche de moyens efficaces)ainsi que le but direc­teur (triomphe sur la mort) se reflètent dans une allégoriede la vie.   Le sommeil peut être considéré comme une abstraction. Son but estdaccorder un répit à la fonction idéatoire diurne, socialement adaptée etindis­pensable à la vie collective, et de mettre au repos des organessensoriels, médiateurs sociaux, dépassant la propre sphère corporelle. Pendantle som­meil, la vie corporelle et la vie psychique donnent libre cours à cesdispo­sitions, provenant du passé, et qui ont été acquises par un perpétuelentraîne­ment. Elles enregistrent les mouvements psychiques de la veille et lesconduisent vers des buts placés dans lavenir. Les réminiscences de processusidéatoires conscients, les rêves, reflètent dune façon quasi hallucinatoire,les mouvements psychiques progressifs. Le rêve qui accompagne, mais qui ne déclenchejamais laction en tant que pensée proprement dite - du fait de ses moyensdexpression trop abstraits et fragmentaires, il ne sy prêterait pas dans lamajorité des cas - na pas le devoir dêtre compréhensible. Là on le rêvedevient compréhensible, où il prépare des actions ou du moins semble les préparer,y inciter, là encore où il effarouche ou exhorte, il suit une tendanceindividuelle qui lui préexiste. Il en est de même pour le rêve dont on sesouvient, et de celui quon oublie et où le souvenir ou loubli correspondent àcette même tendance. Des observations ultérieures mont montré que le rêve représenteun entraînement dans le sens du style de vie et que, semblable à lintoxicationpsychique, il éveille des états dâme et des émotions, à lencontre du bonsens, mais qui conviennent au style de vie et qui lui permettent de se sentir àlaise et davancer dans une situation vitale donnée. Les troubles du sommeil obéissent à la même tendance. En tant que légitimationde létat morbide, linsomnie sera protégée, se montrant comme meilleur moyenpour affirmer sa propre supériorité, en fonction du style de vie. Les plaintesde ces malades, en apparente contradiction avec notre conviction, ne serventquà élever la valeur de leur symptôme. Le réveil se réalise, dans ces cas, grâceà un arrangement systématique bien quincon­scient, par une frayeur, uneproduction algique, ou par un acte volontaire, dont lintentionnalité échappeau sujet. Les rêves indiquent souvent, par analogie, la source où la tendance névrotiquea puisé la sensation dinquiétude, en face dun problème présent, enlaccentuant volontairement. Le deuxième cas prouve limportance secondaire durêve, qui peut parfois faire défaut. Il résulte du matériel exposé dans ce cas,que linsomnie passagère doit être interprétée dans le sens dune grandeassurance, qui considère la pensée diurne comme une instance infaillible.Labsence de rêves, pendant les deux nuits -comme le dit le rêveur - ne représenterien dextraordinaire. Chez ce médecin, rompu à la technique de linterprétationdes rêves, ces derniers se sont montrés de plus en plus rares, étant donné queleur valeur et leur raison dêtre a cédé le pas à une plus grande disponibilitéen faveur de laction. Dans le premier cas ressort nettement la direction dangereusedapprocher la mort par une automutilation (névrose épileptique) en faveur dela réalisation dun vague projet. Notre psychologie a prouvé depuis longtempsque pareil « instinct de mort » se présente à nous en tant quemanifestation secondaire de certains névrosés découragés et quil résulte dunesorte de surestimation de la propre personnalité, à une sorte de chantage.Linsomnie passagère se présente alors comme une étape sur ce chemin, semblableaux syncopes qui peuvent parfois saccompagner daccidents traumatiques. Lastructure psychique de ce cas na pas été entièrement élucidée, mais elle méritedêtre citée en tant que contribution à létude de lépilepsie essentielle etdes états affectifs comme facteurs déclenchants des crises. Lapparition desaccès sest montrée comme accessible à linterprétation psychothérapique et ilspouvaient être prédits, atténués, peut-être même réduits en nombre. Auparavant,les accès qui surve­naient en temps normal, tous les quinze jours, avaient faitdéfaut, au moment où le malade se trouvait pendant un mois à lhôpital, enobservation, en vue dune éventuelle trépanation. Pendant mon traitement, lesaccès se présentaient sous une forme moins violente, et au point de vue caractériel,le malade se montrait plus libre et plus accessible. Avant quil ninterrompemon traitement, du fait de son caractère entêté, il ma été possible de démontrerau malade que, inconsciemment, il était en train de préparer un trouble de lafonction digestive. Peu de temps après une jaunisse fit son apparition. Je nepeux rien dire de plus, concernant lobservation de ce malade. Japprisindirectement que par la suite il montra des accès de colère, des états délirantspassagers, où il jouait un rôle dempereur (rôle que javais déduit de sesfantasmes inconscients en tant que symbole de la supériorité) et que, à lasuite dun accès de fureur - non dans un état de mal épileptique - il avaitsuccombé à une défaillance cardiaque, six mois environ après notre dernièreentrevue.           Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparéeChapitre XIV Homosexualité               Retour à la table des matières Il est particulier à la nature dune société humaine de développerdune manière spontanée certaines conditions et règles de jeu (Furtmüller) quenous acceptons tous et quen tous temps nous sentons comme inhérentes, réelleset existantes. Il en est ainsi du logos, de la société, de lautorité, de lhétérosexualité,de la mode, de la morale, etc. Étant donné que lhumanité nest pas dotéedomni­science et quelle ne peut approcher la vérité absolue que par la voiede lerreur, des échecs sont toujours possibles. La donnée historique concernant l « Eros grec » esttrès complexe et embrouillée. Nous devons cependant rechercher des points devue de synthèse si nous désirons présenter brièvement lhistoire de lanalysepsychologique de lhomosexualité. Peut-être suffira-t-il, aujourdhui, de faireressortir les points essentiels de lopinion du plus important des groupes dechercheurs auquel appartiennent aussi bien des scientifiques que des profanes.Pour eux, le fait le plus significatif dans la structure de lhomosexualité estlaccent mis sur la question de lhérédité comme si lon admettait que desindividus viennent au monde avec leur tendance homosexuelle. Les théoriesconcernant cette question sont divergentes. Un groupe affirme que dans la massehéréditaire le complexe germinal - dans le cas de lhomosexuel masculin - estaffaibli au profit dun complexe dun type à tendance féminine ; le secondgroupe croit en certains facteurs hérités, qui ont été spécifiquement renforcés,etc. On na jamais prétendu que les facteurs féminins héréditaires, laspect fémininmani­feste, sont en quelque sorte plus saillants chez les homosexuels masculinsque ne le sont les traits féminins chez une femme, et cependant, en examinantles homosexuels, nous trouvons presque exclusivement, soit des individus avecdes tendances féminines, soit dautres qui sont orientés dans des voies féminines,du fait même que les tendances masculines semblent absentes. Des femmes(normales) manifestent dautre part souvent des tendances masculines. Quant àla démonstration de lhérédité et de la non-acquisition de ces traits, lesfaits cités plus haut lui sont tout à fait défavorables. Car nous pouvons légitimementnous demander où restent les impulsions masculines. Ajoutons, entre parenthèses,que, bien entendu, les impulsions masculines ne manquent pas, cest-à-dire, pasentièrement, mais quelles ont été rejetées si loin à larrière-plan par lecomportement féminin (de lhomosexuel ) - au moins dans certains exemplesnettement dessinés - que cette divergence, cette contra­diction interne, estparticulièrement perceptible. Une seconde objection qui est également justifiée et doit êtreenvisagée sans hésitation, est celle dune fréquente homosexualité facultative,cest-à-dire dun certain nombre dexpériences homosexuelles dans la vie dunindividu, soit dans lenfance, soit au cours de longs voyages comme dans le casdes marins, chez les prisonniers, dans la vie du soldat ou dans lespensionnats. Cette homosexualité facultative, dont beaucoup dinformateurs sérieuxassu­rent quelle est une manifestation quasi normale dans la vie de chaqueindividu, ne nous incline pas davantage à attribuer une importance prépon­déranteau facteur dhérédité. Un second groupe de savants admet une fixation de certaines expériencessexuelles (généralement dans lenfance). Les faits semblent en un senscontredire cette théorie, car nous savons que de telles expériences homo­sexuellesalléguées ou réelles dans lenfance sont très communes. Les expérienceshomosexuelles décrites par les malades ou des gens accusés de sy adonner, semontrent fréquemment être dun type si vague que nous devons au mieux nentirer aucune conclusion, sauf quil est tout à fait remarquable de noter jusquàquel point lhomosexuel considère de telles expériences précoces comme étant labase de tout son développement. La même objection sapplique à ces auteurs quidésirent expliquer lhomosexualité par lhypothèse daprès laquelle de tellesexpériences précoces arrivent à se fixer. En réalité on ne trouve pas de causeirréfutable à lhomosexualité. Nous nous sentons contraint de soulever une autre question qui, sansdoute, situera la nature problématique de cette dernière explication dans unelumière entièrement différente. Nous pouvons à bon droit demander pourquoi leshomosexuels fixent ces expériences particulières, expériences que nous, gensnormaux, incontestablement, partageons aussi. Cest un problème qui intéressela pédagogie, quoique sous un autre angle. Quest-ce donc que nous retenonshabituellement ? Lhomme, dans lexpression de sa faculté dimita­tion,nest-il pas définitivement dirigé et circonscrit par des lois à peu prèsinviolables ? Si nous observons les tout petits, les enfants, les adultes,tous ceux qui montrent des tendances marquées à limitation, nous trouvons quepersonne nimite quelque chose qui, dune façon ou dune autre, ne cadre pasavec son but. Pourquoi lhomosexuel trouve-t-il alors que la fixation dune expériencehomosexuelle convient à sa nature ? Nous devons remonter à une période précédantlexpérience pour lexpliquer. En examinant des cas particuliers on a découvertque, mis à part certains événements sexuels, ces sujets insistent particulièrementsur le fait que, dès lâge de deux ou trois ans on les prenait pour des filles,quils avaient un plaisir particulier à jouer avec des poupées, passaientpresque tout leur temps en compagnie des filles, etc. Ainsi, la conception dune fixation dexpériences infantiles nousconduit difficilement à la compréhension dune attitude apparemment immuable decertains individus ; attitude qui dès les premières années de lexistencedun individu paraît défier tout ce quil y a de sain dans notre société. Parson développement, lhomosexuel nie les principes fondamentaux de la société etil est à peine vraisemblable que - sans tenir compte de la manière dont il estarrivé à son point de vue et à sa perspective émotionnelle - il nait passenti, remarqué et élaboré les résistances énormes qui ont obstrué son chemin,au cours de son évolution homosexuelle. On peut dire quil est infiniment plusdifficile dêtre homosexuel que normal ; ce fait seul devrait nous donnerla mesure de lénorme dépense dénergie nécessaire pour continuer à vivre decette façon. Cette dépense dénergie est perceptible en fait dans toutes lesperversions. On peut lobserver dans la nature même de ses déductions, dans sonattitude auprès des hommes, des femmes, au cours de ses expériences. Pas à pasnous pouvons découvrir les préparatifs quil fait pour parvenir à une attitudeunifiée, attitude dont il ne sera pas facile de le dégager. Les cas mixtes - sinombreux quils constituent la majorité des cas - montrent fréquemment le développementhomosexuel dans ses différentes étapes, ainsi que les efforts vraiment considérablesfournis par lhomosexualité pour lui permettre daban­donner la voie normale,arrivant à placer sa vie dans de telles limites quil ny a alors de place quepour lhomosexualité. Il est souvent touchant dobserver comment peu à peu tel individuarrive à se tromper lui-même et à simposer de force la conception quil nestpas adapté au normal. Ces arguments ont si peu de valeur quil nous a été néces­sairede nous habituer au langage de lhomosexuel pour rester patient. Je connaiscertains dentre eux qui dans leur apparence extérieure sont tout à faitnormaux et qui cependant insistent sur certains détails les concernant :par exemple le fait que leur larynx nest pas masculin dans sa structure, queleur barbe ne pousse pas aussi vite que celle des autres hommes, etc. On peutainsi concevoir facilement que les homosexuels ont eu quelque peine à réunirtout ce qui peut donner une force de conviction évidente à leur croyance dêtredifférents des autres hommes. Le problème pour nous, par conséquent, est de trouver doù provientcette tendance indéracinable à renier tous les attributs masculins et leur désirdacquérir une certitude complète, une confirmation et une justification deleurs points de vue émotionnel et intellectuel, spécifiquement différents [53]. Comme dans toutes les manifestations de la vie psychique humaine,cest seulement lorsque nous avons saisi la signification de la personnalitéentière, découvert son sens, pu pénétrer dans le plus profond de son âme,compris la nature de sa réponse aux exigences normales de la vie, que nouspouvons parvenir à comprendre la situation réelle. Lorsque des homosexuels nousparlent des activités qui ont pu les entraîner au milieu des conflits qui lesopposent à la loi, les tourmentent et les limitent, nous trouvons que, dans lesautres aspects de la vie également, leur manque lattitude normale à laquelleon peut sattendre de la part dun homme tout à fait adapté à la vie - sauf éventuellementsur le plan sexuel. Les traits les plus saillants - qui apparais­sentclairement sous différentes modalités dans le caractère dun homosexuel - sontles suivants : ambition démesurée et prudence ou peur de la vie, doubléesdun profond découragement et dun manque de facultés à coopérer. En partant de ces faits presque universels, nous pouvons nousdemander quel pourra être le sort dun individu qui possède dans sa nature deuxtraits de caractère aussi contradictoires quune ambition jamais satisfaite etune lâcheté qui paralyse son activité, dès les premiers pas tentés poursatisfaire son ambition. Sous une forme ou une autre chaque névrosé possède cesdeux traits caractériels à des degrés plus ou moins prononcés. Nous trouvonsdonc à la faveur dune étude plus poussée des traits caractériels delhomosexuel, quil se présente à nous sous laspect, bien dessiné, dun névrosé,dont le désordre nerveux toutefois ne sexprime pas clairement parce que, parlhomosexualité, il a limité étroitement le tableau de sa névrose. Dans cecercle étroit les symptômes nerveux ont peine à se manifester. En règle générale,lhomo­sexuel, en écartant les situations génératrices de difficultés, réussit àse créer un type dexistence ; ou bien il sy adapte parfaitement ou bienil peut le vivre plus aisément que celui dune hétérosexualité qui le précipitecontinuellement dans le courant de la vie et le met en relation avec tous lesproblèmes, les exigences et les difficultés du milieu social. Néanmoins, chezbeaucoup dhomosexuels dont la sphère dactivité nest pas trop réduite, nousrencon­trons des symptômes frappants. Les manifestations obsessionnelles, parmices symptômes, sont les formes prédominantes. Dans lhistoire concernant lenfance de lhomosexuel nous sommesfrappés par nombre de manifestations et comportements similaires, par desexpres­sions semblables qui peuvent facilement être rapprochés. Un des pointsimportants que jai réussi à démontrer est le fait quil est à tout moment fortdifficile pour les homosexuels de prendre conscience de la nature de leur sexe,et que cette prise de conscience survient chez eux beaucoup plus tard que chezles autres enfants. Nous entendons dire généralement, dans ces cas, quétantenfants, ils avaient un joli teint, portaient des robes longues, quilsmettaient des vêtements de petites filles plus longtemps que les autresenfants, quils avaient des petites camarades de jeu et quils navaient puprofiter des expériences ou explications qui auraient dû leur permettre de réaliserla différence de leur sexe avec celui des filles. Ils sont déjàmalencontreusement engagés sur le chemin du développement psychique dune fillequand, à leur étonnement, ils se rendent compte du fait quils appartiennent enréalité à lautre sexe : cette difficulté supplémentaire pour les enfants,dont lambition est particulièrement vive et que la prudence empêchedentreprendre toute action nouvelle, est dune extraordinaire importance. Unefois cette attitude prise, des expériences dun genre différent ne suffisentplus à les en dissuader ; ils se servent au contraire de ces expériencespour renforcer leur certitude dêtre différents des autres enfants, quen euxun miracle de la nature est devenu manifeste et quils représentent une espècenouvelle. Cette différence leur apparaît en général comme une véritabledistinction, point de vue que leur ambition, bien entendu, encouragevolontiers. Comment lambition peut-elle jouer un si grand rôle chez cesenfants ? Nous ne nous occupons pas ici des enfants dont le développementsest fait selon des voies normales et sans difficulté, mais, soit denfantschez lesquels sest développé un sentiment de faiblesse et dinfériorité, àcause de la situation dans laquelle ils se trouvent, soit dune part ceux quiont été accablés par la pression de leur milieu ou, dautre part, ceux qui ont étési gâtés quun très précoce désir dêtre protégé dans lavenir contre touteattaque et doccuper toujours la première place, revêt une forme particulièrementintense. Cela vaut pour les deux modalités extrêmes déducation car les deuxnourrissent et intensifient ce désir ardent de lenfant datteindre un avenirdans lequel il restera entièrement à labri des difficultés de la vie. Cettelutte et la peur de ne pas réussir, entraînent leur imagination dune étrangemanière vers lidée et le désir de domination et les incitent à rechercher untype de situation future dans lequel ils nauront pas à craindre le danger. Enplus de la difficulté de réaliser la nature de son propre sexe, lexistence deconditions familiales modestes ou mauvaises, des déficiences organiques, ou desrelations désor­ganisées entre les parents imposent à lenfant des difficultéssupplémentaires, cela lui suggérera vraisemblablement la pensée de rechercherlaccomplis­sement de son ambition par des procédés très limités. La questionprédomi­nante est celle de ses relations avec lautre sexe, question pourlaquelle le sujet est insuffisamment préparé. On peut donner des réponses variées à cette question. On sait quedans certains cas dhomosexualité, le sexe opposé semble avoir été complètementexclu, alors que dans dautres, un certain nombre de compromis existent. Danstous les cas, cependant, il y a une sorte de condamnation de lautre sexe.Quand un enfant soriente vers lhomosexualité, il manifeste en même temps uneattitude hostile envers lautre sexe. Cest le même mécanisme, observé sous unautre angle. Chacune de ces manifestations appelle lautre de telle sorte queles deux lignes doivent se rencontrer en un point. En conséquence on doit lesconsidérer non pas séparément, mais dans leur interconnexion. Si, en raison delaggravation de la situation de lenfant, une certaine ambition sest manifestée,il est très clair que cette dernière ne saurait durer si elle nest passoigneusement protégée. La fusion de ces traits de caractère qui est impossibleen raison dune attitude spécifique, évoluant, non seulement à lâge adulte,mais même dans la première enfance, peut être perceptible dans le compor­tementphysique et plus spécialement dans lattitude adoptée face à la vie. Pour lecomprendre il nous faut tenir compte dun seul fait, cest que ces caractéristiquesne sont pas aussi nettement apparentes dans les situations privilégiées.Lattitude de lhomosexuel, surtout en face de la vie, sera toujours hésitante. Lhomosexualité a un certain nombre daspects différents. Dune façonou dune autre, et à des degrés variés, on verra quun homosexuel est en oppo­sitionavec la vie sociale, quil est instable dans ses occupations. Il a embrassé uneprofession plus tard que les autres et la abandonnée plus vite, changeantsouvent de travail. Sa vie entière sécoule comme si elle était réglée parquelque mécanisme frénateur. La force nécessaire pour opérer ce freinage, ildoit sans cesse la produire lui-même. 1er cas. - Concerne un homme dune trentaine dannées, appartenantaux cercles les plus aristocratiques, bien bâti, avec des muscles dathlète. Ilavait, admettons-le, une pilosité moins fournie au visage quun homme normal. Rminforma que ses frères ne brillaient pas plus par leur pilosité. Cependant ilnen était pas de même pour son père. Son grand-père, émigrant, étaitoriginaire dune région dont les habitants étaient connus comme possédant unemaigre pilosité faciale. Ce trait, dont le malade avait parlé aux médecins, etdont il sétait persuadé lui-même comme étant une preuve de son héréditéhomosexuelle, il eût pu logiquement le ramener à cette particularité raciale.Or cette déduction ne semble en aucune façon avoir affecté son attitude. Nousvoyons avec quelle habileté tendancieuse ces malades mènent leur argumen­tation.Nous ne pensons pas que sa manière dagir soit due à une mauvaise intention,mais la considérons comme étant la manifestation de cette ruse inconsciente,propre aux névrosés, à leur intelligence privée, leur schéma daperception névrotique,à laquelle ils reviennent sans cesse, sans sen apercevoir, par leur inquiétudeconstante, « mauvaise habitude » plus que mobile consciemment malhonnête. Il était le benjamin de cinq frères. Jusquà lâge de dix ans ilnavait jamais été en compagnie de fillettes. Ses frères étaient les seulsmembres de sa famille avec lesquels ce dernier-né avait été, en quelque sorte,intimement lié. Ce dernier facteur nest pas sans signification, car lapsychologie du benjamin est extraordinairement compliquée et intéressante. Deuxtraits, en particulier, distinguent toujours les plus jeunes enfants, traitstrouvés en des proportions si différentes que de tels enfants semblent présentersouvent des caractères contradictoires. Le premier trait est la sensation dêtreopprimés, du fait de leur petite taille. Ils paraissent toujours sous pressionet sont toujours recon­naissables, car ils désirent toujours être plus grandsquils ne le sont réellement. Ils sont toujours intensément affectés par les événementset les paroles évoquant leur petitesse, paroles susceptibles de blesser leurvanité. Nous savons de quelle façon les contes de fées soulignent le rôle dudernier-né et du tempérament particulier qui lui est attribué. Il est toujoursau travail, cest lui qui possède les bottes de sept lieues, etc., ce qui nouspermet de com­prendre pourquoi parmi les personnages historiques célèbres -dont les rapides progrès, surtout dans lart, nous frappent - un grand nombre étaientdes ben­jamins. Nous pouvons parler ici dune psychologie de la position. Lapression exercée par lambition sur le plus jeune, laiguillonnecontinuellement et il désire toujours surpasser ceux qui lentourent. Cependantcela narrive que dans des conditions propices. Au contraire, les difficultéset les obstacles qui sopposent au plus jeune sont fréquemment la cause de saperte de confiance en lui-même et de laccroissement de sa particulièreprudence et de sa résignation. Cette circonspection peut même sexprimer, à uncertain degré, dans les traits du visage. Au cours des examens médicaux auconseil de révision, pendant la guerre, jétais capable de repérer ceux qui étaientdes enfants derniers-nés. Leurs traits reflétaient soit une ambition agitée etinces­sante, soit le désir de séchapper. Notre malade déclarait en outre quil avait été écarté par ses frèresplus âgés, bien quil ait toujours désiré être au premier plan. Il étaitconstamment en train de lancer des défis aux autres et comme poussé par uneambition au delà du normal. Il ne voulait jamais prendre de responsabilité,pesait dinnombrables fois le pour et le contre dune situation et ne cessaitdêtre la proie du doute et de lagitation. La surveillance familiale était desplus atten­tives, si bien quune connaissance prématurée de la nature du sexepeut être exclue. A lâge de dix ans il fut mis dans une école religieuse où ilse trouva en la compagnie exclusive de garçons. Je sais que la discipline decette école était stricte et mesquine. Quand son instinct sexuel commença a semanifester de manière plus précise, cet adolescent navait clairement àlesprit, ni la signification de linstinct sexuel, ni de son rôle sexuel. Lesfilles lui appa­raissaient comme quelque chose dénigmatique et incompréhensible.De plus, on lui avait appris que toute soumission à linstinct sexuel était unpéché abominable. Quand, plus tard, devenu plus courageux, il put acquérir auprèsde ses camarades, des connaissances concernant ce sujet, la masturbation fut laseule voie qui lui resta ouverte, pratique quil considérait comme un péché,mais quil jugeait comme moindre mal, car dans ce cas au moins il ne faisait detort à personne. Du point de vue de la communauté, cette attitude est tout àfait erronée. Kant a soulevé la question : Comment se fait-il que lamastur­bation soit considérée comme une pratique répréhensible ? Quant àmoi, il me semble que la nature du sentiment humain normal, la nature de laconscience sociale différenciée, de la coopération et de lamour de lespècefont que nous refusons la masturbation, activité sexuelle antisociale, même si,comme dans les cas mentionnés précédemment, on doit laccepter. La sexualiténest pas une affaire privée. Dans lexemple précédent, nous devons particulièrement soulignerque, du fait de sa position sociale, celle dun aristocrate très en vue, sa viese déroulait dans la solitude. Il se liait peu et dès son enfance il avait été éduquépour être un propriétaire terrien. En pratique, il ny a rien dans toute sa viequi pourrait être considéré comme une marque dinitiative. Il avait obtenu sesdiplômes dans des conditions très normales, à son collège, et avait pris lasuccession du domaine de ses parents. Ce nétait pas un individu mal intentionné,et il navait jamais nui à quiconque. Il était toujours resté exactement à laplace où son destin rigoureux lavait mis. Nous retrouvons dans sonhomosexualité la « distance » infranchissable qui le séparait de lavie de la communauté et de ses exigences, doublée, en ce qui concerne laquestion sexuelle, dune activité insuffisante. Brusquement un événement apparaît dans cette vie solitaire. Lemalade se marie. Il sagit dune orpheline, de famille noble, à laquelle notremalade, peu après avoir fait sa connaissance, a avoué son homosexualité. Commecest souvent le cas chez les jeunes filles, ce rôle de sauveteur lattirait etelle accepta ce mariage sous toutes les conditions et toutes les réserves queson fiancé lui avait imposées [54]. Le mariage fut un échec. Limpuissance psychique de lhommetraduisait un manque total de la faculté de se donner, de coopérer. Pareilssujets sont incapables dun dévouement à une cause ou à une personne.Constamment préoccupés de leur prestige, ils se trouvent toujours à unecertaine distance de la vie. Lérotisme se prête mal aux jeux de lambition. Lemalade se trouvait à ce moment dans un stade de son évolution psychique où il évitaittoute épreuve quant à sa valeur. Il avait son domaine et sa femme. Mais ce quela vie exigeait dautre de lui fut refusé. Dorénavant, grâce à la légitimationde son état morbide homosexuel et dautres troubles nerveux, il refusa touteexigence supplémentaire. Vis-à-vis de sa femme, sa conscience était tran­quille,car il lui avait avoué davance son mal et elle nétait pas en droit de luifaire des reproches. Mieux que cela, elle était son obligée, car elle setrouvait dans une situation où amie, conseillère, aide, elle devait être à sadisposition. Car il ne lui avait jamais fait de promesse. Il vivait dans lasituation de quelquun qui, loin de ce monde, demandait à être choyé, ce quipouvait déjà se déduire de son enfance. Chez lui, comme chez beaucoup dautressujets, lintention de ne pas coopérer se trouvait si solidement établie quenous devons la considérer comme étant sa solution idéale des problèmes vitaux.Dans ce même état desprit il rend visite au médecin, prudent et secret,attitude qui lui permet en général déviter ses semblables, étant donné quilrisque, parmi eux, dêtre découvert comme homosexuel. Cette découverte luiferait honte. Le point de vue suivant est encore à retenir : leshomosexuels souli­gnent avec fierté leur mauvaise habitude, à moins quecertaines circonstances ne les empêchent dexposer leur point de vue. Mais ilne faut pas oublier que les idées obsessionnelles ou que les impulsionsapparaissent chez le malade dans un état dâme, comme sil voulait les refuser,et comme si elles lui étaient incompréhensibles. Du point de vue dun systèmepréétabli, ce sont les grandes divergences. Mais au point de vue psychologiquela différence nest pas grande. Une idée obsessionnelle de nature sexuelleexige sa liquidation sous la pression de linstinct sexuel. Pareilleliquidation est encore possible grâce à lactivité présente du sujet qui, dunecertaine façon, doit comprendre son idée obsessionnelle, car dans le cascontraire il risque de séloigner du but. Or il existe suffisammentdhomosexuels qui, dans leurs idées et leurs fantasmes, voient quelque chosedincompris et dénigmatique quils seffor­cent de combattre constamment. Lanalogie avec la névrose obsessionnelle nous semble évidente.  2e cas. - Pour desraisons, provenant de considérations juridiques, la littérature cite uniquementdes cas dhomosexualité masculine. Or les mêmes lignes fondamentales seretrouvent également dans lhomosexualité féminine. Une malade, âgée de 25 ans, aînée de deux enfants, voit venir aumonde un frère lorsquelle avait 4 ans. Ce frère accapara toute lattention dela famille. Elle se trouva placée à larrière-plan, ce qui développa chez elleune ambition démesurée. Il sy ajoute un tableau familial très sombre. Le pèrebrutal, la mère volage. La fille intelligente, se rend compte de ce qui sepasse dans la famille. Elle se détourne du mariage, se retire du père, quelleconsidère comme un homme violent, sefforce de brosser un tableau semblable deson frère, afin dacquérir la certitude que tous les hommes sont brutaux. Elle éviteles deux et ne leur parle jamais. Elle mène une vie craintive, isolée, netrouve nulle part un intérêt au jeu, est arrogante vis-à-vis de ses collègues,mais son ambition lui gagne la sympathie de linstitutrice. On la destine aux études.À lâge de dix ans, elle assiste dans la maison à laccouchement dune domesti­que.Sa crainte, sa frayeur en face du rôle féminin, samplifie énormément. À sapuberté elle fait une dépression et sadonne à la boisson. Nous retrouvons icitoutes les manifestations dune activité sefforçant déchapper à la vie normaledune jeune fille dun milieu de parents aisés, excluant toutes les exigencesobjectives de la réalité. Sa déviation vers lhomosexualité sest réalisée petit à petit. Elleavait parmi ses amies une lesbienne, mais il lui fallut deux ans pour quitter lamaison et aller vivre chez cette amie, dans un acte de vengeance à la suitedune violente querelle avec sa mère. Elle sest toujours tenue à distance deshommes, mais elle connaissait dans sa famille un jeune homme, daspect physiquerepoussant et aux traits particulièrement laids, avec lequel elle se liadamitié, ayant avec lui des conversations scientifiques et sociales, faisant mêmeavec lui des promenades. Il lui paraissait absolument anodin. Mais sa trèsgrande prudence fit son malheur. Un jour, lui confiant le secret de sonhomosexualité, le jeune homme tenta un chantage, la força au mariage. Cemariage ne dura que quatre semaines pour aboutir à un divorce. Lépouse semontrait incapable de remplir ses devoirs conjugaux. La mère, au courant de cetteaffaire, quoique toujours hostile à sa fille me pria de moccuper delle. La malade ne parlait que de son ambition, de son désir de réaliserquelque chose dans les sciences. Son indifférence envers son rôle de femme étaitsi évidente quil était impossible de ne pas sen apercevoir. En société saconduite était déplorable. Dès quelle commença un travail, elle trouva lemoyen de larrêter. Cette conduite particulière provient dune erreur infantileantérieure dans lévaluation des exigences de la vie, exigences quellesurestimait du fait de son pessimisme, de sa peur de ne pas se trouver à leurhauteur, une attitude qui reflétait sa sous-estimation de la femme. Dans sonpessimisme lhomosexuel voit les dangers de vie sexuelle normale excessive­mentamplifiés, ce qui nous permet de comprendre quil recule devant touteentreprise pouvant le mener à la réalisation de son véritable rôle. Sonattitude est celle dun être humain qui veut arrêter la marche du temps, leprogrès. Nous connaissons ces mobiles. Mais le sujet les ignore et se défendden prendre connaissance. Il considère comme juste ce que nous savons être uneerreur et il est soutenu dans cette conception par les erreurs dune littératureapparemment qualifiée, de nature scientifique ou profane, qui semble vouloirconfirmer son jugement sur limmuabilité de son mal. Pareille disposition dâmedans laquelle vit lhomosexuel, dans laquelle il agit et sadonne à sonimagination, le rend irresponsable. Mais une intervention provenant de lexté­rieurnest pas rendue absolument impossible, de ce fait. Ce qui me parait le facteurde plus important dans le procédé thérapeutique est une fois de plus la logiquede la vie qui conserve ses droits, même chez ces sujets, lui imposant le secretde son mal, comme aussi des battements cardiaques lorsquil sadonne à ses idéesfixes ou à ses impulsions. Par ses réactions la voix de la société se faitentendre, voix qui, dans toutes les circonstances, se montre hostile à lapratique homosexuelle. Pour finir, réservons quelques lignes à la doctrine hormonale et àla conception de Steinach et de ses élèves concernant les possibilités de guérisonde lhomosexualité par une augmentation de lapport de sécrétion glandulaire.Lhomosexuel est un névrosé, profondément découragé ; il lui manque la préparationpsychique pour un rapport normal et humain avec son partenaire héterosexuel.Sent lencouragement peut le guérir. Les interventions chirur­gicales peuvent réalisercet encouragement, comme jai pu men rendre compte sans que médecin et maladeréalisent le processus psychologique sous-jacent. Les sujets qui dailleurs sesoumettent à pareille intervention se trouvent déjà sur le chemin delencouragement, mais chez dautres, laction encourageante de linterventionne se manifeste pas. La préparation psychique, dintérêt vital, ne peut êtrereprise que grâce à un traitement psychothérapique. Ce qui rend ce traitementparticulièrement difficile est leur grand retard dans lentraî­nement desrapports sociaux vis-à-vis du sexe opposé, retard qui les oblige de rattraperce que dautres sujets ont déjà intégré et exercé dès leur enfance. Nousvoulons montrer à présent laspect médico-légal de ce problème.   Expertise.  E. F., âgé de 41 ans, père de deux enfants, nous raconte que, récemment,il a été appréhendé pour masturbation mutuelle dans une vespasienne. En réalitéil avait seulement observé un homme en train de se masturber. Lexamen objectif de cet homme, petit, présentant des traces de rachitisme,montre, entre autres, un strabisme divergent. Il résulte de lanamnèse du sujet quil était lenfant dun mariageconsan­guin, mariage dailleurs malheureux. Le père, décédé, souffrait de diabète,la mère, après une vie de dépenses inconsidérées, succomba à des ictus répétés. Les deux grand-mères étaient sœurs, ses deux grands-pères, frères,ce qui fait que le malade était lenfant dune consanguinité renforcée. Depuissept ans le malade souffre de diabète, comme son père. Dès son enfance le sujet a remarqué chez lui un désir inexplicablede regarder des pénis normaux et non circoncis. Le malade ne peut absolumentpas expliquer le but de cette attitude coercitive, irrésistible. Mais cettecurio­sité lui paraît naturelle et dun intérêt évident. Le malade ramène cetintérêt à sa première enfance, y voit un vague rapport avec son origine israéliteet ses souvenirs de la circoncision. Il avait ressenti pour la première foisune sensation de plaisir au moment où, âgé de six ans, il observa le pénis dunpetit paysan, âgé de quatre ans. Plus tard sy ajoutent des éjaculations et unetendance à toucher le pénis et à pratiquer la masturbation mutuelle. Linfé­rioritéde lappareil visuel (strabisme) semble avoir ici élaboré le « voyeurisme »du sujet. Un examen psychique détaillé révèle chez ce sujet des rapports denature psychique, quil ignore dailleurs, nous permettant de comprendrelattitude homosexuelle du malade en tant querreur morbide, lempêchant de sesoustraire à ses impulsions obsessionnelles. Depuis sa plus tendre enfance, unsentiment dinfériorité morbide pèse sur ce malade, rendant impossible son intégrationdans la société dune façon générale, et particulièrement dans le cadre dunesociété féminine. Dans son mariage, réalisé sous les instigations de la mère,il na jamais pu se trouver à laise. Constamment inquiet, querel­leur et déprimé,il croyait sêtre trompé dans son choix et frustré de son bonheur. Dans ses entreprises sociales nous pouvons faire la mêmeconstatation : un renoncement prématuré à tout effort visant des butsnormaux, faisant échouer régulièrement toute initiative, grâce à linterventionde quelque « obstacle fatal ». Ne disposant pas dune confiancesuffisante dans ses possibilités, il manque la voie normale à chaque occasion. La même fatalité se traduit en fin de compte dans son comportementenvers ses semblables en général. Il haïssait son père, se querelle avec sa sœuraînée et avec sa femme. Il na jamais trouvé un ami, étant donné que, rempli deméfiance envers les autres, il suppose que chaque être humain le trouverepoussant et haïssable. De cet état doppression psychique, morbide, qui déjà extérieurementlavait amené à un isolement, à léchec de son mariage et à des difficultés matérielles,naît chez lui - surtout en cas daggravation de sa situation maté­rielle extérieure,comme nous avons pu le constater chez dautres malades à même structurepsychique - limpulsion à une action sexuelle libérante qui, dans notre cas, enfonction dexpériences vécues enracinées et dimpressions évaluéessubjectivement, se trouvent liées à un « fétichisme du prépuce ». Cette circonstance est en concordance avec les autres manifestationsobjectives et subjectives du malade. Bien que, dans le cas présent, nousconstations une infériorité psychopathique doublée dimpulsions obsession­nellesde nature homosexuelle et de fétichisme, nous savons que limpression produitesur le sujet par sa propre infériorité physique et psychique, depuis sa premièreenfance, avait si lourdement pesé, quelle avait empêché toute possibilité dundéveloppement normal. Nous ne pouvons réaliser les améliorations de cette attitude morbidevis-à-vis de la vie que grâce à une action pédagogique, aboutissant à unetransfor­mation de la personnalité, action avant tout destinée à rehausser lecourage vital du sujet. Une punition juridique par contre, ne tenant pas comptede lirresponsabilité du présent comportement, risque dentraîner aussi uneaggravation du sentiment dinfériorité. Le malade subirait alors sa punitionavec la conviction dêtre la victime dune constitution immuable dont il nestpas responsable, conviction qui, évidemment, diminuerait beaucoup les chancesdune guérison future. Repoussé de toute activité sexuelle normale, ses tendanceshomosexuelles représentent le dernier reste dont il dispose. La contrainte àune activité homosexuelle ne provient pas de lhomosexualité mais - comme danschaque névrose obsessionnelle - dun écart coercitif des rapports sociauxnormaux, où le sujet craint de trouver un échec certain et devant lesquels ilse place comme en face dun abîme. [1]   Payot,Paris.[2]   Payot,Paris.[3]   DrH. SCHAFFER : Psychothérapie et pédagogie,Payot, Paris (en préparation).[4]   DrH. SCRAFFER :Lœuvre dAlfred Adler et son importance pour le mondemoderne, Payot, Paris (en préparation).[5]   Payot,Paris.[6]   W.STERN, par dautres raisonnements, est arrivé à des résultats semblables.[7]   Lebut fictif, confus et labile, difficile à définir bien souvent, réalisé avecdes forces insuffisantes et pas toujours positives, na pas une existence réelleet ne peut pas se com­prendre entièrement du seul point de vue causal. il fautle considérer comme un tour de force téléologique de lhomme qui cherche unecertaine orientation, concrétisée par la suite.[8]   Ouque, de façon enfantine, il cherche à déprécier la psychologie individuellecomparée par des phrases stériles.[9]   Icise manifeste le trait paranoïde ; voir « Mensonges et responsabilitésdans la névrose et la psychose », dans cet ouvrage.[10]   « Lalutte pour lexistence » et « la lutte de chacun contre tous »représentent dautres perspectives de ce même rapport.[11]   LaCompensation psychique de létat dinfériorité des organes, Payot, Paris.[12]   Le« don » est le résultat dun entraînement de certaines sourcesdynamiques prenant naissance à partir de certaines infériorités des organes oucertains sentiments dinfériorité (voir La compensation psychique de létatdinfériorité des organes, Payot, Paris). Cette fonction de la liberté intérieurevis-à-vis de la névrose, de la fluctuation du don, de son amplification peut êtreatteinte par un approfondissement de la psychologie individuelle comparée. « Legénie » dit Gœthe « nest peut-être que le résultat du zèle. »[13]   Freudse serait efforcé de rechercher le souvenir permettant dexpliquer la naissancedu symptôme. Mais lessentiel, le but contraignant (et de ce fait le dynamismenévrosé) resterait alors incompris.[14]   Éditionfrançaise, Payot, Paris, 1956.[15]   Parla clarification de ces mécanismes, le champ de linconscient se trouvenotablement réduit. Car une compréhension plus profonde de la « psychologieen surface » - dont les conceptions naïves néclairent pas la nuit delignorance - nous montre que le malade sefforce de suivre le véritable sensde son chemin, mais quil ne comprend pas son intention, et que de ce fait ilpoursuit sa supériorité plus dans son « conscient » que dans son « inconscient ».[16]   Junktim :association de deux complexes idéatoire et affectif, nayant en réalité rien decommun, dans le but dobtenir une amplification affective (comme dans la métaphore).[17]   Àla suite de létude des névroses de guerre, ce point de vue a été adoptépratiquement par tous les auteurs. Voir également dans cet ouvrage : « LeRêve et son Interprétation. »[18]   Voir« le rôle de linconscient ». L « intelligence » nepréserve pas le sujet contre cette déformation tendancieuse de lévidence. Etcette recherche de la ressemblance à Dieu joue même au thérapeute des toursinsolites.[19]   ADLER.Le Tempérament nerveux, Payot, Paris.[20]   Cf.chap. XXX, dans cet ouvrage : « Système vital infantile etcomportement névro­tique », la 2c partie de cette étude.[21]   Lacompensation psychique de létat dinfériorité des organes, Payot, Paris.[22]   Unde mes malades, souffrant dasthme, et libéré de ses accès grâce à mon traitement,présenta des fantasmes conscients de grossesse, toutes les fois où il devaitentreprendre un travail. Ces fantasmes, accompagnés de dyspnée, aboutissaient àdes idées de gran­deur : il devenait millionnaire bienfaiteur, sauveteurdu pays. À cette occasion sa respiration saccélérait, comme pendant une compétition.Le sens symbolique des fantas­mes de grossesse se rapportait à la souffrance dela femme, une autoaccusation et en même temps une exhortation : Tu tecomportes comme une femme, il est juste que tu souffres. Et ces fantasmesprovoquaient la protestation virile.  Lastructure de ces fantasmes et de ces crises dasthme doit être comprise comme étantune pénitence anticipée. Or à présent le malade peut se conduire en homme, etse comporter de façon hostile envers son entourage : « Je peux mepermettre plus quun autre, étant malade. » La maladie sert donc dalibi.Un état dinfériorité de lappareil respiratoire et du revêtement cutané (diathèseexsudative) déterminait le choix du symptôme.[23]   Onpeut dire : là où des sujets plus courageux auraient fait une explosion decolère, en rapport avec leur instinct dagression, voir Heilen und Bilden(guérir et instruire).[24]   Unephotographie le montre à lâge de 5 ans, habillé en fille avec des bracelets etun collier en corail.[25]   Voirsur la pensée antithétique : Le tempérament nerveux, Payot, Paris.[26]   Voirlhypothèse dune origine rhumatismale de la névralgie du trijumeau deHENSCHEN.[27]   Lescas de névralgies du trijumeau chez des sujets âgés, surtout des femmes, semontrent particulièrement compliqués du fait dhumiliations réelles ou alléguées,causées par la vieillesse. La manière inhumaine dont notre société traite lafemme vieillissante est un des chapitres les plus tristes de lhistoire denotre civilisation. Lindifférence des autres, la crainte de lironie, de sevoir rejeté à larrière-plan, limage dans le miroir, le choix de lhabillement(paraître ridicule) des dépenses dargent (crainte de devenir pauvre) voiciautant de facteurs déclenchant daccès chez certaines de mes malades. Il en étaitde même pour les liaisons amoureuses ou le mariage de leurs fils, où la penséede devoir partager avec dautres femmes leur affection pour le fils, leurdevenait insupportable.[28]   Cepassage ne présente pas de difficulté pour le psychothérapeute expérimenté. Ilsagit dun sujet dont la maladie est axée sur la crainte de la douleur. Il étaitinformé des souffrances de la femme pendant lenfantement. Pendant son enfancelentourage lui avait évoqué cette douleur par la formule : la cigogneavait mordu maman à la cuisse. Elle me mordit la cuisse veut dire ; ellema dégradé au rang de femme, et par sa liaison avec mon frère, cette jeunefille ma émasculé. Pensons à sa cryptorchidie.[29]   Cequi veut dire avec des moyens féminins. i lai déjà insisté sur ce mécanisme quipeut inciter les auteurs à considérer toute la névrose comme « unemanifestation féminine ». Une étude approfondie ne permet pourtant pas demaintenir ce point de vue erroné. Des buts « féminins » et « masochistes »sont mis au premier plan, mais sont en réalité des moyens « féminins »en forme de protestation « virile ».[30] Commeaussi le masochiste qui par sa soumission désire éveiller lamour dupartenaire, et dans son sens sassurer sa propre valorisation, par lexcitationsexuelle de la femme. Dans cette attitude prennent leur origine toute une sériede perversions, où il sagit par la surestimation du partenaire, déveiller lapassion amoureuse, et partant sassurer sa domination.[31]   VoirLe problème de lhomosexualité.[32]   Cetaspect se manifeste clairement dans la psychose maniaco-dépressive.[33]   Lechœur par contre traduit les voix de la société qui, dans lévolution ultérieurede lart dramatique, se trouvent transposées dans la conscience du héros.[34]   Dansune statistique intéressante concernant le sort de lenfant unique, Friedjung déploreen premier lieu des causes psychiques : enfant gâté à caractère craintif.Notre cas et dautres cas semblables peuvent confirmer cette conception, voirelélargir. Lauteur découvre la cause la plus importante dune éducation inquiètequi réprimande constam­ment lenfant dans la crainte de la mère en face dunenouvelle grossesse. Les soins incessants, jour et nuit, sont destinés à prouverquil est déjà difficile de supporter un seul enfant. Il sy ajoute chez la mèreet chez la fille un état dinfériorité organique multiple, qui avait préparé leterrain polir le développement névrotique. La mère et la fille étaient toutesles deux de constitution chétive dans leur enfance. Ce nest quà lâge de 18ans que la mère fut formée et laccouchement de sa fille se présenta comme trèsdifficile du fait de contractions utérines insuffisantes et datonie (inférioritéde lappareil génital). Laccou­chement fut suivi dune infection pulmonaire(infériorité de lappareil respira­toire). Un frère souffrait dun polypelaryngé, le père était mort dinfection pulmonaire. La fille avait fait unescarlatine grave avec urémie (infériorité rénale), ensuite une chorée (inférioritécérébrale) et se montra légèrement arriérée. Le médecin traitant avait déconseilléune nouvelle grossesse.  Lanévrose des malades de sexe féminin reflète aussi dans chaque cas la lutte qui ébranlenotre civilisation : lhorreur de la femme en face de tout ce qui est féminin,sa peur devant la maternité et devant laccouchement.[35]   Lecaractère paranoïaque -la faute des autres -ressort ici très nettement.[36]   Cetévénement, vu sa grande tension en face des êtres humains, lui venait à propos.Elle maintenait ce souvenir qui lui permettait de sassurer sa distance parrapport au problème de lamour. Or cette distance lui était indispensable pour éviterune soumission, ou tout échec dans ce domaine. Se sacrifier, servir autrui,donner quelque chose, qualités essentiellement sociales lui paraissaient êtreles caractéristiques dune humiliante attitude de soumission.[37]   FURTMULLERpuis William STERN ont également exprimé cette idée.[38]   Laparenté de ce cas avec la démence paranoïde est évidente.[39] Hut enlangue allemande signifie aussi bien « chapeau » que « garde ».Auf der Hut sein, signifie se mettre en garde (note du traducteur).[40]   Enfrançais dans le texte.[41]   Freuda renoncé à ce point de vue et place au premier plan le « désir demort ».[42]   Dansles perversions (voir Le problème de lhomosexualité, Payot, Paris) onpeut décou­vrir un double aspect psychique : 1º la perversion, généralementle masochisme, seffor­çant denchaîner le partenaire par la soumission dusujet. Donc un pseudo-masochisme. 2º La perversion en tant que degré extrême dela soumission, afin de séloigner du parte­naire, de se faire peur et de fuirdautres partenaires et tout lien marital. Le mécanisme est clair si lemasochisme se contente du domaine de limagination. il sy ajoute en revanchedes manifestations sadiques, du dégoût et une tendance à dominer et à torturerle parte­naire. On retrouve toujours la tendance à exclure laspect coopératifde lérotisme normal, qui semble dangereux pour lambition personnelle.[43]   Desimpressions hallucinatoires, reflétant le stade ultime de linfection sous laforme dune symptomatologie detabès, paralysie, céphalées, troubles de la mémoire,caracté­risent létat hypocondriaque.[44]   Cestcomme si un arbrisseau planté à côté dautres plus forts avait été gêné dansson développement normal.[45]   Constatationconfirmée ultérieurement par Freud.[46]   WENGER,dans un travail intéressant, a confirmé ces vues.[47]   Onpourrait imaginer comme cause de la supériorité de lhomme dans le domaineartistique le fait que le problème le plus étendu de la peinture et de lasculpture prend ses origines dans les tendances psychiques de lhomme.[48]   VoirLa compensation psychique de létat dinfériorité des organes, Payot,Paris, 1956.[49]   Unde mes névrosés avait une particulière aversion pour la peinture, il lexpliquaitde la façon suivante : « la peinture présente tout ce qui se trouvejuxtaposé comme si cétait superposé. »[50]   Lacompensation psychique de létat dinfériorité des organes, Payot, Paris.[51]   Voir« Des rêves et de leur interprétation », dans le présent ouvrage.[52]   Voirsur la signification de la mort pour le philosophe. P. SCIHRECKER: La philosophiede la personnalité chez Bergson, Munich, 1912.[53]   Lessentiments ne sont pas des arguments. Chacun présente létat affectif quiconvient au mieux au but final.[54]   Certainesjeunes filles ressentent une grande attirance pour des homosexuels, étant donnéleur propre refus de la sexualité.
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Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée

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